DÉJEUNER DE SOLEIL
La neige„qui suggère les comparaisons fades (voulez-vous que nous partions pour les pays où la neige est noire?), couvre tout comme non !
Dans la rue, un gamin pétrit une boule, la pose sur une couche unie, sans ornière ou marque de* pas, et la pousse prudemment Elle roule et s'en* ' veloppe à chaque tour comme d'une feuille de ouate. Bien que «gobes», les mains suffisent d abord à la conduire par les sentiers blancs. Puis il y faut mettre le pied, les genoux, les épaules, toutes les forces.
Souvent, la boule résiste, entêtée, s'écorne, se fendille. Enfin, elle s'immobilise.
Le gamin, petit pâtissier en gros, dédaigneux de fignoler son travail, n'ayant plus rien à faire, disparaît.
Aussitôt, le soleil maladif et pâle, las de toujours monter sans jamais bouger de place, suce lentement, jusqu'à l'heure du coucher, lèche doucement l'informe gâteau de neige, comme une personne toute patraque grignote un morceau de ' ! sucre, du bout des dents, à petites reprises.