‹ Mercure de France, tome 2Chapitre 51 sur 127 · LE RÊVE · texte numérisé non relu

LE RÊVE

Ha, que mademoiselle de la Basinière est mignarde ! • -

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Elle demande, en s'éveillant : « Où suis-je? > Il lui faut reconstituer, détail à détail, la chambre, faire la reconnaissance des objets familiers se déclarer ; ■.-..'

— « Voici la pendule et voilà le paravent* En face : les fenêtres! *

Elle s'est donc grisée?

Elle- se croit, au cerveau, une pelote dé glu, où toutes ses idées se sont collées comme des pattes de mouche : ■> . . ■ \

— « Qu'est-ce que j*ai fait, sans le vouloir? » Elle bâille, boursoufle l'édredon, tente de se

rendormir, sur le ventre, sur le dos. Elle compte au plafond les taches de -plâtre, et presse ses tempes entre ses pouces, comme pour faire jaillir le souvenir hors du front :

— « Tiens, tiens, tiens! » .- \

Parfois ses lèvres s'avancent, en suçoir, aux succulents « passages » du rêve,

— « Fameux! que serait-ce, si c'était «pour de vrai? »

Un instant, elle prend la pose dite en chien de fusil, croise ses doigts et ramène ses genoux au menton. Puis elle se détend, s'assied sur le lit, et met le premier bas, sans hâte, paresseuse.

Et tandis que la soie, toutes ses mailles titillées, fait ses délices de la peau, la jeune fille penche encore là tête, s'attarde à écouter, entend distinctement des choses, à gauche.

Elle a une tourterelle dans le cœur!

Jules Renard.

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