‹ Mercure de France, tome 2Chapitre 52 sur 127 · PAUL GAUGUIN · texte numérisé non relu

PAUL GAUGUIN

*»9 U '/ roi rl* **% r iP°«*™**i on lui disait

réels et plus pris d* la vénUY Ne p*ù*rm*f~il pas que et qu^l voyait auparavant était plus réel que ce qu'on lut montre ? PIatot.

m «f<T S q ? 6 Ces deux « émts de ] égende, que l'éloigneoaïïe comtT H ~ P^ mées . combattent leur fo£mn2v« nf, '' CS fem ™ eS "tf 3 "^, intéressées et *««^ ». com P rena,i t Point trop, sans donte, ce qui se passe ja-bas, sur cette fabuleuse colline empourpré? Ce

h^LÎT ?T a " UeS - Et à 'envergure de *1 eu» coiffes blanches eployees comme des ailes de goéland, et aux typiques b^arrures de leurs fichus, et fui forme. S !u ï! r R * S Ct de ^? A caracos, on les devine originaire»

les fac« £*■ m CS <%* lM ? ttitudes r «P«^«Saes et \ fos faces, ecarquillees jdès créatures; simples écoutant

auS^ÎT'u* - 0,,te5 Un ^ eu Mastiques affirmés par quelque bouche incontestable et révérée. On les dirait dans une église, tant silencieuse est leur attention, tant reçuexll, tant agenouillé, tant dévot est leur mafntiek ; on les dirait dans une église et qu'une vague bdew

leurs coiffes et q U une voix respectée de vieux prêtre

& T IeUn , têt9S •••■ 0ui * *»" d <»nte, dans* une eghse, dans quelque pauvre église de quelque pauvre P^tithourg breton.... Maisalorloù sont les pilier? mo? Sis et venTis? où les murs laiteux avec l'infime chemin de croix chromohthographique ? où la chaire de sapin?

dn„t vT X T é iV l pr ^ che * ^nt l'on entend, certes, dont 1 on entend la voix marmonnante? Où, tout cela?

verîrén» ?* fabuU ^ e > ^^ le sol apparaît de rutilant

hnîtl £*£ q 1V l V ^ ic ? moisîs et verdia «* ^ "»"»» laiteux et le petit chemin de croix chromolithographique

et la chaire de sapin et le vieux curé qui prêche se sont, depuis bien des minutes, anéantis, n'existent plus pour Jes yeux et pour les âmes des bonnes paysannes bretonnes!... Quel accent merveilleusement touchant, quelle lumineuse hypotypose, étrangement appropriés aux frustres oreilles de son balourd auditoire, a rencontrés ce Bossuet de village qui ânonne? Toutes les ambiantes matérialités se sont dissipées en vapeurs, ont disparu; lui-même, Pévocateur, s'est effacé, et c'est maintenant sa Voix, sa pauvre vieille pitoyable Voix bredouillante^ qui est devenue visible, impérieusement visible 1 , et c'est sa Voix que contemplent, avec cette attention naïve et dévote, ces paysannes à coiffes blanches, et c'est sa Voix, cette vision viilageoisement fantastique, surgie, là-bas, loin, très loin, sa Voix, cette colline fabuleuse, dont le sol est couleur de vermillon, ce pays de rêve enfantin, où les deux géants bibliques, transformés en pygmées par Péloïgnement, combattent leur dur et formidable combat !..,

Or, devant cette merveilleuse toile de Paul Gauguin, qui illumine vraiment l'énigme du Poème, aux par^i-./^t siaques heures de la primitive humanité; qui révèle les charmes ineffables du Rêve, du Mystère et des voiles symboliques que ne soulèvent qu'à demi les mains des simples; qui résout, pour le bon liseur, l'éternel problème psychologique de la possibilité des religions, des politiques et des sociologies; qui montre enfin la farouche bête primordiale domptée par les philtres enchanteurs de la Chimère; devant cette toile prodigieuse, non point, certes, tel banquier adipeux et prudhommesque s'enorgueillissant d'une galerie encombrée de Détaille «valeur sûre) et de Loustauneau (valeur d'avenir), mais même tel amateur, réputé intelligent et ami des juvéniles audaces au point d'admettre l'arlequinesque vision des pointillistes, de s'écrier :

— Ah! non, par exemple !.,, Celle-là est trop forte!,,. Des coiffes et des fichus de Ploèrmel, des Bretonnes, et de cette fin de siècle, dans un tableau qui s'intitule : La Lutte de Jacob avec VAnge f f Sans doute, je ne suis pas réactionnaire, j'admets l'impressionnisme, je n'admets même que l'impressionnisme, mais....

— Et qui donc vous a dit, mon cher monsieur, qu'il s'agissait là d'impressionnisme?

Peut-être, en effet, serait-il temps de dissiper une

abusé dlm ^ r "" ""^«^ dout on «a qmj ,£J

près

par ia lacuite es-art de la rue Bonaparte, brocantent k de» prix Israélites, du beau officiel, dans le *era In!

Ïere^" " et° d' a r ' *"*? ™ ff"»^*^ nUtes c'istld L to UtrC Part> ' eS - ^ ntres i™P""ion.

cuidante liberté de ne pas copier quelqu'un j

un^îubS'WT 1 ' biCn ' Ct Cette a PP ell *tion eu vaudrait ÏS'el.e Si ^SL !S S „ emem ' P° u * lar «ement entendue et oui nW ™1 "aP 1 "!»" ™ sens, un sens précis même, et qui n est point sans dérouter le public. Ce vocable •

S^toTùT*' en «^Wh v;uT.îe ou ^ e „;

senfatl^n T - Programme d'esthétique fondée sur là sensation. L mpressionnisme, c'esi et ce ne peut et™

l1sé Un /.T^ * U ré ? li9me ' ««réalisme affioefSriS!! lise dilettant.se, rna.s toujours le réalisme. Le bS v se c est encore l'imitation de la matière, non plus niîTt' être avec sa forme propre, sa'couleur propre" ïïs P avec sa forme perçue, avec sa couleur perçue, c'est la traduc .on de a sensation avec tous les imprévu, d'une nota-I t.on mstantanée, ■ avec toute, l es déformations d'une rap^e synthèse subjective. MM. Pissaro eîS Se Mo!

mlmeon. rt i!\ T> *" f ° nd ' com me Courbet, plus même que Courbet, ils ne traduisent que l a forme et que la couleur. Le substratum et le but dernier de leur

Î^ïc*ta5.î2 matériei,C ' ^ Ch ° Se récHe^Le ^ aaonc tatalement, en prononçant oe mot d' « imnr«

HsmeT'^i ,a , V ^ e "O«on d'un; programme d?K iï?A<?% C1? > ; l! . Satte|,d à des œ «"res qui ne seront que la fidèle traduction sans nul au-delà dW SZ^S^

ÏSSï t a ^ ste9 1 en r» é8e " de8 voies aïrtdiftSrnte? Z%%? raUr r,' k b0n P ubHc > cet éternel et béaïadoratefir des catalogues, ne faillirait évidemment poinl à

comme on dit, y perdre son latin, et, déjà, je le vois;, haussant ses omnipotentes épaules, ricaner :

— C'est idiot!... Car cet impressionniste me peint des impressions que nul ne peut jamais avoir ressenties L..

Ne serait-ce point là, par hasard, l'explication de l'analogue boutade proférée devant le tableau de Gauguin, par « l'amateur réputé intelligent et ami des juvéniles «: audaces au point d'admettre l'arlequinesque vision des « pointillistes s-, dont il fut parlé plus haut?,..

Quoi qu'il en soit, aujourd'hui qu'en littérature nous assistons — cela commence à devenir évident — à l'agonie du naturalisme, alors que nous voyons se préparer une réaction idéaliste, mystique même, il faudrait s'étonner si les arts plastiques ne manifestaient aucune tendance vers une pareille évolution. La Lutte, de Jacob avec VAnge^ que j'ai tenté décrire en exorde de cette étude, témoigne assez, je crois, que cette tendance existe,. . et Ton doit comprendre que les peintres engagés dans cette voie nouvelle ont tout^ intérêt à ce qu'on les débarrasse de cette absurde étiquette d' < impressionnistes > qui impliqué, il faut le répéter, un programme directement contradictoire du leur. Cette petite discussion sur les mots, ridicule peut-être en apparence, était pourtant, . j'estime, nécessaire : le public, suprême juge en matière d'art, ayant l'incurable habitude, qui ne le sait? de ne juger les choses que sur leurs noms/ Donc, qu'on invente un nouveau vocable en istt (il y en a tant déjà ' qu'il n'y paraîtra point!) pour lés nouveaux venus, à la, tète desquels marche Gauguin : synthétistes, idéistes, symbolistes, comme il plaira, mais surtout qu'on renonce à cette inepte appellation générale d'impressionnistes et qu'on réserve strictement ce titre aux peintres pour lesquels Fart n'est qu'une traduction des sensations et des impressions de l'artiste.

Oh ! combien rares > en vérité, parmi ceux qui se targuent de « dispositions artistiques >, combien rares les heureux dont les paupières de l'âme se sont entrouvertes et qui peuvent s'écrier avec Swedenborg, le génial halluciné : . * Cette nuit même, les yeux de mon homme intérieur « furent ouverts : ils furent rendus propres à regarder « dans les cieux, dans le monde des idées et dans les « enfers!... * Et pourtant n'est-ce point là la préalable ei nécessaire initiation que doit subir le vrai artiste, l'artiste absolu?,..

MARS 1891 j 159

Paul Gauguin me semble un de ces sublimes voyeur». Il m'apparaît comme l'initiateur: d'un art nouveau, non point dans l'histoire, mais, au moins, dans notre temps. Analysons donc cet art à un point de vue d'esthétique générale.- Ce sera, il me semble, étudier l'artiste luimême, et peut-être faire mieux que la superficielle monographie composée <le quelques vingt toiles décrites et de dix clichés, complimenteurs dont se satisfait, d'orcjinaire, là Critique d'aujourd'hui. > i ; * ,

Il est évident —et Paffirraer est presque une banalité — qu'il existe dans Phistoire de Part deux grandes tendances contradictoires qui, incontestablement, dépendent Pune de la cécité, Pautre de la clairvoyance de cet « œil intérieur de l'homme » dont- parle Swedenborg, la tendance réaliste et la tendance idéiste (je ne dis point idéaliste,. on Verra pourquoi).

Sans doute, Part réaliste, Part dont Punique but estja représentation des extériorités matérielles, des apparences sensibles, constitue, une manifestation esthétique intéressante. Il nous révèle, en quelque sorte, par contre-coup T Pâme de l'ouvrier, puisqu'il nous montre les déformations <ju'a subies Pobjet en la traversant. D'ailleurs, nul ne conteste que le réalisme, s'il fut prétexte à bien des hideurs, impersonnelles et banales comme des photographies, a aussi parfois produit d'incontestables chefsd'œuvre, qui resplendissent dans le musée de toutes les mémoires. Mais, pourtant, il n'en est pas moins indiscu-* table qu'à qui' veut loyalement réfléchir Part idéiste appa-! raît pilus pur et plus élevé — pius pur et plus élevé de 1 toute la pureté et de toute l'élévation qui sépare la matière de Pidéè. On pourrait même affirmer que Part suprême ne saurait être qu'idéiste, Part, par définition, n'étant (nous en avons Pintuition) que la matérialisation représentative de ce qu'il y a de plus élevé et de plus vraiment divin dans le monde, de ce ; qu'il y a, en dernière analyse, de seul existant, Pldée. Ceux donc qui ne savent ni voir l'Idée, ni y croire, ne sont-ils pas -dignes de nos compassions ainsi que Pétaient pour les hommes libres les pauvres stupides prisonniers de la Caverne allégorique de Platon? * ' / .

Et cependant, si Pon excepte la plupart des Primitifs et quelques-uns des grands, maîtres de la Renaissance, la tendance générale de la peinture, on le sait, a été jusqu'à maintenant presque exclusivement réaliste. Beaucoup ! même avouent ne pouvoir comprendre que la peinture,

l6 P. MERCVRE DE FRANCE

monde prétendu ^LL^^S^^MS^

aJn PBt ?' ' %Ut Se * arder de ^fond« S^Se^ îent tfJ vf mm . ei - :jdéiste S) ne furent, le'plus ÏÏS

Tir'â ne^u 'iîf f ndent ^ <l» ed ' s pliâtes :îe but de. • ™,+J^n •. q * représentation directe des formes matérielles; ils se sont contentés Varran&r VabiectWiâ

SiS^mCs?* ° Plques de nous P^senter des objets' ^ beaux, rn^ts beaux en tant qu'objets, l'intérêt de leurs •

iaiorme r cest-a-dire de la réalité; ce qu'Us ont anoelé ■ idéal .ne fut jamais que le roublard maquillaîe des laides " choses tangib es. En un mot, ils ont peint une ôbSvtté ' conventionnelle, maïs une objectivité^ et, pour uarSfira ' m : le mot célèbre de l'un d'enie eux, cS5g fiîSSS' A ny a guère, au fond, entre idéalistes et réalistes (S n-'

temporains, que ïa. diflFéreûce du choix « enîf le ca^ê

et lu casquette »! \ ç^tre ie casque

l'aUewS- 3 SOni 2 f -P aovres «tupideé prisonniers de i*ï ? ♦?* u «^ a verne. Lapons- es donc s'abêtir eu la con- -

rîvenons^f Î^T ^ B ^ n ? nt ' P our ]a S** et ' Soient à S J^ ht 7*¥ .1 ui :-, leu Tf^^e S brisées, .

Le- but normal et dernier de .-la , peinture,* ai-ié dit • comme Railleurs de. tous les arts,. ne saurait êtKel £

Wéïs. tradu ^nt dans lin langage spécialises , -

cem^fLl? 'f^S f -?*** c ' est -à-aire aux yeux de:! • oliets^W^V "S l£ *P ri >»™r des Etres absolus, les ODjets,cest-a-dire les êtres-relatifs qui ne sont qu'une ' traduction proportionnée à la relative de nos intellects ; des êtres absolus et. essentiels, des Idées, les obiets ne

lui apparaître que comme des signes. Ce sontles-lettr'ès gueuse alphabet- que i'hfmme de génie* S„?£h':,

ni^hït « n "J P f n8 ^ i ^°' n P° èn l e » avec ces'signes.'ensè:' rappelant que .le -sjgne, . pour indispensable qu'il', soit, :

tt est rien en lui-même et que -l'idée seule est tout,.telÈ"

apparaît donc la tâche de l'artiste demi 1 œil a su discerner les hypostases des objets tangibles. La première -conséquence de ce principe, trop évidente pour qu'il faill* s y " r rffr, c est, o|b> devine, une nécessaire simplification )dans récriture du signe. Si ce n'était, en effet/le peintre ne re&embJerait-il point au littérateur iiurénu qui penserait ajouter quelque chose à son œuvre en soignant et en ornémenfcnt de futiles^ paraphes sa calligraphie?

Maïs, s'il est, vrai que, dans le monde, les seuls êtres «els ne puissent être que des Idées, s'il esl! vrai que les objets ne sont que les apparences révélatrices de ces idées et, par conséquent, n'ont d'importance qu'entant que s^nes d'Idées, il n'en est pas moinp vrai qu'à nos yeux d hommes, c est-à-dire à nos yeux d'orgueilleuses ombres d êtres purs > d'ombres vivant dans l'inconscience de leur état illusoire et dans l'aimée duperie du spectacle des fallacieuses tangibilités, il n'en est pas moins vrai qu'à nos myopes yeux les objets apparaissent le plus souvent comme objets, rien que comme objets, indépendamment de leur symbolique signification — au point que, parfois, ' nous ne pouvons, malgré de sincères efforts, les imaginer en tant que signes. 1 '

Cette néfaste propension à ne considérer, dans la vie pratique, 1 objet que comme objet est évidente et, l'on peut dire, quasiment générale. L'homme supérieur, seul, illumine par cette suprême vertu que les Alexandrins nommaient si justement l'extase, sait se persuader qu'il n'est lui-même qu'un signe jeté, par une mystérieuse préordination, au milieu d'une innombrable foule de signes: lui seul sait, dompteur du monstre illusion, se promener en maître dans ce temple fantastique ; s , !

r . Où de vivants piliers

baissent -parfois sortir de confuses' paroles.

alors que l'imbécile troupeau humain, dupé pat \èi apparences qui lui foront nier les idées essentielles, passera éternellement aveugle • ■ .

'■■■-, . - i , A travers les forets de symboles

Qui T observent avec des regards familiers *

L'oeuvre d'art ne doit point, même pour l'œil du populaire bétail, prêter à pareille équivoque, te dilettante, en eilet (qui n est pomt artiste, et qui, par conséquent n'a point le sens des correspondances symboliques), se trou- -i venut devant elle dans une situation analogue, à celle de ' la foule devant les objets de nature. IUen percevrait les

objets représentés qu'en tant qu'objets ~ ce qu'il im-

c P e°tï C n^ Vlt - er - H faUt d ° aC ^ d ™ I'œuvre q idéi s ™, cette confusion ne puisse se produire, il faut donc que

nous soyons mis en état de ne pouvoir douter que les ob,ets dans le tableau, n ont aucune valeur en tant qu'objets, qu'Us ne sont que des signes, des verbes n ayant en eux-mê mes nulle autre importance '

r^T^—??- 11 *' c . ertaines 1°» appropriée devront régenter J irmtatmn picturale. L'artiste, de toute- nécessite, aura la tache de soigneusement éviter cette antino-

tTmneV^ Ti k ^ C0 - aCr * e > ''iW-ionnisnVeHo trompe-! œil, de façon à ne point donner par son tableau"

cette fallacieuse impression de nature qui agirait sur le

spectateur comme la nature elle-même, c'est-à-dire sans

sugges ion possible, c'est-à-dire (qu'on'me pardonne™

garder -~«»y™iu.ue-ia vente concrète, l'analyse de l'objet

2Sïï e - S \ en , effet ' n ' CSt ' 6U ^ Vun symbole ftï£ T^l ? 1US - S0UVent à la signification totale de~ 1 objet Le stnct devoir du peintre idéiste est, par consé!

S'. . eff 1 Uer T élection raisonnée parmi les multiples éléments combines en l'objectivité, de n'utiliser en

ÏÏL C 2T7 U V e8 ligneS ' ^ ^° rmes ' l^ couleurs gS Sînn -i 1 " tlDctl T f, e ?' ant à écrire ««ttement la signification iddque de 1 objet, plus les quelques symboles partiels corroborant le symbole général y mD °»«

rJn? 1 ^' W U M? le déduire > ce * caractères directement sigmficateurs (formes, lignes, couleurs, etc.), l'ar-

n aU ;V° U] ° UrS le dr0k de les «agérer, de les atténuer de les déformer, non seulement suivant sa vision individuelle, suivant les moules de sa personnelle subjectivité (ams, qu'il arrive même dans l'art réaliste), mais encore

♦J >0nC ;-, P ™ r e ? fi ? se résumer- et conclure, l'œuvre d'art telle qu il m'a plu la logiquement évoquer sera :

de Vidée"''' PU1SqUe S ° n idéal UniqUe Sera 1,ex P ress ion

a° Symboliste, puisqu'elle exprimera cette Idée par aes tormes ; . * $ .

3° Synthétique, puisqu'elle écrira ces formes ces

""'~ ' ' ' ' .1.1 — .1. 1 I n .uij l i — ■— ■ I HI H» ^^^— »

5 (C'est une conséquence) décorative 4- car la peinture décorative proprement dite, telle que Tout comprit* les Egyptiens, très probablement les Grecs et les Primitifs, n'est rien autre chose qu'une manifestation «Part à la fois subjectif, synthétique, symboliste et idéiete, *

Or, qu'on veuille bien y réfiéchir, ta peinture décora* tive c'est, à proprement parler, la vraie peinture. Lit peinture n T a pu être créée que pour décorer de pensées, de rêves et d'idées les murales banalités des édifice» humains. Le tableau de chevalet n'est qu'un illogique raffinement inventé pour satisfaire la fantaisie ou l'esprit commercial des civilisations décadentes. Dans les sociétés primitives, les premiers essais picturaux n'ont pu être que décoratifs.

Cet art, que nous avons essayé de légitimer et de caractériser par toutes les déductions antécédentes, cet art qui a pu paraître compliqué et Ique tels chroniqueurs traiteraient volontiers d'art déliquescent, se trouve donc, en dernière analyse, ramené à la formula de l'art simple, spontané et primordial. C'est i à lé critérium de la justesse des raisonnements esthétiques employés, L*art idéiste, qu'il fallait justifier par d'abstraites et compliquées argu- , mentations, tant il semble paradoxal à nos civilisations décadentes et oublieuses de toute initiale révélation, est donc, sans nul conteste, l'art véritable et absolu, puisque, légitime au point de vue théorique, il se trouve, de plus, au fond, identique à l'art primitif, à Part tel qu'il fut deviné parles génies instinctifs des premiers temps de Thu- ; manité, ! ,

Mais est-ce encore tout? Ne manquerait*-!! point encore quelque élément à l'art ainsi compris pour être vraiment

l'Art? * r :

Cet homme qui, grâce à son génie natif, grâce à des vertus acquises, se trouvej devant la nature, sachant I^rë en chaque objet la signification abstraite, l'idée primordiale et supplanantë, cet homme qui, par; son intelligence et par son adresse, sait se servir des objets comme d*nn sublime alphabet pour exprimer les Idées dont il a la révélation, serait-il vraiment, par cela même, un artiste complet? Serait-il l'Artiste?

N'est-il pas plutôt un génial savant, un suprême for» muleur qui sait écrire les Idées à la façon d'un mathématicien ? N'est-il pas en quelque sorte un algébriste des Idées et son oeuvre n'est-elle point une merveilleuse . équation, ou plutôt une page d'écriture idéographique

l6 4 MBRCVRE DE FRANCE

SS^ÏÏ'bSpÏT ■**">&**» des obélisque» de Oui, saris doute, l'artiste, s'il n'a point quelque autre

™ZZV V e ' T e - sera que ce,a » car a n * »«* q« «n

comÇrehensif expriment et si la compréhensiou com-

£«nt P .n /0 ^f r * e *P rUner 8U ffit à constituer le savant, elle ne suffit pas à constituer l'artiste

Il lui faudra, pour être réellement' digne de ce beau £^k 1 . 10bl «! e - « Pollué en notre industrialiste au- . H^i? UI - J? indre a ce Pouvoir de compréhension un don plus sublime encore, je veux parler du don d'émotiwfc,-non point certes cette émotivité que sait tout homme

ÎZ ti" ï!" 8011 * 8 combinais ons passionnelles des êtres et des objets, non point cette émotivité que savent les chansonniers de café-concert et les fabricants de chromo— «mais cette transcendante émotivité, si grande et si précieuse, qui fait frissonner l'âme devant le drame ondoyant des abstractions. Oh ! combien sont rares ceux

tut H!T F ?' ent . l T C °SÎ? et les cœurs au «W^e spectable de I Etre et des Idées pures ! Mais aussi cela est le

don sine quanon cela est l'étincelle que voulait Pygma-.

ion pour sa Galathee, cela est l'illumination, la cleï a'or,

le Daimou, la Muse... ' »

Grâce à ce don, les symboles, c'est-à-dire les Idées, suivissent des ténèbres, s'animent, se mettent à vivre d une vie qui n est plus notre vie. contingente et relative, d une yie éblouissante qui est la vie essentielle, la vie de t Art> I être de FEtre,

Grâce à ce don, l'art co mplet, parfait, absolu, existe enfin .

Tel est Part qu'il est consolant de rêver, tel est l'art que J aime imaginer, en les obligatoires promenades parmi les piteuses ou turp,des artistailleries qui encombrent nos industrialistes expositions. Tel est l'art, aussi, je croira moins que je n'aie mal interprété la pensée de son œuvre, qua voulu instaurer en notre lamentable et putréfiée pa^ trie ce grand artiste de génie,, à l'âme de primitif et, tun peu, de sauvage, Paul Gauguin.

v«î°? œu r re » T 7 le ^iIleuse déjà, je ne puis la décrire ni I analyser , ci. I me suffit d'avoir essaye^ de caractériser et de légitimer la conception très louable d'esthétique qui parait guider ce grand artiste. Comment, en effet, suggérer avec des mots tout l'inexprimable, tout l'océan i d Idées que 1 œil clairvoyant peut entrevoir dans ces ! magistrales toiles : h Calvaire, la Lutte de Jacob avec ^

. ■ ■ , MARS 1891 , l6 .

l'Ange le Christ Jaune, dans ces merveilleux payLres ft?J? Mart'mque et de Bretagne, où toute ligne, toute forme toute couleur est le verte d'une Idée, dans ce »ubhme/f/*« des Oliviers où un Christ aux cheveux incarnadins, assis dans un site-de désolation, semble pleurer les douleurs ineffables du rêve, l'agonie des Chimères la trahison des contingences, la vanité du réel et de iâ vie et, peui-être de l'au-delà... Comment dire la phHoî sophie sculptée dans ce bas-relief ironiquement libellé • Soye^ amoureuses et vous'serej heureuses, où toute là Luxure toute la lutte de. la chair et de la 'pensée, toute la douleur des voluptés sexuelles se tordent et pour ainsi dire, grincent des dents? Comment évoquer cet autre bo.s sculpte : Soyej mystérieuses, qui célèbre les pures joies de 1 esotensme* les troublants caressements de I énigme, les fantashqnes ombrages des forêts du problème? Comment taconter enfin ces étranges et barbares et sauvages céramiques où, subiinie potier, il a pétri plus dame que d'argile?... ' v

Et pourtant, qu'on y songé, si troublante, si magistrale et si merveilleuse que soit cette œuvre, elle n'est que peu comparée a celle que Gauguin eût , pu produira, placé dans une Civilisation autre. Gauguin, il fout le répéter, de même que tous les peintres idéistes, est, avant tout un décorateur. Ses compositions se trouvent à l'étroit dans le champ restreint des toiles. On serait tenté parfois de les prendre pour des fragments d'immenses fresques, et presque toujours elles semblent prêtes à faire éclater les cadre* qui les bornent indûment 1

Eh quoi! nous n'avons, en notrë'siçcle agonisant, qu un grand décorateur, deux peut-être, en comptant Puvis de Chavannes, et notre imbécile société de banquiers et de polytechniciens refuse de donner à ce raie artiste le moindre palais, la plus infime masure nationale ou accrocher les somptueux manteaux de ses rêves'

Les murs de nos Panthéons de Béotie sont salis par les ejaculajtions des tenepveu et des Machin de l'Institut!

Ah I messieurs, comme la postérité vous maudira, vous raillera et crachera sur vous, si quelque jour le sens de I art se réveille dans l'esprit de l'humanité (...Voyons, un peu de bon sens, vous avez parmi vous un décorateur de génie : des mural des murs ! donnez-lui des murs!...

9 février 1891.

' ''' \. G.-Albert Aurier.

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