VAINEMENT
A Satttt-Pol Roux.
Mon âme est un grand parc où la pousse géante De mes désirs et de mes rêves s'enchevêtre, Implorant de leurs bras noués la nuit béante Sans qu'une aube clémente y veuille m'apparaître
De trop vastes Vouloirs y tordent leur ramure, Et des espoirs: trop vieux étagent leur feuillage, Fermant impénétrablenient de leur armure Ma voûte à la splendeur du Magique Sillage.
Tumultueusement ma famine réclame ;
Une Chair — magnifique p&le des prunelles —
Tabernacle marmoréen prodiguant PAme
En avalanche d'opulences éternelles. i :
Mais la Femme-idéale dérobe son buste . Aux cèdres qu'érigea mon oraison altière :
Elle arbore l'effroi d'une étreinte robuste;
Mais je n'abdique point sa possession fière.
Si nul est mon espoir de sa chère récolte, pen veux perpétuer quand même la semence ! ; Qu'importe mon isolement si ma révolte ! .
Peuple d'échos puissants ma solitude immense!
Jules Mèry. : ' I
UN ROMAN DE LA V7£ cWife j
! «r LE VIERGB » (i)
Annuellement, d'après degrés statistiques, la nation française produit environ trois mille tomes de roman : c est une grande richesse. Là-dedans «ont comprises le» réimpressions et les traductions et toutes sortes de babioles, — de jouet» et de verroteries. Il est à croir* que letranc engendre par cette industrieestspëcialement àîm- £S?S^ on 7 oi if e . s 8T?ns curieux etmemedévouéstehter sous 1 Odeon la dévirginauon subreptice de ces tomes, on n en voit jamais, que la passion exalte au point de leur faire payer, afin d'une possession complète et définitive, la rançon de ces multicolores esclaves. Où vontelles, après ce stage à des comptoirs, à des vitrines, ces créatures issues de nous, pour qui leurs fabricateurs rêvèrent des robes brodées d'orfroi comme, des chasubles, des colliers de perles noires, des diadèmes d'escarbonclèa, des souliers en peau d'unicôrne r — et des lits de harem ou la favorite parfumée d'origan s'évente sur des toisons de lynx avec des plumes de chimères IL
Il y a-telle sorte d'ivoire vert dont la provenance est inconnue ; presque aussi mystérieux, mais à l'inverse, le commerce des livres On en sait le départ, on en ignore les suites. Rachilde émettait l'autre jour cette idéeT que peut-être, en telles régions invisitées, enfilés comme des merluches à de souples baguettes, ou comme des conques a des cordes de ramie, les romans nouveaux servent de monnaie, de régulateur du troc : avec ces ligatures, on dote les filles] on acquiert des chèvre» et des arme» de guerre, des femmes et de reau-de-vïfe. Bien que cette opinion ne soit encore que probable, et que nulle carte géographique, même de Justus Perthes, ne marque dans les solitudes de l'Afrique centrale une «Région des Livre» » comme il y a «„e « Région des Lacs », bien que ! otaniey soit reste à «:e sujet, non comme sur d'autre», muet, — on peut, néanmoins, l'accepter provisoirement. Cela nous tireid'un grand embarras, — si toiitefoU, ainsi que je le pense, I* doute est supérieur à yignorance.
(i) Un vol., par àlitod VALtarra (Tresse et Stock)» !
D'autre part, c'est encore un soulagement Oni-n'*mi:»
maires, la jamte, le bon-à-nen du roman fîlosèle de I, bobine vulgaire débobinée en feuilleton nu S «hn
~xzr F %°« îîas»s?r *^^
Dorénavant nous voilà consolés et rassurés sur 1«
ons Uyemr est à nous : qui sait si à la ^KinV^bt
d'autruche et la poudre d'or I ' eUtre leS plui ^ es
les^uêtf ^ £f tont P ? h,t • s P écial ement qualifié pour
ia e T u is n tif^ taiU ^ "»S2bSi Se^f 5e coûter
• ? ^ir ï° int I e VUC -. dîfférent > oh { moins si même, disons-le, entièrement futile, — celui
neux, et raê de l'art
,«,™? f d6? r UX inexercés » inhabituel au compte-fil les
rèsTe" -S" T** ,6 / ? UtrCS) Se d'^renclèn?
Sues S înhl, J ? 5 deS Ç*? d «"t* galamment mélancouques et jobardemeut mondains des « Fils de Cotonet »
ceu^ui Tf réS ° UtL °° ,a ^chandise « Rabusson aîié ^ \u; q M fou rnissent aux 100,000 Bobines ( Ancienne Maison Maupassant) haussent les épaules devant les fi lé^
SÏïrhÇP^Î S ° US Iesa "^ de U Vv Theu!
(âticîesaueK ^ e % d , eS cordonnets ^«« Ar AfÂfcm unec lesquels, disent-ils, on pourraitse pendre) récusent
s^^r° tons * Deipit frères » < A *se?2
la caîsTà remX 80 ' 1 " ** ^-^^ du SUCcès ra P id *, de
rwJv^Tt deJ e '" r ! S qUÎ ' WTJfHS**' strictement sa m!„t J >/ - d ?* ec / ltures ou médiocres ou volontaire-
Sle dT" d A OC t "^ î° Urr ^ S ' selon la .^essaire clientèle, de cédrats ou de piments, n'est par cela même
nullement condamnable' : la Hb'erté . est^une maEe
. ..; ; • . "' , ■ '• mars 1*91 - tt9
qu'on ne paie jamais trop cher. Mais celui qui, à l'abri mercantile, de la cop ie , s'exclut à jamais nir cT ««1
T. Il Lltt f ratur ? so.texclusiveme.it composée. M Zola par exemple qui eut du talent, l'a si bien galvaudé à d« entreprises du genre de la Bête humaine et du JM*'q£
ar g uïtes qU * réClamCS dCS P ° ëlierS et d "
dil„r,° U „ S 3U . ffit * ai ¥ urs îl u ' à '» su 't« «e maîtres: toujours S f ' IH^V" jeûnes écrivains, bien décidés à ne ia! mais for/aire, publ.ent de temps à autre un livre Sont
d Alfred Vallette est dj ceux-là. *■-** vierge,
On était accoutumé, dans un cercle, à dénommer ce
U^îk'T?' *?* V &£ on > « Monteur BÎb^aTï eî il me coûte (moins gua l'auteur, sans doute) d'avoir à
employer une appellation différente et fausse? !!. Ls être inexacte. 1 faut, en de certaines circonstances cari! tuleravec les éditeurs, il serait parfois périlleux de Tel r repondre par un « Sit ut est, aut „ „ s f t », *Lcel laisons majeures ne peuvent m'empêcher de rejrretterîê premier t.tre. Non que « Le Vierge > soit spécialement ! mauvais, ma.s ces syllabes induisent^ errern- surdon du romancier, q u , n'a voulu ni donner un pendant à la
■ ctt"';. én^f ' K ° Stka 1 ' ,li . eXdter IeS i-^-tions! t. ,r ' / t tUde î res sim P'e, très dense et d'un bon na-
WeTlot'e^ PCt ï ViC de P/°vi«ce ( synthétisée en uL vit?/ u Petlt I' eUX ' fl * ure merveilleusement vt- :
vante en son absence dévie, étonnamment vraie en son exagération vers le néant. Monsieur Babylas est la créa" ture a laquelle il n'arrive jamais rien, de Notoire qui se meut dans u,* milieu on dirait fluide où les chocs 1 iont nires et peu .violents, à laquelle rien ne réussit mais qu
timife " T treP ïf " d à peU P rès rie »' W «t d£ t midite de chien battu et naturellement se fait battre
sTuV?ntreïïu° n f< ^--douleur par destination, S'ï ' m3lSpaS comm eid'autrea,souffran
S2Si^ • 1 ' " e com P r ! nant P as 1* vie et incapable de* chercher a ^ comprendre, un être faible, facilement roule, mais jusqu'à un certain point protégé par cet exe h.
èSEÏÏÏ " Ce , COn , tre de ^op grosses canailSriîs, incapîofe également de s amuser et de a'ennuyer, contenté par
^.^T"*. P^t ^ longs Moments, au fi!
reau ou il fa,t des copies, à jouir de ne rien faire, « dans
une pose de petite fille qui s'ennuie, à la- messe * ™ ' changeant guère en prenant de l'âge, ne sWrcevar,'* ît
weux a une. pùtisie héréditaire, mourant truetté rar Va qmvoques captations, et après sa mort Eté P fui %
panvre immaculé Babylas, dans ses mœurs":' ^ to '
rfatSure" 1 .'. T^ ^^--^ Imme" Périeur à bLn A St '*£ ^^e acceptable et même su-' - Prince bJL?. ? 6t ] tS médecins «* fonctionnaires de «orne i e la & "? P? s * cce P table ï il 7 a e " ™ du . l'incomolet ^ Wh'- d ° ,lne ^ « nsrti<>n P e ™ b fo de . ■"
es d'un oLl *'? S?nS ^ eue ' d,un <? hat sans oreil- S „ ™- ^ns.plumes ; il n'a ni cheveux ni barbe ;
fon cl^TZ^^T '*.*?* couvrir d W perruque
Plus î£! t? S T du T e - fé à P eine > ^n crâne guère
fdfot g nTun^n ' P1US , Pl6in : P° urta "t <* «l'est pis un > iaiot, ni un moue, — tfest une maquette.
ner ul£T- ? Ue J rod W e ™ V* hauteur ait réussi à don-
vft l?2 • " etr ? * ni serabJe si P eu f ai* po«r vivre II M , néanmoins, même d'une vie très visible, avec lis 'na-
SdiESS^*- 6 "T 6trâme > ^l-viTnîterfoure et de la vie de relation, bien posé dans son ambiance
Sc'ela 1 fSS** ™ dC + danS ? dU ded ^ ns aU dehors : pour cela, le mot de création n'est pas excessif Et l'en
semble est une œuvre d'art comme tel ivoire de Chine
pt le^o^ J r n ', artqUi ^ *" le détailautantque . que inte? 1 lt - r f Iwassis condensé de son grotes-
SSVi Zïïïïfc „= 4« iïïÉSïï
tpi„ hlSt01 ' e de , Mons j eur Bal >ylas apparaît, pour la coJ texture générale, ordonnée selon des principes sciénS Crament codifiés. Le livre qui a ainsi se^ de^arnSê
*««fafc, ma ls ,1 n'y a pas imitation;. c'est plutôt une
MARS ijfyr 17t
assimilation volontaire de procédés, une expérience résolument tentée et certainement réussie, comme d un peintre qui emprunterait à un devancier sa perspective son groupement, ses lointains, son étagement de plans' mais se réserverait la couleur, la forme, l'expression' ■lintention, tout ce qui doit être personnel, à moins d inexistence. Ainsi l'ironie est plus accentuée, les faits sont plus menus, plus tassés, engendrent bien plus que dans tels succédanés de V Education le sourire et même le rire I *> m ^™ ^ ™ êmé j a pitié, la curiosité et mên '
sst tr,ès loin des exagérations d 1 tpîus (pour n'avoir pas compris tout ce qu u y avait en Flaubert de tristesse, d amertume et même de tendresse et de bonté sous la rigidité affectée de cet homme au large cœur) de prudents compilateurs comme M- Ceard ou SU Alexis. ' .
Le Vierge est plein d'agréables descriptions qu'on deJ vme exactes <il ne faut pas dire vraies), avec dedans de jolis mats, le « grisollis » des alouettes, les tons d'un couchant i dégrades jusqu'au «vert putride»; — de très curieuses i= observations : une nouvelle circule dans l'école, colère : ...du maître, silence, recueilleraient, «après quoi prudemment une tête se releva, imitée d'une autre, d'une autre encore, et de toutes»; on voit ces oiseaux : c'est tout a fait charmant;— d'autres telles que : les petites filles aiment bien le sage Babylas, mais elles l'utilisent, lui tout tourner la corde, brusquement, le jeu fini, le plantent la ; — par la forme de sa bouche «abaissée aux cornmissuresj il semblait toujours sur le point de pleurer»- — page £ 3 une très bonne psvchologie de l'enfant pris et dompte par la vanité; —ailleurs, bien notée «la tristesse des journées de, fêtes.», des jouis où les gens ont Pair de jouer a s'ennuyer; plus loin, la naissance de la puberté, sur le fond toujours gris poïnti liée en menps coups de pinceau, en minuscules taches, mais fondues et assemblées vers une impression unique ; —des remarques d un humorîsme lugubre, d'un comique atroce ■ tfabylas — cette malchance n'arrive qu'à lui — «ferma les Yeux de son père, — qui se rouvrirent peu après».
En général, il y a, tout le long du volume, une bonne représentation de Pacte par le mot qui matériellement le ^ ■détermine d'entre les autres actes, et un bon choix des actes nécessaires à la différenciation du, type Babvlas d entre ses congénères^ : ;
Aprèsavoir amusé, vers les deux tiers de cette histoire en images, la pauvre créature, tout d'un coup, par un
préciser
^.11^ a i~ i ""«« oont soutire alors Babvhm-
Enfin ; S ° en, ! nt P ! r t i midhé «ntimentale. 7 3S '
choses biin^ Ut °^ dC Baby,as ' des personnage» et des cîntSL !? c ? n , cord « nt > ave = 1» tonalité de lf figurine centra e et qm la repoussent, par les hachures df [éur «isaille, vers une umière doucement trouWe : on dSit
Remy de Gourmont. :
MARS 1891 r ^ a