LES FIANCÉS
Depms dix ans couché* dans la tombe suave Sous la p rairie en fleurs où bêlent lM t '
Ils écoutent languir la voix suprême et grave Du bonheur éternel dans l'éternel repos
Ln chêne épand sur eux le velours de son ombre - Les laboureurs hâlés y bornent leurs sillons ; Et la nuit, quaud tout dort, des étoiles sans nombre- Jusque sur leur linceul filtrent de bleus rayous
Tous deux, entrelacés comme en un rêve étrange La lèvre sur la lèvre et les yeux dans les yeux*
Sous les érosions de terrain qui les mange Fondent conjointement, hors de l'azur des cieux.
Des ais vermoulus suinte, émollient et rauce, L n noirâtre br onet où se baignent leurs chair* II» .gisent sans terreur, sans honte et sans souffrance Intimement unis, sucés des mêmes vers
Et du Temps qui croupit sépulcrale pâture bublime effondrement de corps décomposés Ils retournent sans hâte a l'immense nature' OU »ls graisseront épars et métamorphosés
AVRIL 1891 fo
Amen ï semblent-ils dire, amen au décret pile Qui nous précipita dans les bras du tombeau!
Notre lit nuptial est froid comme l'opale, Mais plus stérile U est, plus U nous parait beau.
Nous n avons pas vécu sur kl houleuse terre De quoi couler ensemble un seuil instant d'amour. Dans la bière profonde, au sein du grand mystère , Vierges nous fûmes mis, tous deux le même jour. :
Nous bénissons la main du hasard magnanime ; La mort qui nous faucha nous est un doux destin Le cœur qui bat encore au souffle qui l'anime A des frissons au soir et des pleurs au matin.
Nous ne redoutons plus les venimeuses larmes Que la douleur amasse aux cils des respirants; Ici plus de sanglots, plus de deuils, plus d'alarmes Eu nos rigides fronts plus de cris déchirants.
Nous ne percevons plus les verbes d'une langue ; C'est uq silence saint qui sur nous vient peser ; Et nous nous oubliqjns dans le cercueil exsangue, Où pourrit lentement notre humide baiser. !
Louis Dumur^
ao8 MERCVRE DE FRANCE