JEAN DOLENT
Obtenir d'exquise sorte des suffrages exquis; triompher par des moyens rares, dédaigner les procédés vérifiés, bouleverser volontiers les notions proverbiales, fuir le sens commun pour rester dans le bon, échapper aux effets classés : près d'attendrir s'arrêter au bord des larmes sans toutefois solliciter la gaîté — ne faire ni rire ni pleurer, émouvoir à toutes les possibilités, faire surtout sentir et penser : c'est le style, l'œuvre et le tempérament de Jean Dolent,
Cet artiste épris de la vre, cet homme épris de Part, est de ceux qui ne se résignent point aux efforts médiocres : il se peut donc que la renommée bruyante — * puisqu'elle est aujourd'hui plus' justement que jamatè prévenue et convaincue de modérantisme — ait mal lu de cet écrivain certains ouvrages que nous préférons a beaucoup de centaines d'éditions. Dans cet universel champ d'oeuvre de la vie et de l'art, dans cet unique champ de bataille, la vraie victoire n'est pas toujours celle qu'accompagnent le plus de trompettes. — D'autant plus est-il précieux de chercher, en cette œuvre non dédiée au grand nombre, l'expression d'une des âmes les plus subtiles et sensibles de ce temps.
Deux mots de Jean Dolent lui-même me guideront
« Le style, c'est l'état innocent de l'esprit. »
Cette définition — qu'on a eu tous les torts du monde de rapporter au fameux apophthegme de M. de Buffon — nous en dit long sur l'esprit qui la trouva. Elle émane d'un perpétuel désir de perfection ; elle marque cette belle frénésie de pureté, la première des vertus esthétiques. Cette définition n'est pas, comme sa sœur de l'autre siècle, une constatation : c'est un conseil, c'est le résultat 4'une expérience passionnée, c'est un mot plein de clartés. — Il faut être pareil aux petits enfants pour entrer dans le paradis : et c'est-à-dire qu'il faut être innocent pour jouir du bonheur comme pour le mériter. Or il y a une vérité dans l'art qui correspond à cette venté dans la vie. (Eh! l'art et la vie, puisque c'est tout
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un!) Etre innocent, en art, c'est n'avoir point de préoccupation étrangère à la recfcerch* personnelle et «mcèra, — aucune préoccupation ni de stupre, ni de lue** ni de vaine curiosité, ni de vaine gloi^f ni m^« <te wS enseignement; c£st parler parce qu'on ne peut pl« « taire, c est se délivrer, c'est uniquement s'eHoiJïer de s exprimer soi-même dan* ce qu'on a de pfua héaffcffttnt « spécial, » — soi-même, c'es^àHÏire un DUirt{Cér notr* pensée peut s'ignorer es m contingenté* r^ité** elle sait toujours quel idéal d'orgttaiJ eide beauté W*J une fois pour jamais, choisi vers l'Absolu.) A ca prix on a 1 inviolable virginité, l'éternelle enfrnce de* postes, à ce prix on est innocent; on a du style. > ■
« L'innocence de l'esprit, * — ajoute Dolent, « une innocence conquise» > , *
Ces deux mots, qui révèlent un tempérament et indiquent une histoire spirituelle, tracent au mieux W pUû de cette Etude* ' r
La nature, la couleurj des ouvrages (1) qu'il a choisi a écrire, refléta nécessairement la nature et la couleur d'un esprit qui ne chercha jamais que sa propre expression. Tous les livres de Dolent, k ce point de vue/wmt explicites. Mais je m'attacherai k l'étudier principale ment dans le roman de L Insoumis, livre pour Itque' je ne cache pas ma prédilection : il est de cette heures en dépit des dates, et je l'estime des meilleurs de c* temps. C'est là que nous verrons juste comment la toensée, nette et simple dans l'ensemble, se complique harmonieusement au détail de l'exécution : comment alors mille fins fils viennent croiser, pour lery retenir prisonnières, la trame du réseau où se sont prises les ailes des idées, ' -
La composition entière évolue autour d'un type constant en tous ses développements :
(1) Jean Dolent a publié jusqu'ici : Un* volée de merles —
d'Art des femtees, Amoureux d'Art (1873, $877, rSffll limi d'art. Seront prochainement réunies en un voltfme £« Jfc-' fwtfw -rf« Jean Dolent. Deux ont été imprimées : La Pmâf des Joueurs et La Parade de ta Dette. — Un nouveau misa va paraître : ifanstrts. »™»»
« Il avait le fanatisme de la liberté. Ceux qui disent ^ Colonnis est grossier, ils mentent; brutal, ils mentent. Colonnes savait dire la vérité avec grâce Il manquait de
i air lataU ce sceau des grands révoltés. »
Insoumis et maître ironiste, il dresse son rire comme un rempart entre sa liberté et quiconque prétendrait entreprendre- sur elle. Il rit! non, il n'a pas le sceau des grands révoltes : c'est qu'il n'a pas eu à s'affranchir, il est ne libre. Il ne consent même pas qu'on lui impose d être 1 heureux mari d'une femme charmante, il l'a quittée peu de mois après la noce, effrayé de cette pensée que «N aimat-on plus, on serait encore lié. » Voilà un petit mot que Colonnis ne peut pas entendre.
« S'aimer par contrat définitif, sans clause échappatoire f un bonheur jusqu'à la mort, sans fin possible !... Un paradis ■ sans issue ! Ah !... j'ai pris la fuite. » *
Il a la prétention de nerelever que de lui-même, d'être seul dans son âme. Or, un insoumis de cette sorte est nécessairement un lutteur : quel emploi faire de sa liberté, sinon s'assigner des tâches difficiles ? et un tel ' lutteur est nécessairement un vainqueur. Mais, par coquetterie, Colonnis n'épuise jamais ses sujets. A la chasse il se contenterait de faire lever le gibier. S'il a ' révolté un peuple — ou un village contre les autorités, il se dérobe, la chose faite, au devoir de diriger* les destinées de ses hasardeux élèves; ce n'est pas lui qui se laissera prendre par les gendarmes et tout l'émoi qu'il aura cause n'est que « Terreur pour rire. » Il est vrai que « Kire mené a démolir » : Jes fantaisies de Colonnis ont toujours un caractère d'utilité. Maïs il a trop d'orgueil pour manquer de paresse élégante ; il confie à Vautres le soin d achever la besogne, souci secondaire. Ce railleur indépendant, cet enthousiaste et ce généreux ne saurait tolérer d être le second nulle part, mais il laisserait la première place vide, plutôt que d'assumer les charges de la dictature. Prendre en main les libertés de tous c'est renoncer a la sienne. '-"-..
Ce caractère, si composite dans son unité, a ses reflets et ses contrastes en tous les autres personnages du roman. — Crambarda^estla caricature de l'Insoumission •« Il nV a pas d entraves légitimes ! » Mais il en sait qu'il adore ■ s il les rompt, par foile vanité, c'est au prix de son cœur « bien plus ne pour la soumission que pour la révolte »" Pourtant, il juge Colonnis timide, « un esprit indépendant, mais timide, » Il a des regards de défi « pour le
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poêle de fonte et le comptoir d'étain. » Victime ctn définitive, pris au piège de ses fanfaronnades, t'ett un grotesque touchant. — Maître Tontonne est pln« «Age ; voici ses règles de conduite : * S'attaquer ^ seulement à ceux qu'on peut aisément vaincre, moissonner les épis à cause du grain, ménager les moissonneurs à cause de leurs faux et respecter la pâture des vautours. » Ce n'est pas l'amour de la gloire qui ferait délirer Tontonne, ni l'amour de la liberté, ni quelque folie d'enthousiasme ou ; de générosité : c Ses divagations ont pour point de départ la raison pure et Tontonne extravagùe au nom de la logique. » Au revers ne reconnaît-on pas la "médaille ? — Le Jeune Monsieur Zagouette est un autre aspect du même contraste. C'est le Médiocre infatué qui cache sou irrémédiable impuissance et les glaces de sa native sénilité sous des prétentions à quelque si pur idéal qu'aucune réalité ne saurait l'effleurer sans le souiller. « Il dit vouloir réagir contre le plaisant lyrisme de Joseph Prud'homme iet se complaît dans une fausse simplicité. Ce jeune monsieur est circonspect, il prend soin de prémunir les gjens contre leur penchant à Tenthousiasme... Quotidiennement il parle de sa soif d'admirer et se plaint 1-jmentablemént d'être ainsi laissé sur sa soif. » Point vulgaire toutefois , il semble avoir pris pour principe unique cet aphorisme : « Avoir les jambes faibles, c'est un malheur, boiter, c'est une faute. »
Quatre principales figures de femmes traversent le roman.
Jacq*uine 9 la femme de Colonnis, et : Guillaumette, la fiancée de Gambarda, sont de douces ombres aux traits jolis, la première toute de tendresse si vraie, si intense qu'elle atteint à l'intelligence par la sensibilité, — et la seconde toute en bon sens et en belle gaîté.
Mais parler des deux autres femmes ce sera dire le 1 roman,
Colonnis a pris à Tontonne, dangereux mari facile, sa femme, la plus terrible des femmes aimables. Ce qui surtout retient auprès d'elle Colonnis, je soupçonne que c'est le caractère improbable, impossible de Jeanne :
«Lui être fidèle, c'est avoir chaque jour une nouvelle maîtresse. Les mêmes causes produisent sur elle des effets différents... Elle se rend sur le ton de la résistance, élève la xol% sans cris et se désole sans larmes... Un nez parisien qui 4é*» bute en nez grec... On ne se lasse pas de la voir, elle ne se lasse pas d'être regardée. » ,
Une insoumise. Colonnis aime à la vaincre : c'est là
fftSâni Lmf ■• "m Ia i Sée d6S P ériUeus « «tàia. qu'il a H. k~ . • ? " . e,le tout ce 1 U e,,e est de irrâce et
ÎJ> À*'' maiS P ,u »« Permit en la perdanf Sus , Il
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telle femme être aime d'elle et.rester libre! Une fois
aïs?»" v: L 4 f é par rt sa r; tresse ' v ™»v vîtt
ciiez m .lonyne — sorte de femme d'esprit et de c-aantene que la maîtresse légitime redoute • P i 1 ira donc
vZl?£::™? d f S ° n «P*»' mena <*' i : inVStan?e ei tfafde iTîlS d r eS , femme3 1 ui se sa « nt «»*» : * Prends
ajoute ces mots qui résument le plus* bel évangile Jin-
î^"hVf£iïr-" la P ' U * beHe P h Sphie îe
.'w?foi' a v \£ Ut *W" ** M™ préférer. ..trtnXw
yigt fois la même femme, c'est plus malaisé que desé-
ZtTT fen ' meS ' î Et dans la chambre où sa q maUreïe dort dort en rêvant de lui, ce cérébral, qui aime avec sa tête autant ce sentimental aussi, qu'avec s n C eutreprend d'ajouter, pour se bien prouver à lui-même la pleine liberté de son esprit, quelques pares «Tr depuis longtemps commencé/il écrit. Pu,f affïon à ,t
Su vtntTT'- 1 ' °% r T iUer Jea " ne PO«?Iufi?re ta ce Hdécide nu'H n«Kr • P - ndai î* , qUe Jeanne se re "d°rt, tresse q Cra JUSqUa k P r «ence de sa. maî-
rf^lff' 8 S* La ma ' n lle fl midame Tontonne pendait hors
tro U b b Colo P nnh C I ?^ I mmée de ««e nfaiû blanche irouoia colonnis. Il alla vers cette main > r a j MinA
femme se réveille et entoure de ses l^^di"^
ft — Tu n'iras pas 1 s ' '
Colonnis se dégagea. »
'•J?*? 8 ?*™,' Un ^ demi -douzaine de brèves pa*es est K'erne 6 ^jP 1 --»? 01 ^ témoignage de la ÎSi.S inoaerne Je ne sais nen de plus passionné aue, U paume enflammée de cette main blanche *
Pourtant, cet empire de soi, la force que Colonnis a toujours, malgré son amour, « d'empêcher de « "nouer" autour de son cou ces mains mignonnes d femme"
Séance" onTeut^ b0n,la ï ,rî °/p CUt être du P« *>** aenance, on peut être esclave de l'insoumission En
h.ver, je me suis surpris à marcher dans la neige pour
éviter le sentier noirci par le troupeau des pa#: ,G*nvbarda ou Colonnis?Eht Colonms comme Gambarda finit par sacrifier à la féroce passion de ne relever que de soi son amour et son bonheur»
Mais s'agit-il, ici, de bonheur, du moins au sens normal 1 II s'agit plutôt de parvenir, par ta satisfaction d'une passion maîtresse, à cette intensité de vie à tout prix, qui est l'idéal — inconscient on conscient ! — fatal, de l'homme mpderne. Quand la maîtresse de Colonnis le quitte, il Çsouffre, certes, et, au-déli de l'adieu qu'il .pourrait effacer d'un baiser, il voit au présent le morne avenir de la définitive solitude. La douleur est si vive qu'il ne s'y peut résigner, il poursuit la bien-aimée, — qui s'en va, lente, espérant qu'on la rappellera, — il la dépasse, l'attend sur le chemin qu'elle doit prendre "la laisse venir jusqu'à lui : et la laisse passer* — En réalité, et quoi qu'il en pensât lui-même, ce n'était pas poudrejoindre sa maîtresse quil courait si vite : c'était après sa douleur ! Jamais il n'avait autant souffert — qu'en voyaut sa maîtresse franchir ce seuil : jamais il n'avait autant vécu, — et il venait savourer une seconde fois ce sentiment de déchirement intime*
De telles crises d'ailleurs Colonnis est assez friand. Il a le goût de l'adieu. Il commence pour finir. Cette M 113 Tpnyne, le second important personnage féminin, étudie ses poses « en femme qui sait n'avoir qu'une vertu, la grâce » ; elle s! refusé — encore à sauver % c'està-dire naguère — de se laisser aimer par le plus sincère des amants, et c'est maintenant une âme libre, elle aussi, mais désœuvrée, et qui butine des madrigaux en attendant t en espérant la catastrophe de sa propre et monotone tragédie, et qui se joue à des feux allumés à demi^jst qui donne à des Tontonne, pour passer le temps, des velléités de belles actions dont elle serait le prjix : la catastrophe qu'elle désire portera le nom de Colonnis. Le mot Amour entre eux n'est pas prononcé, il sonne danstoutes les syllabes qu'ils échangent. Mais au moment d'une séparation qui pourrait être courte et qui vaij décider de tout leur avenir :
a — Au revoir, Coloimis, dit-elle. '-\
— Non, adieu, Tonyne.
— Ah! »
Ainsi cet artiste, Colonnis, autour de qui le» gens perdent leurs proportions naturelles, grandissent ou diminuent hors de toutes mesures, ce fiévreux, impi-
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toyable ou imprudent prosélyte de sa fièvre, cet exclusif amoureux de la divine statue de liberté belle qu*il a . conçue dans les plus hautes régions de son humanité, — passe indifférent, en somme, au bien comme au mal qu'il fait — en passant ; artiste, imprudent ou impitoyable, amoureux!
Au sens psychologique, ce. livre est d'un poëte en qui le courage de vivre s^est altéré de dégoût. Point de haine, un peu de mépris, du renoncement tacite.
Essayer de dire aux vivants ce qu'il conviendrait qu'ils fissent ! Que ce serait long, compliqué, minutieux l Con- " tentons-nous de leur faire toucher au doigt la sottise épaisse de leurs habitudes ou de leurs conventions \ « Electeurs, nommez Tontonne! autrement, pas de visite du Souverain dans votre ville, quel affront! » — (Cela sent son homme de liberté, que décourageait la « pros- . périté > du Second Empire).
Au sens artistique , c'est l'œuvre d'un poëte qui a dû hésiter entre de directes spéculations philosophiques et de grandes compositions poétiques. Il n'a ni cherché de juste milieu ni mêlé les genres. II a créé un personnage aux attitudes factices, voulues telles et invérifiables, et lui a commis ses croyances, ses doutes, ses besoins d'aimer, d'agir, de souffrir, ses désirs, — et ses propres hésitations*
11 est bien un peu guindé, ce Colonnïs, sur un étroit, promontoire entre les grands dévoûments et les grandes négations. Il raffine et subtilise dans l'enthousiasme : mais comme le héros de Sénancour, s'il veut bien être un peu victime, il ne consent pas à passer pour dupe.
Ce rapprochement de hasard entre deux figures que tout sépare — Obermann et Colannis — n'est pas pour accommoder U Insoumis aux exigences d*aucune classification. Les figures astrales de la nuit légendaire, ces visages à demi masqués de l'ennui moderne dans,. l'élite du monde, se font de mélancoliques signes de connaissance et cardent un air de famille. Coloanis n*a point leurs qualités, bonnes ou mauvaises. Il est à part. Nul n'a comme lui tant de vie et si peu de consistance. Nul n'a cette galté dans cette amertume, cette activité dans ce dédain des conclusions, tant de fougue et, pour la réfréner, tant d'énergie, tant de cordiale expérience des âmes simples, avec tant de finesses etjîe chantournements personnels, un si furieux besoin de dominer avec si peu de constance dans le commandement, tant d'amour avec une telle incapacité de se laisser conduire par Famour.,.
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Non, Colonnis ne s'arrange pas de la comparaison : **îl pense, au fond, comme ObertnajMj < que, tels que nous sommes, nous pourrions séjourner dans un monde meilleur >, ce n'est, en Colonnis, qu'une pensée empruntée . au vieux trésor commun, elle reste dans son Ame et il conçoit le « monde meilleur > : mais il a consenti à vitre dans ce monde te! qu'il est, tout endolori qu'il puisse être aux angle» des différences ; il s'oublie dans 6e goût qu'il a pris à la vie, et ne se plaint pas : bien plus, il cache ses blessures, l'orgueilleux, 4>u, si vous les devinez, il; affecte d*en rire, le vaniteux : tous les Werther, ces vaincus, étalent leur défaite, leur tristesse; Colonnis trouve partout sujet de rire et prétexte à victoire.
Il était tout autre, alors que, sous lenom de Patrice (i) il! s'allait faire tuer à la guerre parce qifune jeune fille — là M Ue Tonyne de Pun et l'autre romans — avait refusé de l'épouser. Il était alors plus dur et plus droit, il ne riait pas alors. Tonyne signait du nom de Patrice ce rigoureux programme :
« Un seul visage à la vertu, T-austérité. Une seule note à l'éloquence, la langue sacrée . Une seule grandeur à Pnom me, le mysticisme. Une seule règle de conduite, l'intolérance* »
Beau vainqueur, avec cela, et Prince Charmant, mais incompréhensif à force de rectitude :
« Il parlait de charité la main ouverte; ïl parlait de fraternité les mains étendues; il est vrai que si Ton attaquait son culte, il discutait comme on menace, la main haute. »
De tels traits indiquent, ce semble, qu'au moment où il écrivit le Roman de la Chair y les croyances et l'idéal de Patrice venaient de s'effacer d l'horizon des pensées , de Técrivain. Est-ce Colonnis qui nous a conté la vie brève de Patrice? — Mais en changeant de nom, Patrice a perdu sa sérénité, IL a compris la souplesse des opinions et que, si tout le monde a tort (2), chacun a ses raisons : ne trouvant pas en soi la force lâche de l'indifférence, il a pris le parti de rire — juste dans le même Jemps ou» lui échappait ce seul plausible prétexte de là ga?té : Tignorance. Malgré ce qu'il garde d'espérance, ce qu'il
(i),Z* Roman de la Chair parut avant Vin soumis, (3) Plus tard, dans Amoureux d'Art, on Ht : « Tout est un peu vrai. » Mais une Note corrige : * Non! quelle porte ouverte aux neutres! » Et le texte et la note donnent asse* juste l'écart entre l'esprit, qui s'explique cette triste élasticité des certitudes, et le tempérament, qui ne s'y résigne pas.
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montre d'énergie, H est désenchanté, b^^'.i
les de^TcrS • aîil îïT f*™ ^ *P&#W&* entrs puisque ■>™^Jl^^ d ^^&***^
monde, Colonnis s'efforce sai, Tcessî ^ers nn dJ" ** Ie ment nouveau s'érudJint A»a- * i - n deve] oppe-
autres les passions la Ssion-n ^ |m f dans Ies cette aoite d'écrire îeSS?" ^V 011 st y Ie » ~ dans... risque les dehors de S j^^'V* fra S mei *ée, qui ne . ne q se joueT?^ « £ ^^'S fi" ffl» apparences, il met eTcS^ÏÏÏeJS rédSxWw^" C ° nStante ' «>»«t«»merit synîhéS
main, pèse^S ° P our Ve ^*g ££&}&? * * '
mQuotonerîetteïïif à î™ «quelles peuvent avoir de passent de S" lalSr/f- « ^ at ™ os P hè ^ où fînimenl retentis Do W ~ + de r Ç flet ? gradués et indé- Hen exclusif- &!,.%! f-î eSt U ° * rand P ei « tr * de portraits,
îv^SîS'ii^afïs; ît les fonds - En ^ est n ° n
Nous sommes en présence d'un homme quL -frnf ignorer aucun de» efforts contemporains de rénoyitiaft littéraire, s'y intéressant même vive ment, et^d'eoâ^p^ très féru des idées dites « moderne*, » garde. daiuTlS habitudes de son style, dans l 'expression d* ces idée. elles-mêmes, des préférences étrangères aux habitudes aux sympathies du style dit * moderne. * De sentiment vifai, c est surtout dans la pensée qu'il cherche le mouvement. Amant de la vie, amoureux de l'art, il&it œuvré classique d'intellectualiste et de moraliste.
Cela vient, je crois, d'un sentiment très juste des nécessites les plus nouvelles —et les plus anciennes I — de la littérature. On lui a enseigné la peinture et la musique, il lui faut se ressouvenir de penser, — et ce n'est pas dans la physiologie naturaliste qu'elle puisera cet essentiel vin du Verbe, Avec les Romantiques, .tontefois, elle apprit que l'angle fondamental de 1 art est dans une certaine convenance de tons, de lignes, de proportions qu'on nomme Beauté, et elle ne peut pi» l'oublrer La Beauté sait tout, prenons-la pour guide dans notre retour à l'esprit pur : , . ^
« La beauté, c'est la qualité supérieure de l'homme. Donner un coup de couteau, c'est disgracieux. Fuir, c'ett «roirlatéte basse et le ventre rampant. La colère creuse des rides, l'envie jaunit la face. Autant d'atteintes portées à la beauté Btt» beau, c'est être bon. S'efforcer de s'embellir, c'est tendre à se rendre meilleur. Les bossus et les roîteux sont dignes de pitié ; une difformité du corps, c'est un vice de l'âme apparent. Les Grecs ont passé près de la vérité sans la connaître : . l] ? étaient amoureux de la forme, mais ils rendaient un culte distinct à la vertu; c'était une faute. Ils n'ont pas deviné que la beauté se compose de tous les dons. On a de beaux yeux si 1 on a de; l'esprit, la voix harmonieuse si l'on a le cœur tendre, et 1k tête haute si l'on a de la fierté. » [ I
A travers les intransigeances de formule qui prêtent à la pensée les fausses apparences du paradoxe, cette doctrine est profonde et recèle, je crois bien, les principes les plus sûrs de la plus pure morale : la vérité et la bonté delà beauté. Ce petit paragraphe du Roman de la Chair + écrit a trente ans, dans la retraite excentrique d'un coin de Believille, trancherait nombre de longues discussions. Artistes qui entende; dire que vous avez charge d'âmes et mission de moralistes, contentez-vous vous-mêmes et vous aurez rempli tout votre!; mandat : faites beau, c'est * toute la morale. , - r
Des préoccupations de cet ordre et le goût de l'auteur
=2o . MERCVRE DE FRANCE
pour les phrases brièvement expressives, pour le trait court qui va loin, sans le souci d'impersonnaliser son drame et d'objectiver ses personnages, conduisirent Jean" Dolent à écrire des livres d'art aux feuillets apparemment dénoués. Dans une incontestable unité de vues et de conduite, ce sont des alinéas qui font mine .d'ignorer « l'art des transitions. > Point d'intrigue à résoudre et les thèses se dissimulent. « Pas de déformation par une inutile mise en œuvre Des notations d'harmonie,.. . Des
notes prises à l'atelier — au Musée — dans la rue (dans la rue le plus souvent),... ^iTels le Petit Manuel d'Art à - "t usage des ignorants, pilis^Ze Livre cCArt des femmes^ enfin Amoureux d'Art. 0r 3 dans les trois lettres de ce mot trois fois répété, ART, il faut lire les trois autres lettres de cet autre mot, VIE. Car peut-on le redire assez ? il n'y a point de frontières entre les (feux domaines. C'est dans la vie que nous cherchons tous, artistes et poètes^ à inscrire notre nom. Ces deux pays ne font qu'une patrie. (Aussi pensé-je, au contraire de ce qu'on a beaucoup dit, que- tout poëte est exactement l'homme de son œuvre ; seulement, il y faut regarder de près,) Dans ma rue — : Façons d'exprimer — Mots de femme — Confidences reçues — Dédicaces — etc. Ces sortes de sous-titrés commentent le texte, éclairent le projet de Fauteur : « Je reste dans mon sujet : je ne sors
pas de la vie. »