c^an, tsi 1 arrivée
A un autre point de vue, voici encore les deux termes extrêmes.
Dolent a laisssé leur poétique aux Romantiques, mais il les a aimés. Dans Une polie de merles on lit des lignes éloquentes qui vengent M. Vacquerîe — depuis, le poète de Formosa — de la chute des Funérailles de Vhonneur. Cette résurrection de la < poétique discutée » faisait de l'air parmi le lourd triomphe deTEcole du Bon Sens. Auguste Vacquerie, c'était un noble reflet de Vie-
tor Hugo. Les pièces bien faites — bien faites? — ne valaient pas ces noblesses hardies et moins adroites, et Dolent disait :
^ « Le froid logicien se sert de la passion ; le créateur exalté s abandonne à elle : vivre d'amour, vivre de l'amour... Mettons Athalie et Marie Tudor dans le même palais. Rubens prouve Raphaël, Rude complète Pradier; laissons l'artiste choisir son outil. Les hommes de 1830 avaient la fièvre, mais ils vivaient. Le champ dramatique est morne depuis qu'ils se taisent. On pleura de rage d'abord, on raille aujourd'hui : la douleur augmente. »
Maintenant comme alors, celui qui applaudissait aux efforts beaux encore des derniers Romantiques les préférerait aux choses follement pondérées qui maintenant comme alors font prime dans les lieux subventionnés. Je ne crois pourtant pas qu'il soit prêt à maintenir Marie Tudor et Athalie dans le même palais, PAmoureux d'art qui déclarait hier : «A distance, le Romantisme n'est plus qu'un décor éclatant, » C'est que sa pensée s'est toujours davantage élevée, quêtant toujours plus loin à la chasse sans trêve dans la forêt sacrée :
« Je suis moins, toujours moins sensible aux efforts immédiats. J'aimais, j'aime toujours le beau fracas, l'aptitude à mettre les formes en action, | le don de trouver l'accord des tons intenses. J'aime la belle; matière; mais ce qui me prend le plus fortement, c'est l'œuvre où l'artiste me mène plus
loin que là où il s'arrête — où il paraît s'arrêter J'ai pris
l'horreur, mieux, le dédain des choses circonscrites. Mon idéal : Vérités ayant la magjje du Rêve. »
Parti donc, selon les conseils de l'heure, des environs du Romantisme et d'un respect singulier pour le Mysticisme formulé. Dolent aboutit à ce Symbolisme où confluent nécessairement nos désirs de vérité et de beauté. Il a vu que les formes immédiates, loin de révéler* masquent, qu'on se leurre au mensonge des conventionnels cadres où lès choses font semblant de se limiter, . qu'il n y a de poésie que dans l'atmosphère vague ou la pensée solide et le modelé puissant se laissent deviner :
Rien de plus cher que la chanson grise Oh V indécis au précis se joint
a dit M* Paul "Verlaine.
Je ne crois pas, aujourd'hui, que Jean Dolent soit d'humeur à répéter ses jugements d'autrefois sur l'œuvre de Sainte-Beuve qui fit ce merveilleux livre, Voluptè y et sur Barbey d'Aurevilly, — deux poètes qui furent des
premier» a faire entendre quelques-unes des vérité» aae nous proclamons maintenant : n'eussent-ils point parié peut-être nous tromperions-non, encore «w «'JES circonscrites » ou serions-nous moins sûrs de trouver dans la vie « la magie du rêve » !
Ia A u J°"!;?.' hai » J I « s .Ppftes aimés désolent sont Bande. faire, V.l ,ers de l'IsIe-Adam, Mallarmé, Verlaine « reste fidèle à Lamartine, à Chateaubriand, à Raciiw , En peinture il /arrêtait davantage autrefois an talent de
n n "? F ' â 6 .™»»»* de *«$*5». Autrefois il adorait 1« « Petite Maîtres » hollandafs : il les aime; son cX ert pour les Pnm.t,fe Parmi les maître, vivants qui le p2-
F.^r n 'r : P -r ,S d r e C H avan »e»» G«*tave Morean, rJKT Eugène Carrière Je m'arrête avec joie à ce dernier nom
r a ^^i" S0 " e à ce " e .<>P lnio n de Dolent:.* Eugène Carrière exprime ce que je sens ; il montre l'objet même de mes constantes tendresses. » \. "™> m *
Quelques-uns s'étonnent de la prédilection qui retient
W ^.T * I^T??, les œUvreS P'^iq^. Peu .'en faut, oubliant 1 initial respect que noua devons ton**.
libre choix de l'artiste, qu'on le mette en demeure îe
faire un cho.x définitif entre la littérature et la pE£ff
« Pourquoi je ne suis pas peintre ? » répond Dolent • « Le peintre ne voit qu'en soi. Il est bien que parmi ceux qui regardent, plusieurs regardent et Voient » Dca' cir- 1 constances particulières ont fait cette exquise initiation de son regard, ont donné cette direction 1 son «prit II débuta par une complète éducation picturale. Des souvenirs lui en restent. « Artiste, je voudrais peindre un homme ayant conscience d'injustes défaites. »iea œuvres d art lui apparaissent à la fois comme un refuge et comme une intensité de double réalisation vitale : if y étudie le tempérament personnel du peintre et la vie même où e peintre a pris son thème, — puis il s'y repose de la vie. Car ce n est pas le moindre prodijre que réalise pour notre consolation perpétuelle la Beauté des lignes et des couleurs : elle sollicite notre esprit «n nous promettant une révélation nouvelle du rêve de vivre et nous retient en nous faisant oublier au charmé de ses munies combinaisons les désirs que la vie trompe
Quoique Dolent réunisse sans doute, par un miracle dont la nature est avare, les conditions spirituelles et morales sans lesquelles la « critique d'art » est impossible, il 11 a pas ambitionne.ee titre de critique et. je ne sais s'il en serait flatté. La critique d'art : est-ce chose possible ? est-ce chose utile ? A d'autres la réponse. — Je constate
seulement que, d'un tableau dont Dolent a parlé, la critique proprement dite reste à faire, mais qu'elle n'ajouterait rien à ce qu'il a dit, parce qu'il en a exprimé d'un trait le sens esthétique et le sens vital. . — Le sens vital autant que le sens esthétique, la vie à travers Poeuvre autant que la vie dans l'œuvre, voilà ce qu'il cherche et ce qu'il rend : c'est pourquoi il écoute dans la rue plus encore qu'il ne regarde aux musées.
Il en est, à ce propos, qui, ne se reconnaissant pas — est-ce de la modestie ? — le droit d'être indulgents, lui reprochent de faire des livres de mots qui ne sont pas tous de lui (ainsi s'expriment ces aristarques) : l'auteur n'a que le mérite de les avoir entendus. — Il est pourtant bien naïf de lé croire si vite, quand il nous propose sous des couleurs anonymes tel mot (i) auquel cette sorte de dromatique présentation â surtout l'avantage de suggérer un décor. Mais soit... Il fait donc ce que de mille manières nous faisons tous, car les livres nous sont, d'un geste ou d'un mot, dictés par des passants qui ne sedoutent pas des confidences ^qu'ils nous ont faites. A ceux qui l'ignorent est-il bien jitîle d'apprendre qu'il s'établit, quand c'est un poète qui écoute, entre lui et les parleurs, une occulte collaboration ? On parle entre hommes autrement qu'on ne parle devant des femmes : on parle devant les femmes autrement qu'on ne parle devant un poëte.
« J'aime le livre fait pour les gens dédaigneux des décors et des comparses. »
« Le livre que j'écris m'inquiète , le livre que f écrirai me rassure* )>
« J'aime à lire à haute voix pour quelqu'un qui ne sait pas lire; je m'applique* »
« J'écris, non pour enseigner; pour m'instruïrc, »
« J'aime le chemin qui nous y. mène. ».
« Si, de deux femmes qui ni'écoutent, l'une rougit, Pautre pâlit, c'est de celle-ci que je me souviens. »
« Je garde des lettres écrites au crayon, effacées, illisibles. » (Amoumux d t Abt.)
* * Ces lignes indiquent bien dans leur état le plus récemment noté par lui l'idéal d'art de Jean Dolent et cette sensibilité aiguë, — non pas maladive, aiguisée d\ine finesse qui lui interdit les prétextes secondaires, —
qui est peut-être le caractère le plus saillant de cet artiste.
(i) * On peut croire répéter des mots non entendus et qui sont vrais. » J*a»t Dousmr.
AVRIL 1*91 jjy
pw^— ^if^A^am
Nulle part ailleurs, après V Insoumis, on ne le trouvera mieux lui-même que dans cette Parade de la Pette, tria dédaigneuse, en effet, € des décors et des comparses. * — imprimée, non encore publiée et enfon espère bientôt relire dans le livre des Parades de Jean Dolent
Des difficultés rares, cherchées, vaincues, ces Parades; des sortes de poétiques gageures. Peu de choses dîtes. assez pour qu'on devine tout , à condition d'écouter ^ est Ja par excellence que la comédie s'établit, selon le mot de M. de Banville, entre les acteurs et les spectateurs On nous montre le but: comment va-t-on l'atteindre? Voila la vraie pièce; elle est dans le choix des moyens
Colonnis et Lagouette sont rentrés en scène. Ils vont faire la parade « pour dîner, » — pur prétexte ! Colonnis est 1 auteur d'un livre inédit « La Dette, * où il a noté tous les moyens possibles d'emprunter, de ne pas prêter ayant emprunté, de ne pas rendre, etc. Et c'est le maître en cette science cruelle qui défie Lagouette de lui emprunter le moindre ducaton. Voilà le sujet de la Parade Lagouette accepte le défi et finît par emprunter à Co^ lonnis tout ce que Colonnis possède — et ses bottes f Après que d'adresse trompée, que de bassesses mutiles! Colonnis avait oublié sa propre sensibilité, — inaccessible aux grossières feintes, mais toute livrée d'avance à de la noblesse imprévue : or, Lagouette s'était résigné h recevoir du pied au cul : mais, déjà en position, il se retourne : « Non! pas cela! » — furieux, les yeux brillants, le bon comédien! Colonnis est ravi, sa vanité mhrntt trouve dans ce tour une* louange : < On ne peut rester quelque temps mon ami sans prendre un peu de fierté, * et quand il s'aperçoit aux cyniques railleries de son vainqueur qu il est joué, lui Colonnis, le vainqueur ordinaire il se comptait en artiste aux agréments de la pièce *
« Colonnis riant. — Le traître ! >
Dolent dit quelque part que sa modestie est feinte si son orgueil est simulé. Je ne crois l'un ni l'autre. On n'a pas tant de modestie sans beaucoup de réel "orgueil, et qu elle est peu moderne, cette modestie solitaire, en fuite de tout bruit Renfermant en d'éternelles recherches d harmonie, de perfection ! Mais quel orgueil celui-ci, qui attend sans impatience le reflet glorieux promis à 1 œuvre farte dans la vie! — une vie désenchantée peutêtre de toute plus lointaine espérance. j
Charles Moricb.
*a8 MERCVRE DE FRANCE