‹ Mercure de France, tome 2Chapitre 81 sur 127 · MAI .1891 .S · texte numérisé non relu

MAI .1891 .S

Littérateurs, nous ne multiplierons jamais assez les mesures sanitaires. Méprisons-nous les uns les autres ; défions-nous d'autrui comme nous devrions nous défier de nous-même, c'est ainsi que parle la Voix de Sagesse. N'oublions pas qu en jouant au « cher Maître », on est très cabotin, et que tout disciple est un gobeur. N'admettons point de^ faire nombre dans les coteries et repoussons toute idée de rivalité, L'égoïsme nous défend de reconnaître des supérieurs; et puisque nous savons être la Toute-Science et l'âme que favorise l'inspiration diyine, nous n'avons point d'égaux. Rendons-nous jenfin justice : notre personnelle esthétique prévaudra dans les siècles des siècles-. Elle est la seule et la vraie. * :

Des chroniqueurs peuvent surgir , qui nlous questionneront sur « FEvolution littéraire *; nous leur débinerons systématiquement ceux qui se disent lb prochain. Modestement, il nous faut le hurler : nous avons du génie;

' ^— Ah! vous avez eu le nez creux, ML du journalisme!... Vous êtes venu où il fallait!... II n'y a pas à dire, l'art, c'est Moi !

Dès l'abord, ce raisonnement épate et scandalise les camarades; mais on s'y accoutume ; on se représente qu'à moins , d'être idiot, on en aurait afnnné autant. ■■■;". {

L'homme en blouse â trois principales haines : le haute-forme, la canne, le pince-nez, ^ c'est-àdire ce qui constitue, pour lui, le Monsieur, — Jalousie de brute qui se torche avec sa manche, n'ayant point de mouchoir» — révolte de crapule, proclamée souveraine, et qu'une " apparence de mépris pour son fumier fait rêver de vengeresses agressions.

Mais n'est-îl pas délirant de Rencontrer des gens de lettres, réputés gens d'esprit,' qui s'affublent de ces colifichets d'aristos et réclament pour

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la Sâinte-Populace, et barbottent dans la sociologie?

C est à courir dessus, à saisir quelqu'unrde là bande par le collet de sa redingote, pour lui crier : — Triple imbécile, comprends doiic! Le jour de l'anarchie, tu seras le premier que l'homme en blouse étendra dans le ruisseau, de son fusil volé. Il te prendra ton paletot, ta culotte et le reste. Il se fiche bien de tes déclamations et delà fraternité. Ce qu'il veut, c'est ta place, ton dîner qu'il sait meilleur, tes souliers plus fins, ton absinthe mieux sucrée. Quand tu lui auras laide à descendre dans la rue, il montera jusqu'à ta chambre, il te passera sur le ventre et se paieri ta femme!*..

Il arrive de temps à autre qu'un directeur de théâtre vous refuse une pièce. Le traiter de trétin, en refermant la porte très fort, est une vengeance facile et certainement théâtrale, mais qui ne l'atteint guère. |

Mettez-vous quatre^ pauvres auteurs transis, et criez par les rues que la boîte du susdit ne fait pas d'argent. Si vous l'imprimez, c'est mieux encore. L'entrepreneur peut se démener, envoyer des notés rectificatives/ arguer de son livre |de recettes, la chose se répandra quand même, 4- tant on se plaît à désobliger le voisin. Le vide fera le vide, ainsi que la foule fait là foule par lésjbillets donnés et les réclames impudentes. Voua aurez ainsi le réjouissant spectacle d'un homojie qui mange les bénéfices malhonnêtement acquis avec les Ohnèt et les Sardou du vaudeville, et j se lamente devant les boursiers véreux qui le commanditent, au lieu de tripoter les mollets des petites figurantes. |

Pour nombre de ces flibustiers qui détiennent les scènes, c'est autrement désagréable que! de recevoir du pied au cuL

Charles Merkl

agi

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