‹ Mercure de France, tome 2Chapitre 80 sur 127 · SIMPLES NOTES · texte numérisé non relu

SIMPLES NOTES

Pour Jules Renard.

Pourquoi tapons-hous toujours sur le bourgeois? fi est visible qu'il s'amende. Déjà, certains boutiquiers comprennent l'infamie du comïrierce et n'accusent plus qu'un prénom sur leur porte. Couramment, on écrit : Maison. Gustave*, Maison Paul, Maison Prosper. Les bistros, les coiffeurs, pour faire plaisir à leur clientèle, ajoutent ; Ancienne Maison Victor, et; les plus méticuleux ; gendre et successeur*

Le renseignement suffit au public, et la famille n'est pas déshonorée.

Quand on débute dans la vie, on esttrès choqué d'y surprendre tant de goujats. Des gens qui vous ont été présentés, avec qui vous avez soupe chez les filles ou ergoté dans un salon, vous tournent le dos, ne répondent point à votre salut. Pendant des mois, ils vous croiseront sur le trottoir, vous heurteront sans même s'excuser. Néanmoins, ils ne vous reprochent rien d'infamant, car, un matin, ils arrivent la gueule souriante, les mains ouvertes, et causent comme s'ils vous quittaient de la veille. C'est qu'ils quémandent un service ou se préparent des compères pour un mauvais coup.

Il faut réfléchir aussi et penser qu'on connaît trop de monde. En observant avec chacun les strictes lois de la politesse, , on userait deux chapeaux tous les ans.

Page 1