‹ Mercure de France, tome 3Chapitre 108 sur 111 · C. Mki · texte numérisé non relu

C. Mki

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CHOSES D'ART

Le nouveau directeur des Beaux-Arts, M. Roujon, a été salué parla presse de bénédictions anticipées qifï! justifiera, — nous le savons. Et même, il nous est possible, dès aujourd'hui, de dévoiler une partie du plan de ce fonctionnaire — enfin ! — rigoureusement révolutionnaire. Dans le .courant du mois de janvier, vers le 15 (si nous sommes bien informé), une large bande de toile apparaîtra au fronton du provisoire palais où sont logées — en garni — les ironiques gloires de Part moderne (école française, avec garantie du* gouvernement), et sur. cette toile les passants, les visiteurs et . même, s'ils savent encore' épeler, les sénateurs, pourront lire, avec quelle joie ! ces mots: Fin de Bail. —Liquidation. — Rabais! — Rabais ! ! — Rabais ! ! !

La vente aura lieu sur les lieux mêmes, sous la 'direction de M c Escribe, commis saire-priseur (nous sommes précis) et avec le concours des plus eiïiinents experts ; M. Larroumet a accepté, avec un dévouement dont 1 art lui saura gré, les délicates fonctions d'aboyeur.

Avant les enchères publiques, quelques acquisitions, seront faites à l'amiable. Ainsi nous croyons pouvoir affirmer que le Hure Muséum de Chicago s'assurera la possession du Meissonier Napoléon zïx cTSolférino. D'autre part, la ménagerie Pezon a fait des offres sérieuses pour fAge de pierre de M. Cormon et le Cirque Cçrvi pour les vainqueurs de Salamine, du même. Nous croyons également que la brasserie de la dernière Cigarette (patriotisme 1 et galanterie) ne laissera pas échapper le Réve y dte M. Détaille.

Quant aux statues, dont la vent-e serait difficile et de nature oeut-être à déprécier le prix du mètre cube. de. marbre, M. Roujon a spirituellement décide qu'elles seraient réparties

avec intelligence dans les frites Ie& plus pittoresques de la forêt de Fontainebleau.

; Seules une dizaine de toiles {Manet, Puvis, G. Moreau, Rihot T etc*l et quelques marbtes (lesRodin, etej seront cqh^ serves et formeront le noyau du nouveau musée, qui sera immédiatement constitué avec le produit de Invente. M. Rou~ jojn compte acquérir (c*est même déjà fait, — conditionnellement) les oeuvres principales de : Manet, Puvis 3e Cha^ vannes, Rodin, Gustave Moreau, Whistler, Carrière, Gauguin, Odilon Redon,. Degas, Cézanne, Claude Monet, Monticelli, Van Gogh, Pzssaro, Sisley, Renoir, Félicien Rops, Forain,

* Chéret, Raffaëlli, Rodin, Baffier, Henry Çros, Seurat, enfin . de tous lès peintres et sculpteurs modernes ayant du talent, dte la personnalité, "et: même {voyez quelle audacieuse innovation [)

•an . génie. Quelques coins pas trop éloignés de» cimaises seraient, en outre, dans les salles du nouveau musée, réservés à des artistes plus jeûnes, dont les intéressants essais auraient, assure-t-on» enthousiasmé M. Roujon, et le catalogue porterait le$ noms d'Henry de Groux, Anquetin, Lautrecy Seruzier, Ber~ naird Bonnaird, Luce, Ranson, Denis, Vuillard, Schufftiecker* Fihger, etc

Enfin! nous pourrons donc bientôt nous promener saris nausée dans les salles" da Luxembourg j y admirer les vrais maîtres d'aujourd'hui et^ de demain \ Remercions et félicitons MU Roujon. C'est peut-être pour une peuvre pareille, pour le netto^age^ fTun pareil musée, que ïes grecs ont inventé le mythe d'Hercule travaillant dans les écuries d'Augias»

Une indiscrétion* Le peintre Henry de Groûx travaille en ce moment à un tableau intitulé les vendanges, dont il nous a , ' été: donné de voir l'esquisse : Vest l'Octobre d'un peuple» Les raisins sont bons à cueillir. Les idées que des maîtres stu- . pides ont cultivées dans rame de la plèbe sont mûres. Il n'y a plufe de Dieu. 11 n'y a plus de foi*. Il n'y a plus de chimères. Il . n'y ja plus de devoir ni d'idéal. Jouir, voilà tout. Alors la plèbe â voulu jouir^ et elle -s'est ruée suc les. maîtres d'hier, iur les maîtres stnpides, avec des hurlements de massacre, et ce *ont les vendanges, les. rouges vendanges, et, de ses pieds triomphants; elle foulé, elle piétine les bonnes grappes humaines, buvant à plein cou, se saoulant du sang-doux qui en coule, < Mais voilà qu v en cette sauvage tuerie a commence de serpenter une 1 procession sinistre dont les bannières sont des potences, où se balancent avec d'immondes animaux qui les symbolisent, les cadavres des abhorrés tyrans de la veille.,. En février, nous à-t-on âit % sera parachevée cette sanglante tragédie»

-A voix :

Chez Boustod et Valadon: Le portrait de ma mèrt y de Whistler. On connaît ce chef^ceuvre/qm fut expoté <ïaa* je

ne sais quel salon d^ier. C'est peut-être /* />/ws leau portrait qui t jamais" peint .depuis Velàsquez et le Titien. On devrait, malgré toute loi et tout règlement, accrocher immédiatement une toile comme celle-là dans le silon carré du Louvre, à côté de V Infante Marguerite* Aura-t-on même rèsprit- de la faire entrer au Luxembourg ?!! L.»

Sur les murs : les affiches de Scaramouche et du Casino de Paris, par Chéret. :

Chez Diot: .(rue Laffitte, 43 J: une superbe peinture de Daumier.

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