‹ Mercure de France, tome 3Chapitre 107 sur 111 · THÉ A TRE LIBRE · texte numérisé non relu

THÉ A TRE LIBRE

Un ramage de jovialités -, aujourd'hui fossiles, emplit la salle à manger de la maison Vauquer. On est aux prises avec des mets récalcitrants ; et le père Goriot, par vieille habitude de vermicellier soucieux de l'origine-- dès farines, flaire son pain, quand mystérieusement Mme Vauquer rappelle : lors les pensionnaires entrevoient passer derrière la porte vitrée une exquise personne, -. sa maîtresse évidemment, car â qui feja-t-il croire que c'est là sa fille ? Puis, entre Eugène de Rastignac, Goriot et ses deux filles (Anastasie de Restaud et Delphine de Nucingen), le roman se développe, Vautrin et Bianchon n'étant plus que des. personnages épisodiques, la duchesse de Langeais, la vicomtesse de Beauséant et Mlle Taillefer étant absentes,

Dominéjpar son pathologique amour paternel, Goriot se laisse .dépouiller ; il déteste les maris de ses filles puisque celles-ci se plaignent de leurs maris'; et ii est volontiers lé complice de leurs amants : pourtant ' économe, il trouvé que le Maxime de Trailles d' Anastasie de Restaud est par .trop un bourreau d'argentil aime bien tenir la chandelle, mais pas la bougie' aussi adonst-iL le boa Eugène de Rastignac, l'amant de Delphine. De saignée en 'saignée, le voilà sans un sou : alof s ses filles s'invectivent ; Delphine reproche Maxime à Anastasie; Anastasie la censure du fait aliugene. Goriot n'a plus qu'à mourir, mais il ne sV résigne qu'après tout -un cinquième acte d'agonie Ca I ^ en $ ses filles — qui ne viendront pas. /

Au III, la question des rapports- financiers des deux amants est bien résolue, sans rigorisme, i u^ii V > Anastasie a fait endosser par son père le billet qui doit payer une différence de Maxime, et Delphine dit : « Elle est revenue pour l'endos ». A 1 entr acte, d'Axa rectifiait judicieusement : ce Elle est revenue pour le dos »„

Cette pièce de M. Tabarant est une illustration, mais qui vaut mieux que celles dont les romans de £alzac s étaient ponctués, de Bertall à M. Julien Le .tuant, sr, bien entendu, oh excepte les H. D.

LES LIVRES (0

X*asftitad60, par Louis Diratra (Perrin et C le ). — Voir page 3*8. .

Pierrot-Narci»s? , par Albert Giravd (Lacomblez, Bruxelles). — L'auteur de Pierrot L u na ire est revenu à son héros favori : l'homme pâle le hante. Et puisque, comme il le dit lui-même, c'est son sort

D'avoir Pierrot jusqu'à la mort A côte de lui, comme une ombre, il nous donne, de par son destin et pour notre agrément, un nouvel avatar de ce caméléon prodigieux et inépuisable. La comédie de M. Albert Giraud est alerte, spirituelle, ingénieuse. La note n'en est peut-être pas très inédite ; nous avons déjà entendu, chez Banville et ailleurs t ce vers pétillant, sautillant, à rime éclaboussante, ces élégances trop artificielles, ces mousses de Champagne : mais M. Giraud Va point la prétention d'innover; il se contente de jouer à son tour avec virtuosité d'un instrument charmant. Cela déjà suffirait à montrer le philosophe qu'est le poète de Pierrot- Narcisse. Il y a mieux : l'idée de son poème est d'une ravissante sagesse.

Ecoute : tf est deux races

Vieilles comme Va^ur et comme la clarté ; L'une éèrise de force et de réalité, Belle, luxuriante, héroïque, ravie Par la banalité sple/tdide de la vie, Et cette race-la c est cette des heureux !

Vautre est la race des rêveurs, des songe-creux, Et de ceux qui, nés sous te signe de Saturne, Ont un lever d'étoile en leur cœur taciturne ! •' • C'est la race farouche et douce des railleurs Qui traînent par le monde un désir d'être ailleurs. Et que tue à jamais la chimérique envie De vivre à pleine bouche et d'observer la vie,

(x) Au* prochaines livraisons : Un Volontaire de 1891 (Jean Lombard); Vitraux (Laurent Tailhade); VAube Russe *■ Pouchkine, trad. par B. TseytUiie et E. Jaubert); lès Ventres (Paul Pou rot ; Thulé des Brumes {Adolphe Rettéj; les Trains* éperons (Paul Masson); « Bonne-Dame » (Edouard Estaunié); Pour ta Gloire (Hippolyte Buffenoir);' Sanglots d'extase (Michel Abadie); Premiers Poèmes (George Suzanne); h Elite (Paul Radktt) ; L'Action et le Rêve (Georges Servières) ; Apôtre (Louis-Gastyne) ; Autour du Mystère (Gaston Dujarricj ; A la bonne franquette (Gabriel Vicaire) ; Le Voyageur enchanté (Nicolas Lieskoff, traduit par M. Victor Derely); et les livres annoncés déjà.

DÉCEMBRE iSgt ^,

C'est la race de ceux dont les rêves blasée Se meurent du regret d'être réalisés i L'une est plein* de joie, et F autre de rancune, L'une nient du soleil, et ? autre de la lune ; Et ton fait mieux d'unir V antilope an requin Qnc les fils de Pierrot aux filles f Arlequin î

Eliane, Cassandre, Arlequin et tous les autres perMMuuages' de la pièce sont de la première race: Pierrot » est psw&ît pour eux, ils ne sont pas faits pour lui. Ce serait a désespérer de la vie> si v par une fortuite providence, Pierrot ne rencontrait pas son image dans une glace de Venise* Il reconnaît là le frère intime qu'il peut, qu'il doit seul aimer, M; Maurice Barrés sera content.

Chansons pour Elle, par Pauk. Vmuunc (Vanicr) — Des vers de mirliton njr un poète de génie.

Tu bois, c'est hideux ! presque autant que moi. Je bois, c'est honteux, presque plus que toL Telle est la dernière manière de l'auteur de Sagesse.

Henry Pivert, pair Feknahd Ci,krgbt (L GenonceauxL — Presque en même temps que les Tourmentes, un recueil de poésies non sans valeur, M, Cl erget débute dans la prose par un roman à clés, « une fresque — : déclare-t-il à Paul Verlaine dans sa dédicace — que vous connaissez bien, dont tout les personnages se sont graves eux-mêmes sur les murs des temples vieillis dont ils sont les derniers pantins ».'Or il est indubitable que, malgré certaines qualités, ce livre est un mauvais début, le roman à clés, esthétiquement parlant n étant qu'une grosse erreur : 1 écrivain, en effet, entre son désir de faire exact et la nécessité primordiale de créer des entités complètes, se trouve un peu dans la situation de l'âne de Bundan, d'où un grave préjudice pour l'œuvre. Je ne conteste point que Charles JDemaiily soit un livre très fort, même avec ses énormes défauts de composition, ses gibbosftés monstrueuses du début — et peu-étre à cause de cela* mais je lui préfère Madame Gervaisais. D'ailleurs, pour m'en' tenir à 1 idée de Tœuvre : la gestation, révolution et V impuissance du jeune décadent M. Pivert, placé dans le milieu que no** savons, les personnages manquent de relief, sans doute puce que l'auteur les explique trop, et la « fresque » apparaît dans un reculementbrouillardeux. — Aussi bien serait-il injuste éc : condamner M. Fernand Clcrget sur cet ouvrage où il a entassse ses observations de jeunesse; c'est plutôt un essai « avant le premier mot, avoue-t-il dans sa lettfre dédicace, que je dirai sans doute un jour ». f

I*awn-Tenni*, par Gabetul Mov*by. (Tresse et Stock). — • Ne mireris, candide lector, si latiis tierbis utar ut res referam quae uel pottus diuinae Sappho^is linguam postulent:

timeo enitn ne apud typographum graecae litterae haud apte inueniantur. At saltem, çum uetera usurpem uocabula, Mercurium nostrum euoluentibus quaedam statim temporum sub- / ueni et imago quibus tenera feminarum labélla nullis osculis. interdlcebantur et Pasiphacn urebat

. . . . .crudclis amor tauri* . ..... ; . ," , . '-. . . . ...

Non tamcn ad prodigiosos cum bestiis concubïtus qui regi-

* nis tantum reseruantur menteni nostram sollicitât eximjae fabulaê scriptor. Quotidianum qu idem, pr ope est ut dicanï . uulgare/n, amandi morem in scenam traditet uirilis amplcxus ■ odium quod ad commune lectum et mutua gaudia nonnullas impellit puellas. Non autetu ut Paulus Alexis, stolidissimus ille uïr qui ^ nomine tantum êgrëgiae eclogae viTgilianam uenustatem participât, sic fabulae personas e prostibulorum et lenonum faece hauSit Moureius,sed ex ingenua gente ortas

* inter urbanorum sermonum lepores et amôeni horti floridas umbras inducit \ unde fit ut minus- intelligam cur ni tam facet'i tam fero euentu lusus claudantur et arnica nuptae <et praegnantis'amicae spiritum rabidis- manibu"s obstringat : hilariusenim euadit Aloisiae Sigcae Tribadicon et nemo non fa- Tieatur necessc est nulli magis perspicuos fuisse secretissimos muliebris animi recèssus, quam Nicolao Choriero, quippe^ qui prudentïssimus fue rit m jjgi stratus et quem ob id ipsum ne intimus quidem uel infîmus inter aihatorios fufores et errorcs

* fugerit. Ille ctiam qui apud recentiores haud dubie huiusmodi élegantiarum . arbiter' exstitit, non siuerit unquam libri sui limen ineptïssima (nec mirum histflonali siqâidem) cplstola

turpari. : ' , - '

Lfcthèt ses Filles, par Paul Lacomblez (P. LacomMez, Bruxelles). — « D'après la tradition arabe, Tune des filles de Loth s'appelait Radja, l'autre Zogarf — J'ai vainement inter- *rogé M.. Lcdrain sur le s'en s- allégorique de ces deux noms : Radja,' Zogar. Comme je voulais faire un poème, tout simplement, sans prétention aucune à restitution plus ou moins exacte, j ai passé outre, et j>i essayé de suivre d'aussi près que possible l'interprétation' courante de la Bible. y> Ainsi ' parle L'auteur, qui," en effet, ne pèche point par hétérodoxie ; . et c'est là* peut-être, son capital défaut,. car les paraphrases du passage de Loth sont innombrables, et il semble qu'il ne soit plus permis de touchera ce sujet que si, précisément, on en a une conception qui diffère - de l'interprétation courante. M. Paul Laçomblez a d'ailleurs réussi ce qu'il voulait, et son 'poème a cette qualité assez, rare aujourd'hui d'être bien composé. Toutefois,, quelques vers vieillots et,- par place, de Véritables fléchissements*. A signaler, scène If du troisième tableau, le ctant alterné de Radja et de Zogar, par quoi l'auteur a heureusement exprimé le moment difficile de l'histoire de^ Loth.

Uae honnête Pomme, par* A»ma»d Ch Anmnm (Ferrin et Cie). — livre d'une réelle .valeur, et, si Toâ 0e peut être de l'avis de L'auteur .sur certains-points M droit commun. il faut louer très fort cette étude fine, remplie de -détail» d'une banalité voulue, absolument exquise. Ukomntt* ftmm* est, selon Armand Charpentier, la créature saine de corps et desprit obéissant à des instincts normaux sans trop se préoccuper des préjugés de milieux.. Hélène" aura donc des amant* parce que so'n mari est an imbécile, et* elle ne cessera pas d'être honnête dans le sens strict du mot; mais quel arc-enciel .de nuances psychologiques fait rayonner l'auteur avant" d'en arriver à fixer définitivement la figure de cette femme sur bleu pur!... Et que de revendications terribles! Droit à • l'amour, et, naturellement, droit à l'erreur en amour,* droit au choix de l'amant, et droit aussi à la multiplicité des amants l Cela finit, par mener loin, tout en demeurant très logiquement déduit. Armand Charpentier dit; Uèse sociale. Ne faudrait-il pas dire* plutôt: bouleversement complet du monde? Et puis cette Hélène, qui est si jolie, si musicienne, si gra* cieuse et si dévouée, fera-t-elle excuser les autre> honnêtes femmes laides, point sentimentales et diablement intéressées?

faire, ton-

Mais une femme iaida, c'est, quoi qu'elle puisse jours une malhonnête femme, ti <es*ce pas ?...

* " Reliquaire, Poéiies, par Arthur Rimbaud, préface de Rooolphb Darzens (L. Genonceaux). — Jean-Ni cola s- Arthur Rimbaud est né à Charleville lé ao octobre 1854, et, dès Vàge le plus tendre, il se manifesta tel que le plus insupportable voyou. Son bref séjour à Paris fut en'rSyo^i. Il suivit Verlaine en Angleterre, puis en Belgique. Après le petit malentendu qui le*s sépara, Rimbaud courut le monde, fit les .métiers. 'les plus .divers, soldat dans l'armée hollandaise, contrôleur, à Stockholm, du cirque Loisset, entrepreneur dans 1 île de Chypre, etc. Userait actuellement k Harar, cap.de Guardafui, en Afrique, où un ami de M. Vittorio, Pica I aurait vu, se livrant au commerce des peaux. — Il est probable que, méprisant tout ce qui n'est pas la jouissance brutale, 1 aventure sauvage, là yie violente, ce poète, singulier entre tous, a renoncé à la poésie. Aucune* des pièces authentiques, du présent volume ne semble plus récente que r.873. Les vers de son extrême jeunesse sont faibles, nuis dès l'âge de. dix-sept ,ans Rimbaud avait conquis l'originalité, et son œuvre demeurera, tout au moins * titre de phénomène. Sa parenté d esprit avec Corbière et Laforgue est évidente, et la priorité du vers nouveau, libre et désarticulé à l'excès, lui appartient. Il est souvent obscur et plus que bizarre. De sincérité nulle, -caractère de femme, de fille, nativement méchant et même féroce, Rimbaud a cette sorte de talent qui intéresse sans plaire. Il y a dans le volume plusieurs pièces qui donnent un peu Impression de beauté que Ion pourrait ressentir devant un crapaud congrûmeflt pustuleux, une belle syphilis

l'U MERCVRE DE FRANCE

bu lu Château Rouge à onze heures du soir, tes Pauvres à r/gjîsc, les Premières Communions sont d'une qualité peu commune d'infamie et de blasphème. Les Assis et le Bateau ivre, voil:i l'excellent Rimbaud, et je ne déteste nî Oraison du sotr ni les Chercheuses de poux. — J'attends de quelqu'un qui îymp:ithisc plus que moi avec ce précoce (inergumène une étude, et de -on e^uûqïu, U de fa psychologie. La 'Préface m donne rien de tel ; on peut même dire que, hormis quelques renseignements précis noyés dans 28 pages de la prose la plus pitoyable, la plus lâchée et la plus ennuyeuse, elle me donne rien du tout. L'auteur s'est tiré de sa tache en déclarant son me pris pour la Critique littéraire : ce sentiment ne devrait être permis qu'à ceux qui sont capables d'en faire.

Les Sept Princesses, pur M Aum ce M ABTEntmcKf Bruxelles. X aul Laeombk'X). — Quelques jours avant que paraissent les Sept Princesses, un ingénieux chroniqueur, qui signe Saint- Charles au Figaro, y donna indiscrètement une analyse du drame nmivcau; il s en gaussai^ avec l'aimable ironie des hommes bien élevés qui ne veulenM>oint être dupes, et en différentes occasions se demandait, selon la guise de M. Sarcey ; « Pourquoi font-ils cela * Pourquoi disent-ils cela? Je" croîs bien qui- Fauteur ^e moque de nous. Knfm ! il y aura des gens qui feront semblant de comprendre. » Comme si jamais quelqu'un (saur* peut-être feu M. Scribe ou feu M. A. Thiers) avait su pourquoi qui que ce soit fait quoi que ce soit : il nous amuse d attribuer, aux événements des motifs sérieux et raisonnables, et par une économie spirituelle quasi -fatale nous mettons volontiers de- Tordre clans la succession des images > des sensations et des idées que semble nous suggérer le spectacle du monde, et nous tenons bourgeoisement les comptes de notre vie mentale. Nous ne nous sentons plus de joie quand les poètes (et j'entends ici ceux qui créent des œuvre* d art soit phoniques, soit plastiques) organisent harmonieusement le chaos des choses pour notre plaisir; et Kut-èire, après tout, cet égoïsme intellectuel est-il légitima dmets que ce jour un peu artificiel charme le plus grand nombre :. encore nVst-ïl que d'une stricte justice d'admettre aussi que d'autres, comme Maeterlinck, expriment de préférence les ténèbres de l'ùme, parce qu'ils sont descendus, hagards et effarés, dan* les limbes mcrvciUeuses de l'inconscience.- *

C'est une histoire étrange et simple que celle des Sept . Prmre^ses: ; ôrj:diraît d'une chanson populaire dialoguée et mise en action où de quelque conte aussi vieux: que la terre comme en recueillirent les frères Gritnnu Quand, sur le grand vaisseau de guerre, le prince revient des Iles inconnues vers le grand-père et la m ère -grand, derrière les vitrages,

DÉCEMBRE ifai ,-

^explicable etl^^eTpl^lT^^^ I"

bouquins • ct les V ie ux bouquin" ne L tron.ilr^,» ""î* Femme-Esprit vint- elle aZ™ L h. • P [""j,? 38 ^ ,a iusau'alors cmKf ^»" d PP arut * *ve de miracle, dcroental jHsqudiors captit dans un bouquet de roses J« m ,... ^

pour un Jorcicr. Alon elle rSK^' '".«t 1 " ]•"""" ™« faire donner de s douche,' HIe lim-i^*™^ voulurent lui

£*t * e?l "foi U n £ ^J l : ^2" ne W?"!* P« absolSii»I^ \ - P ÇQ9et aux scènes magistrales du Fa».* •♦

dAxeî; certâxns passages donnent même l^i«L S ' * et traduction maladroite *• mais il TTi«!£ï -* < ? uel ? ,ie

Ç. Mm.

Le* Cabots, par Oscar Mbténikr (Charpentier), — Des nouvelles sans prétention, mais bien drôles dans leur concision de rapport policier. Oh dirait, ces calots, des squelettes de bons bourgeois qui attendent un vêtement neuf ou un . suaire propre pour.se déçideV à entrer en danse. Quand Méténier va Comme ça tout droit , très vite, et casse de ci de là une ficelle en chemin, il obtient de curieux effets de sobriété. A citer le Mari d* Agnès y la Pipeau extremis et aussi Décadence.^ pour ne pas" en perdre l'habitude... Puis cette très jolie phrase (il s agit de deux amants en présence d'un . mari moribond) 4 ... Ils cessèrent de s'aimer de par un sentie ment semblable à celui qu'éprouveraient des gens de coefur à la pensée de laisser seul à* la maison un aveugle pour aller au feu d'artifice... a Je donnerais bien des volumes en échange de cette unique phrase.

Journal des Destrée, Mémoires de la vif littéraire , par

Jules Destrée (Bruxelles, Lacomblez). — La dédicace : A mon frère Georges \ et l'épigraphe : A V instar de Paris (Vieilles enseignes), indiquent suffisamment l'intention de parodie. C'est, ce" livret, une* légère,- très légère raillerie à l'adresse de M. de Goncourt, comme pour dire : Ce que nous, avons noté dans notre journal n'est pas d*un bien haut- intérêt, mais c'est toujours aussi intéressant que ce que vous -avez noté dans le vôtre, "et le nôtre a cet avantage d'être complet en 40 pages. On en lirait volontiers plus long, car M. Destrée a de l'esprit et du style.. Exemples : « y janvier, — Un monsieur proférait l'autre jour : Mon écrivain préféré, c'est Maxime de la Rochefoucauld. » .— « 27 mai. ■— . (Après la, description d'une très vieille maison, pu demeure une jeune fille <c passionnée de toutes les nouveautés et de toutes les recherches modernes », ces deux lignes) : « Faire avec cette donnée une nouvelle de l'accent des Diaboliques de Barbey d'Aurevilly, mais plus belle. »

Episodes, Sites et Sonnets/ par Henri de Régnier (Nouvelle édition. Léon Vanier). — Il convenait certes de rééditer" les Episodes et les Sites, vieux de trois et de. cinq ans, et où H. de Régnier, fidèle encore à l'alexandrin, affirmait superbement- l'art de somptuosité mélancolique qui Jui est. personnel. Par une largesse qu'il faut louer, aux pièces déjà publiées dans ces dejix volumes aujourd'hui introuvables, le

foète a joint dix-sept sonnets à peu près contemporains, 'extrais de la partie inédite quatorze vers attristés comme un crépuscule, en avertissant M* Anatole France que, malgré 1 l'absence du mot .or, ce poème n'est point apocryphe :

Les lourds 'couchants d'été succombent fliur h fleur, Et vers le fleuve grave et lent comme une année Choit V ombre sans oiseaux de la foret fanée. Et la lune est a peine un masque de pâleur.

DÉCEMBRE 1891 jé-

Le vieil espoir d'aimer t'efface fleur à ttetir

* »™ ™<i déjà plus trisu/funeainZ:

Ombres lasses falter par la forêt fanée ■ * . • Ou l'un -a I autre- fut un songe de pâleur.

Pour avoir vu V été mourir et comme lui ' ' ""

Lourds du regret 'des soirs oit notre amour a lut

En prestiges de fleurs, d'étoiles et de fleuves, \ Nous voilà, miroirs d'un même songe -bâli emporte, -le regret d'être des âmes%euZs Que rend douces Tune à r autre le double oubli.

modestement aox Variétéf dansTn ïôKïïStoftiïi *?

sont le fond de rôuv«i e • 1« ^ * ^ ltet devant nous <l ni

monde et avec beaucoup de bo^hoS 1 - ^ ga,me0t dU -

out" d W e mi f Ju^"" 1 FA,VRE ( Savi ^)- ~ Singulière id*e toKKB^r' quelconque^ Utre 4u

manière nitai£l£f* !L • • ^""lle I&monnier, et la

S c P r iï'ifWn^T ^ CUrare ." Le 9t y le *' est «tes ™ 5 S'chei un» fiîli W de ^ om P araiso '» «tribrdinaire* : «"Le

cUude. etc etc »%"„ t *" COI T e . le dovet de h "^ lecture de e ^^S^ m,ne ' *» ^" P«r cabinet de

M xSvi?r < ^?p i dtt f ez '/^ LTfa,E DB Rward (Lemerre).-

5t le mouvement fJlihr££ t* . - " e monbl «*>l« morte » écflrtf tnntnu w- Teilt * e *i jeproave ainsi un vif plairir À

«'une arâc* *,£*?£?! P éndl <«H»re, mélancoliques* souvent, aVait suhM^P"^ to *I 0Urs «* *i féminine. Mme de Ricar» : *va»t subx le charme de» choses et des êtres du Languedocjelle

les voyait avec une âme de femme songeuse et maladive et se grisait dans la frissonnante lumière des paysages; les pièces de ce recueil en gardent une délicieuse allure, une douceur musicale de vocables affétés, et fleurant un étrange et capiteux parfum de là-bas, — Peut-être faut-il mettre à part, cependant, de petites machinettes en patois et des traductions de troubadours ; c'est si peu de la littérature !„.

. C Mkï, Sainte "Rosalie-auz-Bois, par Ouida (Perrin et Cie). — Œuvre beaucoup trop ornée de tirades sur Téconomie politique du peuple italien. Je doute .fort qu'un Français, né mjlin, ptiiss-e s'intéresser tant que cela au' gouvernement intime de la Péninsule. Un garde champêtre tue deuxchtens dans un village où fleurit loranger, et de ces deux crimes découLent les plus épouvantables événements. Tout le monde va en prison; la jeune 'héroïne, si belle, si chaste, si touchante, finit par mourir après des couches très difficiles; Carnulo, le jeune homme intéressant, devient presque socialiste et montre le poing à un gendarme; les vieux parents, si respectables, se sentent devenir fous ; tous les chiens sont mis cruellement à Tattache, Livre écrit avec une grande conscience et les plus plus généreux instincts.

Féfée,. par Jules Hoche (Savine). - Pourquoi romanesque? 11 semble que tout cela peut bien arriver, surtout Tégoïsme à triple détente du héros !,.. Livre émaillé de jolies reilexions, comme une prairie de laine frisée verte Test .de fleurs artificielles chez certaines vieilles filles. Mais rien. n'est mieux aujourd'hui que rattitïciel, tant le vrai nous apparaît désormais faux avec son convenu classique. Citons raiitevr : « Et c'est pourquoi la vie humaine me paraît une invention diabolique à laquelle tout est préférable — r hormis la mort. »

La Pieuvre, par Sophie Harley (Ferreyrol}. i— Mieux écrit que Satané et plus doux, le second roman de Madame Sophie Harley. Des aperçus drôles sur. la vie des filles galantes, un type dMtjstitutrice laide et débauchée assez amusant, de jolis paysages bien rendus, nous indiqueraient que Fauteur, se detrageant de certaines préoccupations d'effets brutaux, saurait spiritualiser son style jusqiraupui sensualisme littéraire, ce dont il convient de le féliciter. Spmme toute, ce que. les jeunes^ romanciers encombrants peuvent reprocher à Madame Sophie Harley la nouvelle venue, ne serait-ce point de savoir faire aussi bien ce qu'ils font aussi mal?

René Piersoit, par Hexki Monet (Savine). — Un roman . dans la manière d'Alexandre Dumas père, quand il faisait faire un livre à un de ses élèves- Œuvre bien amusante, en ce sens que Fauteur attribue le fameux krach du cuivre à un bandit sorti du bagne et devenu financier. Nous nous en v doutions. ***

t ^i llal * ro *8« adjointe par Gboxgxs A*jlcon fSavîn** taa^ez un feuilleton de feontépin dont 1c ^teTh&oT même les enfants, seraient atteints de satnS £?. SE?' tomanie littéraire vraiment très curiS ^Se? *

La dernière «réimpression » de M. Emile Zol*

National on* du temps de reste; on y discute le plu, S» ÏÏTV 1 ' 5° nde riatértt llttéraire ^e qwïu« Çeuilîeton."

d irrévérencieux le silence noki par la critique su? d'auMi c^nelles luurtite ; et vraiment cette ardeur noVsâmrend^t

-v.7 i P . q 5 , 1 crwr ;To«i beau temps que le bonhomme n est plus qu'un fabricant ;.ses livres ne sont «é» q«°artS

™-i *f ™ 5 ^^l»* Piti« nous viendrait,^éme q de veut yo, r dépenser de' la belle encre et du beau papie? a seuil fin"

c2 LnJ ™f ^ Pe - SCS ° SUVr ? 9 i^«««. « nous ne ou£

: : C. Mn.

Hoi de théâtre, par Gborges du. Vallost fSavinel — Œuvre très morale, mais l'alliance franco-russe devknt bieT encombrante, littérairement parlant. ~ devient bien

Mmteret) Considérations géologiques et stratégiqnes détails sur les fortifications élevées de Bunkerque auTun T t'intéret de cet opuscule n'échappera point quand nous aurons d,tque Fauteur a pleine confiance et qu*il démontre en ses

Sïïw ?? PagCS *«>*«* PTétVur l^ssacre. " Ces choses-là vous mettent « du baume dans le cceur » ; mais

y allons-nous une bonne fois? Pour plus de renseSements, consulter £* Joujou patriotisme {Mercure jîPrl%Z avril rooi); - M. de Gourmont a parlé pour nous tous. '

,__ •'■•'• C. Mki

JS^Ht^T SW*?*' P ar K *** 1 F*™»* < Vanier). -Le peut recueil ^ affriolant que vous pensez. "M. Fuieré - qui fera

certainement mieux un de ces fours - nous parle V son cœur et «Te ses maîtresses (oh ! ces jeunes gens h - il dit^u blende la nature et de la Parisienne '(puis dans mon ^ru •££ï*™*****ifj* ***** fait, je crois, mi reine, Zsuï Une; de >s* beauté fat dû subir la loi). De ci, de là. des che-

fleur^SVT P a «née d'Hiver, la'valse des' ba'istr , de. fleurs dedans Pans: ecloses, le, SulUn excité, les premiers

37o MERCVRE DE FRANCE

feux du jour ■ le papillon fantastique et volage, loin de la terre est leur séjour, etcl..

Celui qui n'a jamais commis de méchants vers lui jettera le premier trognon; passons l'éponge en pardonnant à Tante ur qui n'a pas eu le courage de Tauto-dà-fé, — .et citons seulement cette stropne polissonne :

Et dans sa course vagabonde Un caprice fou me fit voir L* amour dans- un très. grand œil noir Encadré de chair rose et blonde* M: Fuzeré a beau, nous dire qu'il a la lune triste, ces choses-là, habituellement, se. mettent en latin. ■

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