‹ Mercure de France, tome 3Chapitre 3 sur 111 · LETTRE À L'ECHO DE PARIS · texte numérisé non relu

LETTRE À L'ECHO DE PARIS

Paris, 17 Juin 1891

Monsieur le Directeur,

Je Vous prie de vouloir bien insérer la réponse suivante à l'article de M. Nestor paru dans YEcho de Paris de ce matin.

Je laissai fuir dans l'oubli* le jugeant d'importance nulle, un premier article de MU Nestor dirigé contre moi, mais cechrû-; niqueur.redouble et redit/ pour la dernière fcïis j'ose l'espérer, la même chose. Ni la première fois, ni la seconde, M. Nestor n'a compris -l'article incriminé* Il est difficile de comprendre. Je ne lui en veux point àè n'avoir pas compris : c'est un passe-temps jiégatif qui occupe les heures vaines de

.,,' (1) M. Valentm Simond ayant refusé l'insertion de cette lettre — non, du reste, pour sa teaeuif, puisqtt'il n'en a^ pas pris connaissance, maïs e a pria cipe, — - M, Renrp de Gonrmont n*a pas cra devoir insister. N. D* L. R.

l'universelle humanité, '— , dont M. Nestor fait partie, et c'est tout. Ni au chroniqueur, voix d'en bas, ni à ses diatribes, je ne veux répliquer, mais seulement mon dévoir est de remettre en leur santé vraie des idées qui, à force ide passer de journal en journal, se dénaturent, se gangrènent, en viennent à une pourriture excessive. •■ -" '

La question est simple et claire. En voici en deux mots l'économie ',:■ Au xvn lue siècle, la France s'incorpora ; une province d'Alsace ; au xix me , une autre nation, l'Allemagne, enleva cette province à la France.

Y a-t-il nécessité à ce que la France n'ait, en sa vie politique et sociale, qu'un seul but : reprendre à l'Allemagne ladite province « antérieurement chipée » ? Des gens croient que oui; moi je crois que non. Les uns prônent l'alliance russe ; moi, selon des idées peut-être subversives, je préférerais l'alliance. allemande, qui, du moins, nous mettrait à l'abri d'une guerre de voisin à voisin. Pour cela, il faut abandonner la productive idée de Revanche, — et cet effort, nous le demandons à l'éternel bon sens que l'on s'accorde à reconnaître aux Français. Est-ce un crime?

Récrivis au Mercure de France, il y a trois mois : « Nous ne sommes pas patriotes ». Non, nous (moi,veux-je dire) ne sommes pas patriotes contre l'Allemagne plutôt que contre l'Espagne, l'Italie, la Suisse, la Belgique ou l'Angleterre; nous ne sommes pas patriotes s'il s'agit d'attaquer ; .nous le serions (c'est-à-dire nous ferions notre devoir) s'il s'agissait de

défendre notre langue, nos idées, nps mœurs : la patrie française. Clairement je l'écrivis : je ne puis pourtant enseigner VA B C de la logique à des chroniqueurs pressés de rédiger leur quotidienne copie.

En tout cela, Y Idée de pairie ne fut jamais mise en cause, Ai-je, comme Voltaire, félicité le roi de Prusse d'avoir « rossé les Weiches à Rosbach ^? Mais non. J'ai, étant enfant, saigné des défaites subies, plus peut-être que tel confortable secrétaire général; maintenant, je trouve qu'après vingt ans de paix tout cela est périmé, 'aussi ancien que Tan 1798 où les Français régèife^ taient la Belgique, comme aujourd'hui lés Allemands, par le droit dt^plus fort, régentent T Alsace-Lorraine. Si vous êtes les plus farts, reprenez ces provinces- Bien, elles •sont reprises. Alors l'Allemagne, à son tour, les re-reprendra , , . et toujours de même,

M- Nestor désiré que Ton massacre quelques centaines de mille hommes. Il est prêt it partir pour la frontière, en qualité de Tyrtée : qu'il parte, je le suivrai avec l'enthousiasme dont je puis disposer. Partons ! Partons ! Partons ! Mais, comme je le disais en Cet article désormais fameux :i- — « Vous ne partez pas, mes chers patriotes?

Alors, f.,...-nous la paix ! & Veuillez agréer, etc..

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