‹ Mercure de France, tome 3Chapitre 4 sur 111 · A PROPOS DE « PAGES · texte numérisé non relu

A PROPOS DE « PAGES

....Les bras, de doute envolés, comme qui parie aussi un lot d'une splendeur secrète.

(Stéphane Malxarhé. — La Gloire) .

Paoes, le titre simulant le dédain voudrait nier l'existence d'un livre et prétendre qu'ici, par quelque hasardées feuilles, épars es furent rassemblées, simplement pour favoriser la joie de ceux qui lisent, et leur éviter là peine de rechercher en des recueils divers d'admirables poèmes en 'prose et de précieux- avertissements sur le théâtre et la parole écrite, tout en leur permettant de s'offrir, au gré de l'heure, le décor de la forêt automnale ou le prince en deuil de soi-même, Hamlet Apparence de caprice, prestige d'inattendu : -l'unité interne — la seule qui nous agrée — est si puissante que si, par quelque jalousie des dieux, l'œuvre de Stéphane Mallarmé venait à. disparaître totalement, les penseurs, des âges futurs reconstruis, raient en une facile, synthèse ce que devaient être Hérodiade, L'Après-midi d*un Faillie, la Prose pour des Esseinies^ et comprendraient aisément^ la maîtrise qu'exerce un artiste aussi personnel et aussi solitaire sur tant d'esprits parfois très > diffé*

rents du sien. ■ . '

Et ce n'est point sans doute par un accident de plumé, pour la beauté des mots ou l'exigence du. rhythme, que j'écris « quelque jalousie des dieux » : l'irritation de démiurges dépités et maladroits serait, en bonne conscience, fort excusable enVers le seul créateur réel, le Poète, qui attribue un

rêve *ToÏÏEi e ' ? fa '^ nne le m0nde ** loa son ■ïSS JT S aUtres homme s vivent dans la série fo Ue ; t^I a ï Pent C °? nme des chi « ns *■«» ««us le touet des choses qui passent; uneCircé triviale

2 u<T Te le lf rête à tous les àé *ours «Je la route •■2 w" e e ° bêtes dociles à l'éjection, crédÏÏél au honteux mensonge, émerveillées de bâmçes sordides compiaisam ment dites palais, et defeïè vu pires qui raillent les lys vénérables sur S

tnce. Seul le Poète est libre : les images tourbillonnent autour de lui, dansent leur ronde de tel SiS? Sfec r e " t \ e ™ clinquant; il les écarte, sans 5 tt n fe ndre ç à tirer le çSivei par la seule mat£ aï'el I?nV . Son assent ^ent «fusé suffit pour Srt!i i existent P as > et s'il en veut élire Une, sa ™ £ L w 3 ^ pÔ , Ur éternité, en même templ 2^ m f^ - 6 -f S e ? once dans l'ombre, irrévbca- SSÏÏTS ^ ; f amSI 'l 001 ^ la vie à l'accident, le soustrait a la forme du temps, et l'interprétation qu'il en

ausS ^TS^"' P ^ mi le& fa «^^on B aies Kt£ ™ 2 *- eS co< l Uï lles des noix vidées, Lette suprématie plus que divine du Poète Stéphane Mallarmé Ta établi! avec plus de netteté ?t n, P ^° nne / 0mme Ul > e ^discutable certitude! reS^H^ trétea ^ q^leonques il a vu, à i £ Sïf ? de tous ' un drame d'absolu, il déclare : VliT leVa / Z 0mme tout le monde pour aller ce ? fo^n f ors V étonhé de n'avoir %> senti' !"£ enco ? e ' Ia même impression que mes •'ÏÏÏÏÏ? î 8 ' mai * seréin *: "r ma façon de voir, ; 3m. doit llf été prieure, et même lavraie » il estime 5 monade / le ? Plus rudimentaires -

d'un H F « d ,^ deSC ^ re Ju ^ u ' a la ■"* d ' â «*è' chen* TcrL* i M / 4 î- ~ les tnousses et les livenî î'affîrmU eUr T^^entation du monde et peurarchLS ^f Yn e> Cela n 'wW» point laW Sus com»^ e * tell f co ? c eption des choses soit

Sarce S? ' P lnr n f he >* P artant Pl« s vraie, parce qu elle implique plus de réalité vivante et

MERCVRE DJE FRANCE

suppose en elle tous les ordres inférieurs de la pensée. L Evangile dit de même : « In domo àatris ma mansionesmultv sunt ; il y a maintes retraites dans la maisonde mon père » ; et un beau mythe de Jean. Scot Erigèn- le dernier platonicien avant les grandes ténèbres du X™ siècle, montre comment 1 œuvre des sept jours est un spectacle de faute ou de.grace selon qu'on le contemple avec les yeux de la sagesse ou de la bestialité. Voici,

H W Un Kw d ° X e i^ dchi d * ^ rles et de gemmes d une noble forme, digne de lèvres royales • l'avare et le sage le. regardent, celui-ci n^en . considère que la beauté et goûte unepurejoie.tandisque 1 autre brûle aussitôt d'une .flamme mauvaise, et

se plonge dans les plus fétides bourbiers du désir.

lime semble que dans, la hiérarchie des esprits/ 1 auteur de «Pages » tient un rang éniinent : il est de ceux qui ont l'intuition de l'absolu et connaissent les Idées pures C'est ainsi qu'il faut entendre ce qu il appelle hrê-c, en s'étonnant qu'il n'y ait point en toute grande ville de notre ace civilisé une association de rêveurs occupés uniquement à dégager la signification des faits habituels avant que les reporters l'aient obscurcie sous prétexte d exactitude : pour lui, il refuse de rien considérer autrement, et par une sorte de volonté de

1 wÏPï? a JP re î e ° d . e toujours immédiatement 1 impérissable dans la fuite des fantômes caducs

Cette reconstruction du monde normal est faite dans la première partie du livre, une suite de poèmes en proses à propos d'événements qui ne seraient point extraordinaires pour le troupeau : un enfant qui passe en chantant dans la rue, l'arrivée un jour d octobre à la gare de Fontainebleau, ou par « un Juillet de flamme » la venue en volé verdie parc dune absente, et delà ces merveilles de transfiguration: Pauvre enfant pâle, La Gloire, Le Nenufar blanc. Faut-il dire que toutes ces aven^ tures projetées dans l'infini s'eWoblissent d'une langue évocatoire et s'illustrent d'images linéaires

KO Î.ÏÏ >TiïSS? P*™*»«t les frissons d«:

?ent S. ™- l *î lt SS f 0U de fi^e sérénité qui courent en nous 4 la lecture de certaines svlfabes et

de certains mots, et, pour faire court, ifpfus au

guste impression d'art qu'il y ait. Je veux en 7é

■« SS?- ' A ^""/" r *'*«' : « Résumer d'un re-

î rlr ° n cyeille ' eR mémoire d'un site

<< ÏZ w* ma m™ nénufars closquiy suS

: « sent, tout a coup, enveloppant de leur creuL

.« blancheur un rien, fait le songes mTacts dn

î SStSS£' fl, r n, '" p --J ien et ^emon buffle

: ire?- ïï3£sJî r^i^/?^*»». *«*■

>eu, sans atis de la

« Ae ur ! Parente du - ™P* de mo * idéale

. « Si, attirée par -un sentiment ^insolite elle a

î fa Ga e M tlnt ta ^ ° U h H ^aine,la pSoSbeî «r ÏL j? '■ î P IS pour cette indicible miné

«1tàlX™JL2* màisl car j' acc om P lis selon le? « régies ia manœuvre : me décaireai virai *t î- « contournais déjà une ondulf tifn du Sseai « emportant comme un noble œuf de c ™nf ,ïî

V S2? A ^ aUéeS d " " OnTarc ^ûte C

« Se^soÏÏcfà -V lon S tem P*> «>mme au bord

■î d'eau l ° U dC ^9»e Pièce

Toute différente est l'allure de la phrase dan*

Pris évident de ^$«7^t, Ï3&B2

austère de toute parure, la nudité d'une iangûe cursive et initiale : aucune épreuve n'est plus redoutable que celle-là, s'exposer sans . armure d'ombres au monstre populaire, et iïy faut la souriante tranquillité d'un héros. Tel en d'inoubliables causeries du .soir, pbur quelques-uiîs- pleins de respect et d'affection,, tel ici le Poète parle à tous, mais ayant renoncé à l'incantation de la voix, à la douoe tyrannie du geste ; et cependant les mots gardent la même saveur de miel âpre et la bonne amertume de quelques Attîques. Les plus sagaces opinions s'y énoncent touchant l'alexandrin et la rime, trop méprisés peut-être par certains des nouveaux venus, etc'eist un charme sans égal que les commentaires sur les inutiles spectacles contemporains. Puis, en de brusques sursauts, des chants éclatent en cette prose, ainsi des soleils d'aurore, par exemple quand survient Hamlet, « Je seigneur latent qui né peitt devenir... « l'adolescent évanoui de chacun de nous auxcom^ «c mencements de la vie jet qui hantera les esprits « hauts et pensifs par ïe deuil qu'il se p!aît à por- « ter, »

Ces gloses écrites, un scrupule me reste. Je crains, à la minute de signer, dé n'avoir: point dit assez hautement notre fervente admiration 1 pour l'œuvre de Stéphane Mallarmé : il importe de la proclamer souvent, dût s'en offusquer la mauvaise . foi têtue de la critique, qui justifiera, je pense, une fois.de plus, par son silence ou son rire inepte/ le vers de Jules Laforgue :

Les dieux $*en vont ; plus que des hures t

Pierre Quillàrd.

CLEO PATRE

Accoudée en silence aux créneaux de la tour, La Reine aux cheveux bleus serrés de bandelettes , bous l'incantation trouble des cassolettes, Sent monter dans son cœur la- mer du sombre amour.

Immobile, -'.-sous ses paupières violettes Elle rêve pâmée aux fuites des coussins; . $t les lourds colliers d'or soulevés par ses seins Racontent sa langueur et ses fièvres secrètes. . .

Un adieu rose flotte au. front des monuments

Le soir, velouté d'ombre, est plein d'enchantements,

.bt cependant qu'au loin pleurent les crocodiles,

La Reine aux doigts crispés, sanglotante d'aveux, frissonne de sentir, lascives et subtiles, . Des mains qui dans le vent épuisent.ses cheveux.

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