‹ Mercure de France, tome 3Chapitre 38 sur 111 · CAQUETS DE MÉNAGE · texte numérisé non relu

CAQUETS DE MÉNAGE

A Gustavb Gtffroy.

Tu ne sors pas assez. Si tu veux, ce soir, après dîner, nous ferons un tour.

DAPHNIS

Par les allées où tombent les marrons, nous irons entendre les grenouilles de haïe et les aigres sauterelles. Promets-moi que tu poseras un ver luisant dans tes cheveux, promets-le moi. .

CHLOÉ

Nous regarderons aussi quelques étoiles, Cest à cette époque qu'il en file le plus. '

DAPHNIS

^ Elles fondent de chaleur et se décrochent. Tu aimes donc les étoiles?

CHLOÉ

J'aime tout ce que tu aimes.

DAPHNIS

Cm *

est commode. On n'a pas besoin de faire deux cuisines. ,

CHLQÉ

Je sais qu'un garçon doit « faire la noce », et je ne suis pas jalouse de. tes anciennes maîtresses.

DAPHNIS " * )

Tu me permettras de t'en parler quelquefois.

Pourquoi n'en es-tu pas jalouse? Ton dédain me froisse. Je les ai aimées ces femmes. Elles ont compté dans ma vie. Plusieurs étaient fort bien.

Je veux dire qu'un jeune homme doit jeter sa gourme. ^ ' " •

, ■ DAPHNIS

Pourquoi? Pourquoi? s'il n'a pas d'humeur. et s'éponge régulièrement la tête.

■ "CHLQ&

Mais lequel des deux instruirait Vautre? î

WkTnms . - \ ; .. J ■ Souviens-toi d'Eve : ils' achèteraient un ^erpent.

Un mari' vierge est ridicule, le nies-tu? : :

/ ' '"DAPHN1S

Ridicule, la propreté du cœur! Ou prenez-vous ce goût des tommes impurs? .'.-'*■•

CHLOÉ

Ils sont éprouvés: >

\ ■ ". * ■' , DAPHNIS '

Ils n'ont que servi. Vous voulez être^ notre unique amour, et peu vous importe que nous ayons connu d'autres femmes avant vohs*

cutoè ' r

Tu oses nie comparer- ■*, .

pafhnis .Il lui déplaisait, à elle aussi, d'être coinparée.

* CHLOÉ ■"

Qui ça, Mlle? je veux savoir tout de suites

DAPHKiS;

■. ; Celle qui m P a le plus adouci mes devoirs .de noceur.

Je suis la plus. heureuse des femmçs. Et toi?

'■* ."•■ " ,". -"'' ' DAPHNIS ' . - ''

N'insultons pas au malheur des autres*

. CHLOÉ l

Tu te plains sans cesse,

DAPHNIS

j Je me plains comme j'entends. C'est cheî moi un sens et je m'applique à découvrir sous sa cèuche * de sable fin la grasse terre , rouge du terre à terre.

Va ! pérore en mauvais stylé à quatre épingles! La vérité^ c'est que ma robe ne me coûte que dixneuf francs, et je Taï réussie moi-même, sçule f "Es-tu coûtent?

*4o MERCVRE DE FRANCE

DAPHNIS

Vingt sous de plus, elle fallait presque,

CHLOÉ

Faites donc des frais!

daphnis . '

Contre remboursement,

CHLOÉ

Quel plaisir éprouves-tu à me dire des choses

dures?

DAPHNIS

Il ne faut pas croire que cela m'amuse toujours*

CHLOÉ

Tu ne les penses pas, au moins ?

DAPHNIS

Non; ce sont elles qui me passent par la tête!

CHLOÉ

Ta littérature te fait mal.

DAPHNIS

Oui, oui : culte de l'art! religion du beau ! c'est ça ! II n'y a pas de Christ sans épines- ....

Tu te rappelles comme nous nous sommes roulés sur l'herbe !

DAPHNIS

Mais nous avons peu roulé sur l'or.

CHLOÉ

Bah! quand nous serons riches ! , * .

DAPHNIS

Nous serons donc riches?

CHLOÉ

Mon Daphnis, dès que tu auras gagné beaucoup d'argent, nous serons riches. Oh! je ne tiens pas à l'argent,

DAPHNIS *"

Avec un chiffre de combien assuré? Je mç disais, jeune marié : « Voilà une femme courageuse que la misère n'effraiera pas et qui vivra avec moi sous une cabane de cantonnier! » et je ne demandais au Seigneur que de nous donner notre pain quotï-

SEPTEMBRE 1891 . •' ■ Ml

dien, du pain de ménage si c'était possible, jusqu'au définitive* 13 m ° rt °* * feraiS Ia grânde Col * ecte

• .CHLOÉ

Tu m'honorais. >ïais si ' cette bonne opinion de moi t encourage à la paresse, je préfère tout de même que tu arrives.

Quand tu ^ deyant t<>n l)ureau ^

n écris pas, qu'est-ce que tu fais? Assurément,

penser, c'est travail er. Il est des paresses fécondes Remarque comme je retiens aisément tes phrases. Mais (suis-je sotte?) j'aimé mieux te voir, dans ton intérêt, un porte-plume à la main.

Tl '/.« - V J daphnis i

îw.7 - le 'i? ir 5' 1 tr ^quilUse.toi. Désormais J aurai un manche de pioché. '

'■il ..- • CHLOÉ •'■

lu seras célèbre*

DAPHNIS

Diable ! y tiens-tu? je ne te le garantis pas.

-, CHLOÉ j

vieux 8 e 6 r u % c p él f r %J' en t s »i^ûr, quand tu seras Sr?en: Ce .^ dlSent . les jourfl * ux »*! •«*-

„ DAPHNIS

« ™ï f e o t?IiipS ~ là ' je n ' é "irai plus que des, préfaces pour les jeunes. . ■ wa^w

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.: II j faudra être bon pour eux, les recevoir tous.

t»' ■ ,.- ' .-.''. DAPHNIS ••■

. rar fournées. j,-

T» m, '-. « chloé i

JmUiï Ta l- -?«****<* accueillante et! cons-

»™r£ JJ?*™ 11 d f SOU f ire ' sur le seuiï de ta porte, c est moi qui leur dirai, les poussant d'une

lape amicale : « Entrez, le maître est là! ™

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