‹ Mercure de France, tome 3Chapitre 63 sur 111 · HBNR Y DE GR O UX · texte numérisé non relu

HBNR Y DE GR O UX

Sous un ciel bas et sombre de drame dans '»«• «Ioï vague, banalement sinistre, à une^rel n " ?-' vpque <Je nuit, le voyageur a roï.U ti ™ ? * e<1?1 " genou nerveux, foudroyé Kédafr i f ^ "tf ' S ?? S U,i

de lapait™, d.nud £ <£ &l«f 5^,tt«.ï, ,1 « «' de

et un dernier râle d'agonie

pur, puisque ce qu on éprouve, au rèjarfJr^- , « c „ est poua eette «„„„,,,; d . .^ ,,„„,„ ^* J

heurt de telle vision spécialement apeurante, .c'est plutôt une mystérieuse émotion d'ordre plus intellectuel une émotion qui, sans affecter en rien les nerfs ni la- sensibilité ne bouleverse (et d'une façon combien délicieusement épouvantable!) que les facultés supérieures de notre ame,une émotion, enfin, comparable au trouble absolument idéal, insensonel, que suscite en l'intellectualité d un penseur qui est aussi poète' la conception " d'un ensemble d idées abstraites, qui, soudain, dans le ciel de imagination, se précisent, s'incarnent, douloureuses ou terribles. .

Vraiment, non, dans ce tableau du Meurtre, ce qui nous émeut, ce n est point l'accident bam 1 de ce banal voyageur inconnu, ce ne sont point c3s contorsions d agonie ni ce sang ruisselant. Tout cela n'est que détails

très secondaires, voulus matériellement efcantsf pbûr

de, l'idée, de la philosophie, que

corroborer la terreur

I artiste devait écrire Cette œuvre, sans conteste, n'est rien moins que 1 habile narration d'un crime particulier •• elle est bien un poème, un émouvant et terrible poème ou nous Usons, exprimées par l'artifice d'un significatif épisode de hasard la douleur de vivre, l'épouvante de vivre, 1 angoisse de l'Ignoré aventureux embusqué dans 1 avenir, la bêtise méchant» H» 1, ^ t *j* •..,.

la pitoyable douloureuses voyageur ïn- -> de l'art, céssejjjf/.

i avenir, la bêtise méchante de la fortune vanité de la galopade humaine parmi les' conjonctures de l'existence.... Ah 1 pauvre connu, qui, car cette mystérieuse alchimie ae rart, césseftF;. d être pour nous un voyageur, et devienËLe Voyageur^rt L Homme, ah! pauvre voyageur, où \j<Tnc alïaiè-tu ? W qu espenus-tu ? Peut-être tu étais le poète qui sent bourdonner dans sa tête, comme des abeilles d'or, les strophes géniales qui ne doivent point mourir, peut-être l'inventeur subhme qu. devait jeter au monde étc nné l'admirable secret des pierres philosophâtes, peut-être le soldat qui pouvait conquérir la terre et s'asseoir lin jour sur le trône des antiques empereurs du monde I Pauvre voyageur quel banal accident de la vie. stupide, quelle force brutale et • imprevoyable et irrémédiable t'a terrassé vomissant par ta bouche râlante ton sang et tes beaux rêves 1 ... Tu avais du génie, certes, tu avais la science de la vie, tu t étais arme des armes qu'il fauïpour vaincre tu avais écoute les conseils des sages qui connaissent les chemins propices, tu étais sûr du triomphal avenir I Mais 1 absurde hasard t'a pris, en lâche, par derrière, et maintenant, lamentable, tu gis sous ce ciel bas ist sombre de arame, dans la plaine vague et banalement sinistré, la

Ah ! pauvre voyageur!... marcner !..,

Ce tableau du Meurtre, on le voit, et je le rénète à dessein, n'est donc nullement Hllustration d'Ûn Sole fa.t-divers émouvant par son atrocité. L'action au? sV déroule n importe guère, puisqu'elle n'est quele^ sUï matériel dune pensée, autrement intéressante et pK aophique ..q» .une vulgaire. question de coups de coïteau A moins d'être mcurabl.ement inapte à Lte comnré' hens.on d'art, il est impossible à un esprit imnartinlX^ îmméS Àt yant - c , ette œ rre, dans EïïTS at!o n Si.T/7? de * ermin ee par la matérialité du sujet renre-

£ suggestion de ces iaees générales que i'ai tenté d'in diqu*r et que I e . peintre a, 6 p our . ains? direVpetries *J£ ses couleurs. Le drame cesse d'être un drW ««^fi pour devenir un drame humain, v^A^SSSSi

t a ««-i'i» ■ ■ ■ a art. Voila aussi la cause nour '

^ï™** IJ ' ne me * r ^P e ' la meilleure critique p££f

dlSées enX rS bu Ue **? par " n P°^e, Ces SnsemoSs vnuwA* kl ♦' q ^înp^eut essentiellement l'œuvre \raiment.d art et que j'ai appelés le prolongement sniri

lans sonTan P ±r^ lui ' le P-te, Sn- les^SpSt uans son langage propre, vers ou prose, langaee évidem ment p us- clair et plus intelIig^ble/puisS S pSs familier a la. masse des Wnres, que U langage u n iver ? 3LT -T ^. ésbtéri q ue . aesligïeset des^lS , ainsi seront pleinement illuminéîs J es essentielles condi- ' tions de Iœuvre d'art r* m*; «^ i ■>" - .71, oliai seule bonne critique ,C * mes V an « point douter, la |

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Quoi qu'il eu soit, je dois déclarer, dès maintenant, que ce prolongement spirituel sans lequel l'art Li'est point, je Pai constaté dans tous les tableaux, trop p ;u nombreux malheureusement, de M, de Groux qu'il m'a été donné <le voir.

A quoi tient la possibilité de ce prolonge nient spirituel de cette action réflexe du matériel vers l'immatériel' qu'on observe en certaines œuvres et qui manque ab^o' Jument en d'autres? Comment un fait particulier peut r U instantanément se métamorphoser en une kée générale en une haute synthèse, en toute une troublante philoso-

phl f.ir C - e n CSt P ° int ici ,e Iieu ^étudier cetttî mystérieuse et difficile, mais peut-être point insoluble question. Qu'il suffise d'avérer que ce phénomène se reprocuit constamment en tous les chefs-d'œuvre incontesté s, et de faire remarquer combien Le Meurtre de H. de Groux serait en réalité, dissemblable d'un sujet identique qu'eût traite un habile peintre anecdotier, parfait observateur mais dénué de toute faculté de rêverie philosophique. Puisque c'est la tête qui guide la main, qu'y a-t-il d'étonnant à ce quelateted'un rêveurguide sa-raain de façon à traduire son rêve, et la force, pour cela, à des combinaisons, à des modifications de lignes et de couleurs, mystérieuses, inconscientes, presque inanalysables... Regardez, par exempte dansZ* Meurtre^ subordination évidente des contours' des surfaces, des lumières, des ombres, observez lé rhythrne désespéré, tragique, des lignes, ie t6utes les lignes, tombant en courbes douloureuses, parfois dramatiquement brisées, du milieu supérieur de la toile à ses angles inférieurs, constatez la concordance lugubre des couleurs, cette sinistre harmonie en vert sombre, en-bleu obscur, en noir, et réfléchissez aux rhythmes de lignés et de couleurs qu'eût nécessairement employés le réaliste anecdotier dont je parlais tout à l'heure,

* * Voici maintenant une autre toile, plus terrible encore et plus étrange : Les Traînards. Cela ressembla à quelque effroyable tapisserie de Flandre, jaunie et élimée par V%<;> qu'aurait tramée un patient et paradoaal tisserand de la-bas, interprétant, avec des laines teintes en des ventres putrides de cadavre, un hideux cauchen ar de Breughel d'Enfer; cela évoque un rêve macabre de Callot retouché par Goya, s'agitant dans un royaume en putréfaction, cela s'étale, répugnant, avec des toullïté s jaunes et noires et vertes, des marbrures de pourriture, des

OCTOBRE xfc>i

ta^M^-tfV»*^**

suintements de pus extravases, semblable au Ventre crevé ' de plaies et <Tabcè$ d'un hideux reptile en décomposition. Et cela, c'est TEnvers de la Gloire,

Quel empereur cuirassé d\>r,quel empereur triomphent, avec son armée immense et brave, a passé par-là, caracolant sur sou fougueux cheval caparaçonné de pourpre ? Quels étendards enthousiastes ont frissonné sous ce ciel? Quelles décharges de mousquets y ont retenti? Quels glorieux coups de lances et de sabres s'y sont échangés? Quels gais tympanons, quelles sonores trompettes ont chanté la victoire, ont chanté la bravoure des soldats et le triomphe du beau conquérant? Quelle immortelle et bonne bosogne s'est accomplie dans cette plaine dont parieront désormais avec orgueil les chevaliers et les belles dames, que célébreront désormais, en de joyeux enthousiasmés, les peuples et les poètes?

Maintenant un silence de sépulcre plane parmi des odeurs de pourriture. Le ciel est sinistré et sillonné par des vols tourbillonnants de corbeaux innombrables* Làbas, dans le lointain, c'est la ville et ses remparts démolis, un lugubre moulin à vent, éventré par les boulets, ses ailes fracassées, laissant pendre ses planchers comme des entrailles; A perte de vue, les corps des soldats, des bra* ves soldats massacres, gisent, pêle-mêle, entassés, en un grouillement hideux, inextricable, infini. La terre a bu le sang et cette plaine en putréfaction n'est même plus tachée de rouge. Ils pourrissent lamentablement, les va-* leureux d'hier parmi les armes perdues, les tambours crevés, les affûts démolis, les chevaux au ventre béant, les caissons renversés*. ,., Leurs membres, hachés parla mitraille, leurs membres en loques, sont roïdes mainte* riant, les convulsions de leurs gestes d*agonie sont figées, effroyablement. Innombrables, jusqu'à l'horizon, leurs cadavres fermentent» troués de sombres blessures qui suintent de verdâtres sanies, la plaine entière est de chair qui fermente, de chair humaine qui se liquéfie, qui couto, gluante, purulente, ulcéreuse. Et voilà qu^arrivent en bandes, nombreux comme les corbeaux qui tourbillonnent dans le ciel empesté, ces autres corbeaux de la terre, lés Traînards^ les détrousseurs de morts, poussant leurs voitures à chiens, se jetant sur cette pourriture avec desge^f^ vo races, volant avidement sabres, mousquets, tambours, pourpoint^, braies, chemises, bottes, éperons, déshabillant ces corps putréfiés, fouillant, avidement, joyeusement, de leurs mains crochues, dans cette pestilente 0*er de chair humaine en liquéfaction*

f fls8

Bel empereur victorieux, bel empereur, t tés-vous dans

'votre capitale en fête, dans votre capitale pavoisée et

illuminée, à parler de vos merveilleux exploits avec les

belles dames de votre cour, à respirer le jnétaphorique

^encens de vos poètes et de vos historiographes!

Est-il besoin de faire remarquer combien cette com- ' préhension de la gloire militaire, de la guerre, du patriotisme, des épopées, du plumet triomphal et de la sublime pyrotechnie, est différente de la vision qu* eurent de ces mêmes choses les Horace Vernet et les Meissonier, de là vision qu'en ont encore les Détaille et les Déroulède, sans parler de M. H. Fouquier, ce farouche Jyrtée à tant la ligne...

Je ne parlerai guère d'un autre tableau d'Henry de Groux : UAssassinê. Cette toile, en effet, encore fort intéressante, est pourtant un peu inférieure aux autres peintures de cet étrange artiste. Elle semble d'ailleurs n'être qu'une étude préparatoire du Mturire, que j'ai décrit et analysé au commencement de ces notes.

11 suffira de dire quelques mots d'une dernière œuvre : Le Pendu.

C'est encore, comme dans/> Meurtre, uh drame solitaire et banal dont le héros est un voyageilr,mn pèlerin (la coquille qui pend sur sa poitrine l'indique), ou plutôt Le Pèlerin (je ne sais quels signes pérempfoires et mystérieux nous forcent encore ici à ne pouvoir concevoir cet individu spécial et cette scène spéciale du'en tant que négligeables contingences^symbolisant des êtres généraux, des êtres absolus), Le Pèlerin, et, cernes, le Pèlerin du pèlerinage de la Vie.

Sans doute, il y avait longtemps qu'il était en route, le pauvre moine rôdeur, sans doute il, désespérait d'atteindre le but, son Saint-Sépulcre ou son Saint-Graal, sans doute ses pieds avaient trop saigné ausl orties et aux cailloux du chemin, il avait, un à un, perdu tous ses chers désirs, tous ses beaux rêves, et le désespoir lavait fait impie, et las, et sans force maintenant qu'il était sans foi. En passant dans un bois dont les branches railleuses giflaient ses joues, dont les épines déchiraient ses jambes, proférant vers le ciel impassible un suprênke blasphème > voilà qu'il se pendit. Son corps maigre, maintenant; se balance, tragique, à la fourche d'un vieil arbre. Mais la nature impitoyable n'a même point, vouu pleurer surson lamentable cadavre. La nature s'exalte en une furieuse

OCTOBRE ifoi

joie de ges, des

vivre. Le» oiseaux chantent & rompre leurs «ror-

vert» demeraude/cle* bleus de laou et d* *Sh£' j * "^ rouge, triomphaux de rubis d^ffi de, ^SS^'dlS" légresse. La nature insensible et bête -àSSZâ- Si «ève et de santé, «ririte, gazouille, rigole à jS^ £ veutre^se tord en une e&royaWe' étante ê?«!5LÏ

peut-être, de sa haine, devant la mort eBronSS^ géhenne d «conscience, sur les ailes de la pensée..?

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si m im!w< x wggesuia, -d un art si vraiment robuste et si vraiment à part, que $e n'ai pu me tenir d'eiT»»W «n peu longuement, convainCuque - qud e ane EËu

53T SES «air A****

G.-Albert Aurieh.

MERCYRE DE FRANCE

PAGE RETROUVEE (i)

r« BRECTHEUS » \>E SWINBUSNE

Sous un ciel de deuil stagnant et d'hiver, Pâme nationale célébrant le Noël chrétien, voici quà l'ère même fetee- antérieur, magnifique, | religieux aussi, l'écho de quelques beaux vers (f-ag menti resté le seul d^uire tragédie d Euripide qu'un discours! de l'orateur Lycurgue enchâsse) a fourni à la voix la plus grande dé l'Angleterre actuelle quelque dix-sept cents vers, qui fejront compter par ce pays la fia de l'autre, année entré les temps de fastes de sa littérature. L'oeuvre du jeune poète dont la République des Lettres, aviçie de la suivre à travers le dénouement du futur, présenta en sa première livraison un extrait dès longtemps célèbre, s'ouvre et se ferme dans sa magistrale, plénitude d'aujourd'hui par deux drames antiques, Atalanta a Calydoh, puis Erechtheus. Tout entière fascinée par la prodigalité éblouissante d imagination qui éclate dans Tune de ces pièces, la génération poétique contemporaine attendait, non sans émoi, que l'autre apparût : différente, neuve,, suprême. L intérêt, quel en serait-il ; et le ton et le concept : im-

. , s - par une régularité

aisée a dire en peu de phrases consolant du peu de temps que j'ai à parler. Abstraction faite de l'éclat puise a. sa richesse pour ces tragédies d'ère presque moderne, Chastelard et Bothweïî^ tout le débordement de longue précoce envahissant le drame de début a trouvé un cours naturel en deux recueils de chants lyriques, extasiés d amour et de liberté, Poèmes et Ballades et Chants avant T Aurore : à la tragédie de l a maturité spirituelle

[1) Comme appendice ou note à celles « crayonnées au théâtre », cette page quia l'intérêt de l'opinion, d'un poète sur un poète, tous deux en leurs royaumes despotes ; M Stéphane Mallarmé nous permet de la réimprimer. Elle ne le fat jamais depuis (il y a quinze ans) la troisième livraison de la République des Lettres, et aujourd'hui comme lors c'est d un Swmbume encore non francisé qu'il s'agit, le tragique — ht puis, le prétexte ? La signature sufEt. !

OCTOBRE 189 1 * ~,i

restait, donc la fortune 'nouvelle d*une inspiration savante, pure quoiquVnthousiaste, 'conforme davantage à quelque chose dé' grec.-

Suivez là marché paisible de Faction. Erechtheus, roi d'Athènes, invoque cette terre sainte qu*a foulée l'ennemi Eumolpùs ; et bientôt, énîgmatique, il annonce à sa femme Draxithea que le destin, pour le salut de la ville,, veut le sacrifice de leur enfant .Chtoniaj laquelle reçoit delà bouche maternelle Tôracle : simplicité et tendresse, rien que dlneffabte entre la mère, et la fille et des adieux calmes comme racquiescement. Personnages autres, ;un . héraut, il a jeté le défi d'Eûmolpe ; un messager qui ait Timmolation au pied du même hôtel de la Vierge parmi ses sceurs offertes' d'elles-mêmes au couteau ; un héraut athénien pour proclamer l'honneur d'Erechtheus par . la foudre frappé après la défaite de l'envahisseur. Le spectacle finit avec la survivante demandant aux dieux de lui accorder à. elle aussi, Praxithea, épouse. et mère, le Bienfait delà mort, : Athénor, favorable au souhait, verse sa protection à jamais sur la cité. appelée de son nom. Le ," tragique , très contenu , demeure aux régions supérieures de l'idée : tandis que dans la parole et les actes, règne Pauguste nudité des- sentiments antiques et leur délicatesse suave. Odes maintenant, à strophes, et antisttophes, puis épôdes de chœurs ajoutés à tout ce long hymne, Fun notamment dépeignant et imitant le passage épouvantable du Yent du Nord, composent une sublime musique dé trompettes ou de flûte lente qui, longtemps après sa cessation, se mêle encore à la voix du personnage en scène et la soutient. Je signale aussi, dans des;. proportions parfois presque inconnues, le silence : p.ro-v fond, divin, gisant dans Tâme dés lecteurs-; et d*où se l t détachent par moments tels vers de Turi à l'autre envoyés ' par un homme ou. une femme, puis des distiques ou dés 1 tercets, comme autant de motifs purs, vibrent sur un fond j d'émotion la plus subtile et la plus noble. A trop grands j traits écrite et hâtive, telle (un peu) l'impression causée par l'ensemble*

Quiconque ouvre un livre pour chanter au dedans de saisie vrai lecteur devers a, depuis dix ans, en Angleterre, comme avant ce temps, en, Prance, il le fera, tra- . prunté pour son âme le déploiement d'aîieV de chacune des" stances de fo&uvre lyrique de Swinburne. Ces poèmes (indépendamment de tout .ce 'qu'ils comportent àUtumanité dans -un sens supérieur) ont donc humainement satisfait à leur visée ; en est-il de même des quatre

drames : à savoir doivent-ils, eux, prendre vie sur les planches et au lustre. et se communiquer par la scène, immédiatement, à un auditoire ? Question qui s'impose à l'esprit d'un Français, tout d'abord : cat, chez nous, la grande lutte a été livrée et la victoire gagnée par le Poète de ce temps ; elle Test encore un peu chaque jour depuis Victor Hugo et le sera demain. Les maîtres en Angleterre, pudiques ou hautains quoi ? mais réservés, ont;, à côté du tréteau triste qu'absout presque seule la longévité glorieuse de Shakespeare et de son groupe, ciéé tout un autre théâtre, extraordinaire auslsï, fait des majestueux fantômes qui hantent l'esprit du siècle; mais dont on n'est le spectateur que chez soi,un tome ouvert

quoi parut d'abord voué l'œuvre dramatique de Swinburne : et si ce n'est pas douteux que plusieurs des vastes compositions dues à ces génies ou à leurs successeurs soient en état d'affronter le décor et l'acteur, il est certain que la plus récente, Erechtheus, saurait, dans une solennité exceptionnelle, y prétendre. « Nous voulons un théâtre quotidien et national (diront les -bien in-

qu il y toire auparavant, c'est l'antiquité (évoquée surtout par l'heure actuelle). Tracée avec d'impeccables lignes sur le modèle ancien, mais s'inspirant d'un souffle de maintenant, la pièce de Swinburne, hors quelqu.es longueurs délicieuses, peut devant tous ceux-là qui la lisent se jouer et les ravir (même dans leur sens critiqué intime),' ne fût-ce qu'un soir, ce qui est l'éternité. Ce peu de vers à omettre, seuls, que ne m'est-il loisible de les réciter, enchantement véritable- Rien, de par l'espoir qu'une fois ici apparaîtra quelque étude totale dé la poésie de là-bas, n'a été présentement fait, que procurer une notion générale jusqu'au vague, de l'importance triple iïErecIithetis, en soi, parmi l'œuvre de Swinburne et quant à l'art anglais contemporain : trois mots dans l'espace d'une carte de visite répondant à l'envoi que de son livre daigna faire le Maître voisin ; à moi, non pas, mais à la Rédaction tout entière et tant soit peu maintenant aux lecteurs de la Revue,

Stéphane Mallarmé.

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