L'ORAGE
Vers minuit, par la croisée sans volets et par toutes ses fentes, la maison au toit dé paille s'emplit et se vide d'éclairs.
La vieille se lève, allume là lampe à pétrole décroche le Christ et le donne aux deux petits afin que, couché entre eux, il les préserve. '
Le vieux continue apparemment de dormir mais sa main froisse l'édredon.
La vieille allume aussi une lanterne,' pour être prête, s'il fallait courir a l'écurie des vaches.
Ensuite elle s'assied, le chapelet aux doigts, et multip he les signes de croix, comme si elle s 'était des toiles d'araignées du visage.
Des histoires de foudre lui reviennent, mettent sa mémoire en feu. A chaque éclat <ie tonnerre elle pense : '
— « Cette fois, c'est sur le château! »
— «Oh! cette fois-là, par exemple, c'est sur'le noyer d en face !»
Quand elle ose. regarder dans les ténèbres, du £?,. , d V P ré ' un vague troupeau de bœufs immobilises blanchoie irrégulièrement aux lueurs des torches éphémères.
Soudain un calme. Plus d'éclairs. Le reste de 1 orage, inutile, se tait, car là-haut, jiste au-dessus de la 'cheminée, c:est sûr, le grand coup se prépare. . ,
Et la vieille, qui renifle déjà, le dos courbé, 1 odeur du soufre, le vieux raidi danl ses draps, les petits collés, serrant à pleins points le Christ, tous attendent que ça tombe ! q
Jules Regard.
OCTOBRE iSoi