LAMPYRES
Igs doux lampyres veulent luire en mes chemins, Mi chaque pas les voit qui sourdent sous les herbes. Si les étoiles sont trop haut aux cieux superbes* Les doux lampyres, mi -seront moins inhumains.
Je nie râtelle la fillette aux blanches mains '
Qpt lés atmait et leur jetait des yeux acerbes, Jtt les cueillait et les posait en fines gerbes JJans ses cheveux, tressés avec les j>urs jasmins. Mt s'ils s'éteignent, que ma nuit en soit plus noire r ' ' Je laisse aux princes les idoles de la gloire* A.ux. sacrificateurs les chênes écartes,
A** fhef s des peuples les trésors et les empires. : combien sont douces les mollesses oTe clartés
Hue sèment aux chemins luisants les doux lampyres !
Que. M Dumur n Vt-il plus souvent regardé- l'herbe ou- sont les verts luisants] ' s
.La conception de la. vie que dénotent les Lassitudes doit amener fatalement- au suicide; Albert nV a pas manqué. M. Dumur, je l'espère, Ven sauvera par la nttérature, ce qm vaudra mieux pour lui et pournous. ta attendant la mort, Jl se réfugie dans le sommeil,
xLiS^T ennm lor ^ ue le matin-geôlier" rouvre sèi yeux. . ^ r m ~
33 ti * MERCVRE DE FRANCE
O rêve f tu mcfutsytu nC abandonnes seuil .
Je vêts mes douloureux habip comme un linceuly Tous les dégoûts m'accapagnant en louche escorte.
En la lueur haïe oîivont errer mes pas, - Tu me seras un grand regret de chose morle.
Alors que ce qui reste 71 eh console pas l
II serait malaisé de retrouver les sources du pessimisme de M. Dumur. Les. héros romantiques devenaient sombres à la suite d'épouvantables forfaits. Ils sentaient sur eux le poids du remords. Schopènhauër lui-même devînt amer d'un amour contrarié. Mais M. Dumiir est trop jeune ■ pour avoir .éprouvé ces rudes secousses. Je crois qu'il est pessimiste de tempérament, comme on est jaloux ou cruel. H dit luimême que, dès le berceau, il soupçonna la vie d'être immonde. Est-ce qu'Albert, à' huit ans, ne fait pas déjà la ieçon à son curé en lui déclarant qu il trouve
l'univers inutile?
Cette façon de japper après le monde, comme un chien, choque un peu le goût de notre race où les plus éprouvés; les plus assurés, s'U en est, dé l'inutilité du monde ont soin de s>rmer de scepticisme. Il en va mieux ainsi, ne serait-ce que pour ne pas paraître tout nu devant les hommes, comme dit finement M'- Maurice Barrés. M. Dùmur, lui, se montre tout nu, et, qui pis. est, il fait la culbute pour qu'on se retourne. \ r
Malgré tous ces anathèmes systématiquement jetés à grands coups de plume tonitruante, malgré ce. parti pris de violenca et de brutalités dans ses livres, M. Dumur n'est pas, comme on le pourrait - ciboire, dans la vie, un agité et 'un bruyant. Il se montre au cpntraire très réservé, et il a le désespoir discret. Ce n'est pas lui qui fait- retentir les salons de ses vers. Il ne déclame pas et c'est â peine, même, s^il cause. Les yeux songeurs sous la double vitfce du lorgnon, avec, toujours, une spirale de fumée bleue attx lèvres, c'est un doux et un studieux, plus amateur de livres que de femmes. Je suis persuadé que ses orgies — un mot bien démodé dont il abuse — se, réduisent à quelques modestes repas cher Duval ou à quelques bocks bus le soir, au Café, entre amis. En to*ut cas, je puis assurer qu'elles n'ont rien de néronien et' de sadique et qu'on n'y fustige pas des femmes nues; au dessert, non plus qu'on n'y brûle des esclaves enduits
de résine. Même on Vy fume pas l'opium dans des crânes d*enfant y les pieds nonchalamment appuyés sur un tigre, selon le vœu de M. Rollinat.
'M. Dumur conserve, jusque dans sa mise, cette discrétion de bon goût, et son commerce a des charmes^
parfois à traduire au clavecin Hnquiétud<
àme, j'ai gardé le souvenir de charmantes causeries
d*art, de délicates et cordiales voluptés. j
Il me reste à parler des innovations prosodiques de M. Dumur. J'hésite à lé faire, car, outre qu'elles ont été maintes fois discutées (1), elles me . semblent ne : devoir engendrer que des controverses ennuyeuses et stériles. L'intérêt d'un poème résidant en la phrase chantée, il semble bigarre et pédant d'indiquer le mouvement et la mesure dans lequel il est écrit: C'est là Favis de M. Dumur lui-même, auquel je ne puis que souscrire. Il suffit qu'un vers soit jugé harmonieux. Savoir quelle sorte de pièces, iâmbîques ou anapestiquès, le composent, n'ajoute rien à la jouissance. Le lecteur, s'il n'est grammairien ou scoliaste, s'en \ soucie 'peu, et, pour le Poète même, son oreille est un 1 guide plus . -sûr que tous les traités de prosodie du : monde. Le véritable artiste trouve d'instinct les com- j binaisoris métriques les plus hardies, et, s'il s'inquiète d'en formuler les lois, ce n'est qu'après coup et par jeu. D'ailleurs, en ces temps d'affranchissement à outrance des rythmes et des rhnes,les vers de M* Dûiriur ne sauraient étonner, quand bien inême il n'eût pas livré le secret de. leur facture.
Il me .suffira d'énoncer que M, Dumur rythme ses . pièces d'après l'accent tonique. Je crois bien que saris le savoir tous les bons poètes rythment ainsi. Je me souviens qu'un soir, ouvrant le Pèlerin Passionné, M. Dumur trouva que les vers de Moréas pouvaient / très bien se scander selon sa méthode, et pourtant < M. Moréas n'y avait pas pris garde. Il avait simplement obéi au sens intérieur qu'il à de l'harmonie. Si M. Dumur ouvrait Racine, il verrait quel perpétuel souci il y est tenu de, l'accent tonique; souci instinctif,
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(1) Oh n'a pas oublié notamment l'article autorisé et documenté de notre ami Edouard- Dubus, paru ici même (mai 1890, n° 5, p. 145) lorjs de la publication de La Neva.
bien entendu. Quel vers des Lassitudes mieux martelé que celui-ci, par exemple :
Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur,
où les syllabes d'elles-mêmes se . scandent?
Quand M* Dumur ermploie la rime et s'astreint à un nombre de pieds régulier, il intéresse vivement: mais il inquiète lorsqu'il fait ses vers-blancs et ou'il allouée indéfiniment ses stiches.
Je crains que des oreilles françaises ne puissent jamais s accommoder de cette sorte de vers. Des innovations analogues, antérieurement tentées, n'ont eu aucun succès. La plus célèbre fut celle de Baïf, lequel inventa, outre ses vers mesurés, à la façon grecque et latine (Ce petit Dieu | cholere archer | léger oiseau.. ) des- vers construits d'après le système syllabiqué* et qu'on a surnommés baïfins. Je trouve aux vers baffins comme un ayant-goût des vers dé M. Dumur,- dans ceux-ci par exemple :
Muse, royne d'Eiicon, fille de mémoire, o déesse,
des poètes Pappujr, favorise ma Hardiesse. ' Je vcu donner aux François un vers de plus libre Àccordance, Pour le joindre au luth sonné d'une moins contrainte cadence
Je veu d'un tiouveau sentier m f ouvrir Vhonoralle passade Pour aller sur vostre mont m'ombroyer sous voire bocaa-e Et ma soif ' â-} s altérer vostre fontehze divine Qui sourdit du mont cave dessous la corne Pégasinc.„
Mais Baïf a piteusement échoué comme les autres.
M. Dumur sera-t-il plus heureux que ses prédécesseurs? Tout en lui souhaitant le succès, je me hâte d ajouter que ces tentatives ont cela de bon qu'elles témoignent d'une intelligence vigoureuse tendue vers" .
1 inédit.
Un esprit rare et hardi, peu satisfait des formules vivantes, incliné vers tout ce qui germe; im critique erudit et un noble poète," suivi d'autant plus de jalousies qu il a mieux dépassé le cercle étroit des coteries quil a traversées, mais que n'émeuvent ni les sarcasmes, m la hâme des impuissants, M. Anatole France devait fatalement s'inquiéter de Louis Dumur et de ses tentatives. Il les a qualifiées d'intéressantes et a juge ses vers. harmonieux. Ce jugement d'un homme doublement compétent, au goût sûr et impeccable, suffirait à classer M. Louis Dumur parmi les plus scrupuleux poètes de ce temps-ci; mais aux éloges
mérités, j'ai le devoir — adversaire, puisque roman! ^- d'apporter les réserves les plus sévères. Ces poètes à côté desquels marche M. Dumur ne furent que des transitoires. Leur influence ne peut survivre — quel que soit leur talent personnel — - à la mort de l'école symboliste, dont, à tort ou à raison, ils se réclamaient* Que vont devenir ces poètes en désarroi r licenciés par
-" le chef dont ils suivaient Theureuse Etoile? L'Avenir ne peut être â Terreur symboliste, ni à Terreur romantique. .L'Avenir n'est pas non plus à ces autres
. rimailleurs stériles, où se perpétue l'agonie du Par-
. nasse, si dégénérés^ si avilis qu'ils n'ont plus de jouissance gu'à brouter lès chardons de Mendès. La voix de. Vérité a parlé haut par la bouche des muses ro-
. mânes. En dehors. d'Elles, il n'y a ni espérance, ni salut; ~ ."'.;■
Ernest Ratoaud.
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