CLAUDE . MONET
odM^r" 1 ^ 06 ^ 611 ,*' a - l t ^ e , " né vieilie tradition de Chaldée, Baal créa le ciel et la terre et les dieux. En-
Ste'dî îfvt^ * IU ^ de **"«* de lui couper îa tête de la jeter dans, l'espace et d'êpandre sur le
££ â I S,t t COul + ?^ de sa gorge-: Il fut ainsi £ ™l™f Y ™ • ^^f a PPa*ut vêtu d'un linceul nL? e ^f * ^ ais ' dé J à ' la tête ** di « u > la tête, ra- Sf° U f aD ?' de l'être primordial avait commencé de rouler dans réther. Et, par la vertu dés torrents de divine Jumière q\e versait la tôtfvova! geuse 1 immense océan, dé sang qu'était le. monde se mit àfnssonner, à.fermenter, à bouillonner en vasuet énormes en vagues qui, peu. à peu, se solidifièrent et bientôt, furent les minéraux, les plantes, les bêtes et les hommes. . • '■ * ' ■ uclcs et
R^i' l^ 5 ° e " fe heurè ^effa^e, l'aveuglante tête de Baai roule, majestueuse et sans trêve, dans l'infini mondant de clarté, de vie, de joie et de beauté sa fille son amante, la terre. . . ■ '
Sans douté, on la blasphème, en notre aujourd'hui de présomptueuse ignorance, cette radieuse tête créance qu adoraient autrefois les mages ninivites '- sans doute, on la raille et, du faîte d'impies obs^atolS ™= e " 0r ^ eil i* stu P id «nent de compter ses taches dé rousseur. Pourtant son culte est-il bien aussi défini tivement déserté qu'il semble? N'aùrait-éllé St encore des dévots et des prêtres, héritiers sans le savou-, dèsprimitives. fois chaldéénnes>sSif s glorifccateurs, non plus, certes, suivant les traditionnelles litargies, mais du moins â leur manière, de sa divine omnipotence? Et, d'aventure, n'allons-nôus point justement avoir à parler ici d'un de ces hommes, d'un dé
dont ^ a n w ntS dé P° sit aires des vérités anciennes! dont, malgré eux et quoi qu'ils fassent, les âmes et
les mains paraissent éternellement officier, selon des rites nouveaux et imprévus, la glorieuse messe des lumières, dans un moderne temple du soleil ?
Un temple fantastique, éblouissant et joyeux, dont les murailles et les piaf onds seraient de. pur cristal taillé en biseaux prismatiques^... Un temple de transparent, cristal édifié sur une haute colline, en sorte qu'il soit, de tous les points de l'horizon-, autant que du zénith, inceridië par les mtilements de l'astre. ;.> Un temple où cataracte incessamment la lumière,. la bonne, la gaie, Iïl sainte lumière du ciel, métamorphosée en éblouissânt déluge die pierreries par les prismes et lesrhombes .translucides dés murs et des .toitures.... Et, dans ce temple, un prêtre, un peu schismatique, de la religion Baaliqùe, infiniment plus paterne, et bon-enfant que - ■ses ancêtres de .Mésopotamie, un pieux et gai prêtre, fort inexpert, certes, en mythes théogoniques, mais adorant avec ferveur, mais aimant, vraiment d'amour son dieu, . son Baal, bénévole, souriant,- pas. du tout sanguinaire, son Soleil, son divin -Soleil, semeur, de toutes les splendeurs et de toutes les allégresses,et lui adressant, agenouillé au milieu d'aveuglants rayonnements* d'effervescentes et joyeuses oraisons, infiniment jaculatoires, mais peut-être un peu trop,
. si j'ose ainsi dire, télégraphiques- J
Telles, je crois, et malgré la démence d'une pareille allégorie, l'œuvré et la destinée de Claude Monet, exclusif et passionné . adorateur de . la/ toute-puissance solaire, en l'obscure taupinière de nos âges.
Ses œuvres, qu'on y réfléchisse, ne sont point autre chose que d'admirables hymnes attendries à(l'astre dispensateur de la vie, de la joie, et de la beauté, hymnes un peu plus brèves sans douté. qu'on ne souhaiterait, hymnes de pontife pressé et sans beaucoup d'haleine, mais pourtant si sincèires et tellement splendides I . , Qu'on n'aille . point,, surtout, lui demander, à cet amoureux de la divine lumière, autre chose que son amour de la divine, lumière. --La voluptueuse passion qui Téxalte, les sensations ineffables qu'il connaît le dispensent- de rêver, de penser, presque de vivre. : Les ' idées, les êtres,' les choses n'existent plus pour lui, fondus qu'ils sont dans là respiration embrasé deë;
Baal. Mystique de Fhéliothéisme, vraiment, et nullement scolastique, il ne veut point argumenter il ne veut rien expliquer, il se satisfait d'aimer, de se fondre dans les brûlants effluves du globe glorieux, d'adorer et de s émerveiller, et son adoration et ses émerveillements çt ses amoureuses, félicités- sont tout ce. qu'il estime digne d'être exprimé. Que lui importe le reste son corps et son âme à lui, l'âmé ,et le corps des autres êtres ? Ne sait-il point qu'avec la complicité de son dieu le néant lui-même s'illuminerait et deviendrait un temple de joie et de somptuosités ? Aussi, choisit-il, non sans telle inavouée coquetterie dés prétextes insignifiants, des sujets banaux, pour nous métamorphoser ces riens en féeries, en poèmes radieux : une meule dans une plaine, un ravin de la Creuse, quelques vagues de la Méditerranée, quelques peupliers des bords dé l'Epte, il lui suffit de baigner cela des divmes éblouissàhces dont' ses yeux et ses doigts sont pleins,- pour que soit transmuée cette méprisable réalité en délicieux paradis fleuri de gemmes et de sourires. * . ? ■ . .'
; Claude Monetà eu, sans y penser, une considérable influence sur les peintres contemporains; Il leur a ap- P ! n L^ c Ç> nn axtre, au moins de nom, les gaies et crues clartés du plem-air, à rougir des bitumes, des noirs des sepias.de toutes les boues excrémentielles de leurs palettes. Il est responsable dé cette petite révolution de la technique picturale, à laquelle il ne faut pointen venté, attacher plus d'importance qu'elle n'en mérite, responsable au même titre que Manet, davantage même, car Manet sortait à peine de sa manière espagnole alors que, déjà, Claude M onet peignait dés œuvres scandaleusement claires. Mais peindre clair il faut le répéter, ce n'est point, en art, chose fort capitale : tous les peintres du Salon, sans exception, le font aujourd hui, et ne sont guère plus intéressants pour cela quaux temps encore récents où ils travaillaient dans le" ~~"- - 4 * 1 *■ ~
nous charmé plus que la <
aussi la belle âme d'artiste, naïf, extasié* heureux' qui s en dégage. ; , ^
..Sans doute.,- il est. permis de glisser 'des réticences, de critiquer cette' oeuvre. où manquent bien des indispensables éléments de là parfaite, beauté^ de constater le rùdimen'taire de ces pochades instantanées, souvent trop pochades et, trop instantanées, de blâmer ce cons- . tant. sacrifice deé- formes significatrices et ce parti-pris de plonger les êtres dans ces atmosphères si splendidement embrasées '-qu'ils semblent"" s'y vaporiser ; sans, doute, aussi, il est- légitime de- souhaiter un art moins immédiat, moins directement sensationnel, unartde rêve plus, lointain et d'idée ; mais r pourtant, il; serait injuste de ne point aimer le grand peintre, si vraiment et si exclusivement peintre, qui sut, en nous traduisant excellemment lés joies et lescoruscations -de ses -seules
. ' visions, si souvent éblouir' nos prunelles;' et égayer nos. cœurs; le magicien qui sutyoler, pour nous, les
. gemmés fabuleuses éparses .dans la rutilante cheve-
" lure.de la tête errante de Baal.
Mars x8$2.
G,-Albert Aurier.