PETIT THEATRE
.I-o Songe de Khéyam, un acte en vers, et La Dévotion à Saint André,- mystère en un acte: en vers, de, M. Maurice Bouchor — Ne fût-ce que pour nous délivrer de l'exécré geste appris, banal ■. . comme eux, des comédiens, ; j'adorerais les marionnettes. Celles du .théâtre Bouchor, avec les fines expressions figees.cn leurs visages de cire et signifiant 1 imperturbable caractère de: chaque personnage, me ravissent. Et puis,, songe-t-on — je Fai écrit ailleurs déjà — . que cesi androïdes dociles, mus par l'auteur ■ ne. parlant que par- sa voix, suppriment presque lW termédiaire entre le spectateur et le poète? Et encore la lenteur hiératique de leurs mouvements, l'invu de
- leurs gestes, régulièrement saccadés, -l'absolu, * le ri* gide de leurs attitudes^ tout cela est très, artistique
- parce que cela crée un monde à part, .reculé de nous loin de la rampe, où le réel des idées et des types se présente â notre, esprit, nù, grâce à l'irréalité évidente de la représentation. :
"* j?i n ne ,. dev;i;a P as > pourtant, confier à ces figurines ' Iw • ^ ^P 01 ^ 6 <l uel genre de poème scénique : les . élévations et abaissements perpendiculaires . de leurs* hras de bois, leurs doïgts joints comme ceux des pri- . -mitifs,. affirment .et infirment trop,* pour qu'elles conviennent à la comédie de mœurs, par exemple Mais elles siéent â merveille à la légende. Le merveil^ leux.de Prospéro,ëssayé au Petit Théâtre, y.manquait de puissance ; Shakespeare y étouffait un peu. Ensuite Toute, la Nativité, la Légende de sainte Cécile, toutes ' trois respirant la candeur attendrie de M. Bouchor, .".. furent des modèles du genre appropriés. Les deux defr-
turelle, naïveté mieux exquise, simplicité moins factice esprit comique spontané davantage.
Un bon évêque, crosse, mitre .de charité chrétienne^ un saint qui se laisse un peu chapitrer par son intendant, semble au diable une proie valant la peine
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de se déranger spécialement; Afin de damner ce Faust, Satan prend l'apparence d'une jolie fille. La femme paraît, Tévêque commence à déraisonner, naturellement ; son onction glisse aux adorations profanes, sa prière se mue en désirs balbutiants, et les . lys du jardin deFévêché vont rougir, lorsque saint André se présente sous les traits d'un mendiant famélique, et se dépêche de démasquer l'impur, car le déjeûner fume sur. la table. Ces lignés sèches ne donnent aucune idée de ce que M. -Bouchor q su enfermer d'humanité, d'observation et.de philosophie valante, en si mince cadre.
Autre conté, ou plutôt monologue symbolique, Khéyam, intitulé modestement Caprice, n'en a pas moins une portée plus haute que la Dévotion. C'est le rêve d^un poète ivre. On Ta mis à la porte de la taverne, çarce qu'il a pincé trop fort « le gras des reins V de Phôtesse, et le voici sur là place,- au clair de lune; Nous sommes en Perse, au xix^ siècle de. l'ère chrétienne, s'il vous plaît ! et les roses d'un jardin voisin vont parler et prendre formes de rêvé. Khéyam philosophe, il dit du mal des chrétiens, je crois bien, et du bien des vins de Chiraz '. Les gens des mosquées, le temps qu'on y perd, les moralistes religieux, l'en-: > nuïent, ce poète ; il n'y a de réel, de bon, que, la Cruche/ aux flancs émaillés de- bleu, verseuse de lumineuses ivresses. Cependant voici la Rose, le Rossignol et la Houri, c'est-à-dire, je crois, la Beauté, la Musique révélante et l'Amour*. La Cruche est oubliée, elle fuit (je veux dire elle quitte la scène ! ) cahincaha. Khéyam, respectueux; écoute le Rossignol^ res- . pire la Rose et veut respirer la Houri, mais elle le raille, et voici une autre Houri qui. surgit, toute pareille. Khéyam, fou d'amour, va de Tune à l'autre, multipliant lés métaphores de ses, désirs, trahissant, trahi. Les Houris s'évanouissent avec un rire. Le Rossignol chante de houveaù,la Rose refleurit, et Khéyam, n'ayant pas la foi,, revient à la Cruche :..''"
O ma belle, voici le précieux instant ,
Où le Seigneur unit les cruches aux poètes. ■
Le ciel est comme, un bol renversé sur nos têtes.
Viens donc et donne-moi tes lèvres : j'y boirai '
Ton beau sang virginal, ton sang pur et 'sacré I
Si Ton écrit, ne faut-il pas enclore toute la vie dans le moindre conte?
Adrien Rjemacle.
AVRIL -189s * 557