SUR LA VIE
Nous n'avons pour vivre que l'argument seul que nous vivons. Cela suffit en pratique, mais c'est .misérable en logique.. ..;'
Xa vieaaumoinscecid'originalquedesniiUiards d'hommes ont déjà vécu, sans qu'on sache encore pourquoi. . . \ . .' .
Le temps est un fleuve dont la source et l'embouchure ne sont nulle part,
La^naissance précipite dans la vie des êtres qui n'ont. pas demandé d'y entrer, maïs qui demandent encore moins d'en' sortir.,
*Ôn n'accepte ni on ne refusela vie; la vien'èst ni un mal, ni lin bien : c'est une nécessité heureuse ou malheureuse.
On n'aime et ne hait que par comparaison ; or r la vie étant sans terme de comparaison, elle, ne peut-être l'objet iii dé haine, ni d'amour. A moins que Ton ne prenne- pour terme de comparaison les imaginations que Ton s'en fait I
-'■ ' "■'■ " "' ■ ■ • \ - T '■ '-•'"■ . ' - .'• La vie est un miroir qui reflète le visage; dont
■on la regarde;
Ea vie est un cul-de-sac: Le tout. est. savoir si nous venons du fond ou si nous y allons.
On n'a pas la vie qu'on se fait, on a celle dont
oh est fait.' '
Là vie est un abîme d'autant plus insondable , qtfori cherche à le sondera *" ' , ■
16 MERCVRE DE FItANGE
Ce gouffre, dans lequel nqus nous plaisons et nous nous effrayons à plonger nos regards, a la profondeur de notre pensée. Pour quelques-uns, il est plat comme une plaine.
La vie est une association passée avec lé hasard. Nous apportons notre nom, notre argent/notre famille, nos relations, nos capacités, nos projets, nos rêves ; le hasard nous apporte sa coopération féconde ou meurtrière.
Dans la lutte pour la vie, il y a cèites plus l'amour de la lutte que l'amour de la vie. C'est la vie pour la lutte qui est le vrai principe.
Nos impressions sont doublement changeantes, soumises à la fois au changement des choses, et au changement de notre esprit.
Nous ne vivons que par l'espérance du changement. Les choses passent ; nous changeons ; notre désir d'autre chose seul reste.
La rive dont nous nous écartons ^semble plus belle que celles où nous abordons successivement ; mais celle que nous ne voyonspasetoù nous nous proposons d'atterrir définitivement est la plus belle de toutes : malheureusement nous né Tattei-. . gnons jamaisi
x 7 \" - '■< ■'. - ."'*' ïl faut tout attendre de la vie et n'en espérer rien.
La vie est une attente perpétuelle de ce . qui peut être, un renoncement perpétuel à ce -qui n'est pas, une angoisse perpétuelle de ce qui doit être.' > -....*•"'
— Mon petit amij vous n'êtes qu'u^ imbécile : (
JANVIER .1892 . ï7
vous n'ayez rien, vous espérez tout, et cela suffit à vôtre joie ! ./
- Moii grand, ami, vous n'êtes qu'un pauvre sire : vous avez tout; vous n'espérez rien, et- cela suffit à votre joie ! .;.";.. -.,
L'espérance est la morphine de la vie. -.-.*.
La yie est vide pour ceux qui pensent à la vanité
de la' Vie. ■ .*.' ■ "* .■■"-.,. '.'
■ -. ' * : '■ '■'.:■■" '..".' 2S ■'■'■■.:.■.*,■■'-.■.'■'' La vie et la femme sont deux choses qu'il ne
faut pas analyser, si Ton veut les aimer,
, La . véritable solution du problème de la vie ti'est-elle pas de ne pas se le poser?
Il est préférable de vivre la vie que de vouloir ■ la comprendre, ,On réussit quelquefois, à la vivre, mais jamais à la comprendra.
Ne j ahiais penser qu'au moment présent, lors- 1 qu'on est heureux,, et qu'à l'avenir, quand on est malheureux^ est un excellent précepte de vie:
' - :/- ■.', ■ ' \ . ■■ ..' 26 ' -' . .-" .;.../- : La vie est un jéu:et, comme le jeu, elle est d'autant plus passionnante que nous l'intéressons.
Chacun touche sur là vie les intérêts dû capital qu'il y a risqué. -,
. Exiger le plus pour avoir le moins n'est pas de mise avec la vie..
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Pour bien vivre, . aie un bon estomac et quelque chose à mettre dedans. . i
On prend goût à la vie par l'habitude; on s'en dégoûte par l'uniformité. V
ï8 ' MERCVRE DE FRANCE
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Notre imagination surfait.toujours l'avenir et .
notre souvenir le passé.
On invite tontes les fées au baptême de la vie. La seule qu'on n'invite pas et qui se venge, c'est là patience.
Le temps procure la paix à l'âme humaine :
mais il prend sa commission, l'usure. : ' . ■ '
On est toujours volé avec la vie, soit qu'on éii
attende trop, soit.qtf on en attende quelque chose,
soit qu'on n'en attende rien.
Nous avons beaucoup de sourires pour la vie,
qui nous en rend si peu. ,■
La vie est un chemin semé decailloux, dontqueL-
ques-uns sont autïfères, maïs n'en déchireçt pas moins les pieds. .; . ... ■
Souffrir est lin axiome de la vie, alors que ce ne
devrait en être qu'un corollaire,
Le malheur de l'homme c'est de connaître qu'il peut être malheureux, ' ; . -. : '
On craint la mort pour ce qu'elle cèle et la vie pour ce qur'elle recèle.
Chacun voudrait recommencer une autre vie, mais peu de personnes voudraient recommencer laleur. " ■ ■ — . -
y ; Louis Dumùr, :
JANVIER 189a . ' 19