AUX MARGES DE L'ÉVANGILE D'AUTOMNE
Nihil tant absurde âici poiest, quod non dicatur ab aïiquo phitosophorum.
"' ciœilon. ' J
Es-tu comme moi, mon frère ? — Lorsque je songe à toutes les choses que j'ai eu envie d'écrire, : Je sen- . timent de notre impuissance me navre. ■*'"'.•
Nous découpons dans la marche tumultueuse de nos rêves et parmi les accidents journaliers de quoi faire trois ou quatre livres. Nous peinons — des mois — sur de misérables pages avec le désir aigu et l'illusoire promesse d'éterniser la sensation d'une heure, de graver quelque pauvre- épisode- qui* serait l'idéal • "/ d une vie, dé consoler le cœur prochain :~ é'il est un cœur prochain — aux magiques splendeurs des imaginations qui furent notre joie, — et d'autres rêves nous hantent, dautrès • idéals .passent et nous poursuivent, que nous voudrions fixer encore, — et "l'existence .est finie quand nous avons à peine commencé.
La voix du soir, ironiquement, chuchote :
Au moment où", vous vous "êtes orientés vers la litté- * rature, vous ne pensiez qu'à des 1 profits immédiats d argent et de gloriole. — Pourquoi sourire de pitié > - Croyez-vous que les juvéniles aspirations de votre vanité soient si loin ! — Derrière les difficultés, les désillusions sont, venues, et — malgré vous peut-être — la conscience de l'art. Vous vous êtes réfugiés a ce Calvaire : vous criez que tous l'avez voulue^ la croix où vous pantelez. Laissez Jonc; vous vous êtes faits . intolérants pour vous persuader vous-mêmes ■• si vous - .-. êtes sincères aujourd'hui, vousl'étiezaussinaguèreirâme " d octobre ne devrait point vous sembler meilleure que lame d avril; elle est égoïste autant, désabusée sans ■ doute, et bien lamentable, là veuve du fol enthousiasme ;■ mais c'est toute, son évolution.
Car votre but n'a pas été atteint; quoi que vous cherchiez qui vous excuse, vous avez failli à vos "vou^ loirs; vous êtes allés ailleurs et plus loin. — N'ïmporte. — Vous regrettez parfois le bonheur des -médiocres; vous jalousez leur triomphe et vous voudriez le leur voler, et vous parer de leur clinquant et vous
vêtir de leurs sales oripeaux/ Vous lés croyez plus ieurçux dé- les savoir fêtés ; vous, vous dites' qu'ils ont \ pris- la- bonne route,, qu'ils tiennent au moins quelque . chose, des piètres satisfactions humaines. '
Pourtant vous devriez savoir qu'il n'est pas. d'autre ■ bonheur, que le- contentement passager de sbi."— Et encore!... ~ . \ ■
On les entend répéter :.. soyons des personnels* Mais ne faut-il pas être bien râuf .qu bien outrecui- , dant pour se croire l'appelé, Félu, riricàrriation d'une littérature -^ même aux derniers échelons — et prétendre avoir une. seule pensée qui. vous soit propre ?
Ceites,si quelqu'un de nous, fût-ce le pire, — et sur- . tout le pire — avait perpétré/ son livre . aux siècles : écoulés,, j'imagine qu'il serait en effigie de bronze surtoutes les places publiques et périodiquement célébré dans sa ville natale ; il n'y aurait pas assez de discoure académiques et d'éditions classiques. — Mais l'âge . n'était point propice. H est des courants d'idées qui se lèvent, traversent les générations et tournent les es r .-■■ prits, inconscientes girouettes, d'où souffla le vent. Le, pire dont je parle, venu après Bpilêau,, n'aurait point -été le précursenr de Flaubert, mais l'imitateur de BoK . lèau; il est dans' la destinée dfe certains de- toujours ■ jouer, les personnages , de. 'troisième plan et les seigneurs sans importance de la comédie; puis là littéra- ' "ture devait attendre des années; avant de produire mieux que des Là Harpe et des J.-B. Rousseau.. Si nous n?avions pas eu la . lutte des classiques et des romantiques et toutes lés chicanes d'écoles et de sectes, nous, en serions encore aux balivernes , d'André Chénier. — 'Mais par ces termes génériques de classiques et de romantiques, d'un usage si frér quent, nous entendons que l'âfort littéraire d'un momentj bien qu'il se manifeste de préférence en des ■ êtres d'électiori,èst quand même une propriété collectiye, non. l'apanage exclusif, d'un trio' d'élite'. Et,, cela -■ ré vient .à dire qu'on est ' toujours de son temps,, quoi ' • qu'on; veuille. C'est triste 'à- constater,, mais, dans cet immense clavier de: noms qui: sera* au répertoire artistique du siècle, nous serons les cousins dû baudet Jean Rameau. Et de même qu'on recueillit pieusementles minuscules sottises des derniers de la Renaissance ët : du Grand^ Siècle pouf en former le trésor et l'anthologie dé la ^littérature française^ de même on
ramassera nos obscurités, nos niaiseries, les - rébus de ': nos symbolos et de nos décadents pour les déchiffrer à la loupe, les montrer comme les curieux échantillons d'une époque.
Vous pouvez dormir en paix, mes frères; bous aussi ' nous serons les classiques; .. :
On trouve de tout , dans lès vieux auteurs, et les apôtres de la repopulation à outrance deyraient bien s instruire chez le bonhomme Socrate,qui ne passa jamais pour un mauvais citoyen*
« Ils proportionneront à leurs biens le nombre de leurs enfants, pour éviter les incommodités de la pauvreté où de la guerre- »
Quand on vous dit que le suffrage universel fut une invention de sacripants et d'imbéciles : . .
■— Il ne faut donner aux foules, crie ■. llévêque Synésius, qu un enseignement proportionnel à leur intelligence bornée. ■ ' .
Varron :
— Il est besoin que le peuple ignore beaucoup de choses vraies et en croie beaucoup de fausses.
Joseph de Maistre :
— La foulé comprend ces dogmes, donc ils sont faux; elle les aime, donc ils sont mauvais, , -
■ Gabriel Naudé: '
m — Les plus belles parties de la -populace sont d'être inconstante et variable, approuver et improuver quelque chose en même temps, courir toujours d'un contraire à 1 autre, croire de léger, se mutiner prompte- ' ment, toujours gronder et murmurer; bref tout ce " qu elle pense n'est que .vanité, tout. ce qu'elle dit. est faux et absurde, ce qu'elle . approuve mauvais, ce qu elle loue infâme, et tout ce qu'elle fait et entreprend n'est que pure folie 1 Chamfort: . .
— Il y a à parier que toute idée publique, toute convention reçue est une sottise: car elle a plu au grand nombre.
On en citerait quarante encore ; mais cette vieille commère de Montaigne les résume. : ■ '
— Démétrius disait plaisamment de" la voix du peuple quil ne faisait pas plus, de recepte de celle qui lui
sortait par en hault qûé de celle qui. lui sortait par en ;
bas„ : . .'..'*.-■. * ' " ■ ■ ■. - ■ - ■ ■ 6 • -. .
. Toujours nous regrettons le passé'; c'est l'âge- d'or. ' des.peuples -et l'aube ensoleillée .ides . êtres; et tou- . jours aussi nous souhaitons' de vieillir pour retrouver dans, le futur 1 -ce passé d'idéal et ses 'simulacres de 1 ;, bonheur .— comme " s'il était possible d'éprouver .deux ■fois les mêmfes ravissements- ou les mêmes peines. ". Avec cela il est des jours où Ton est meilleur et plus . grand que soi; dés jours où Ton s'accoude à. sa table ainsi qu'on se pencherait à quelque balustrade de faîte pour, regarder la. vie ; et là vie apparaît comme un immense vide que nous cherchons à combler de notre agitation puérile; Malgré les occupations,- les distractions '" * " * **" * J ~^ *
v des heures
retombe, où. r ,
qu'il est enfantin de se créer un but d art ou de science^ d'amitié ou d'amour, encore plus de dévoue- . ment social. — Toute philosophie aboutit. â des maximes; Taffection n'est que faiblesse; la science n'est qu'une forme" dé" ia curiosité ;. et toujours l'inassouvisseîneht. '— Que reste-t-il alors'?— Se; résigner,:s;eii.remettre aux guides bienveillants qui nous conduis;-' rent par les voies d'espérance, et nous firent traverser nos années de la terre en nous leurrant d'avenir. =— ' D'aiïïeurs,on finit pair, croire à la f atàlité,à tout l'inexorable de lois inconnues. . Qu'on s'agite ou qu'on rêve, -' qu'on se défende ou * qu'on s'abandonne, les choses n'arrivent qu'à leur jouxta la. minuté qui est leur mi- ' nute, dans là succession des temps,.
* Cesse donc de 1 te révolter,. mon orgueil,. et pardonne aux autres comme tuté pardonnais à toi-même; nous ne sommés sûrs de rien et pas même de la douleur;, à bien réfléchir, il n'est pas un instant que nous: voudrioris recommencer; et le grand charme, de la vie, .peut-être, ■ — pour ceux" qui peuvent vivre — c est en-
. coire d'être inutile. ■
'" ':Chàîoes Merkï.-
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