CAMILLE AUX YEUX TRISTES
' .Camille aux yeux' tristes,' ô triste- Camille, ... . Pourquoi donc pleurer; pourquoi pleurer r ainsi r» . , Pleures-tu- les ffeurs que faûclie la. faucille . • '. ■ Du vieux moissonneur, sans trêve ni merci?
Ma" chère, tés yeux ont les- funèbres charmes DWlac envahi par la flore des eaux, £t j V vois, hélas I douce Dame^des-Larmes, . .
Bién : des cœurs pendus aux /flexibles roseaux.
Camille aux: yeux, tristes sanglota plus fort-". ' Elle sanglota plus fort et dit : -, /
: : « Ma robe de printemps s'est lacérée aux épines . ' * inaifaïsantes des rosiers, et maintenant me voici '- nue et sans égide sous ï ? âpre soleil d'été.:-
« Sur le chemin de Joie — chemin de Douleur — ■■ ou fallais naïve et frêle en contemplant les lumineuses paraboles des ciels bénéfiques, en écoutant les matutinales alouettes et les rossignolets
de nuit, de malignes mains semèrent les orties et les ronces et creusèrent d'imprévus précipices. ;
« Sur le chemin de Joie — chemin de Douleur ~ où je cueillais pour m'en faire un sceptre les grands lys impérieux, j'ai rencontré d'audacieux soudards qui brisèrent ma couronne, me dépouillèrent de mes joyaux et me battirent"' de verges violemment; j'ai rencontré de jeunes pages aux yeux de clairs miroirs qui, après s'être prosternés" avec des gestes de lévites devant mon illusoire beauté, Font tournée en dérision; j'ai rencontré— oh! j'ai surtout rencontré— de fiers cavaliers qui ■ jurèrent sur la Croix de leur.épëe de m'empôrter . pour la vie au galop de leur mpnture, et qui pourtant m'abandonnèrent sans remords après quelque hasardeuse chevauchée.
« Par ainsi, j'ai connu la Brutalité, PHypocrisïe, la Trahison ; et maintenant me voici hue et sans égide sous l'âpre soleil d'été !
« Aux sept carrefours de la route, j'ai vu sept Tavernes dont les portes de fer étaient marquées de sceaux qui en condamnaient l'approche. Pourtant, de lassitude et.de désespoir, j '.ai franchi les seuils défendus.
« Je suis entrée* je me suis attablée, et, pour calmer ma fièvre, à grands flots j'ai bu des vins noirs et capiteux.
«: Mais tandis que je buvais ces breuvages d'enfer, d'épouvantables ■ chauves-souris, surgies de l'ombre complice, vinrent frôler mon visage, et les outres tombées de mes mains se tarirent ayant que fut ma soif apaisée !.
« Je sortis en hoquetant de dégoût, et. maintenant me voici nue et sans égide sous l'âpre soleil d'été, car je suis la Veuve, l'inconsolable^ l'éternelle Vèûve de mon Rêve aboli I »
Ayant dit, Camille aux yeux tristes regarda longuement le dur chemin qui poudroyait à l'infini parmi des sites engourdis en l'horreur d'une séculaire malédiction.
Les rais obliques d'un fauve soleil léchaient les blanches, corolles si férocement qu'elles saignaient et panteiaiéntsous ces meurtrissantes ça-
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resses; les arbrèa déchevelés gémissaient en sour- . dine de funèbres litanies,tandis que surlesbautès . collines d'ocre^ où flamboyaient les torches crépusculaires, passaient, passaient interminable- , ment dé grands sarcophages d'or emmi.les ban* ■ nières de deuil effiloquées et tordues par lèvent
• du soir. - •■•.",.■ ■* : . ; ■ ■ ' - V '
Au pied d'un vieux sycomore, doiit la ramée, dépouillée s'enlevait en gestes d'épouvante, une
. '■ flaque marécageuse, reflétait un quartier de ciel
écarlate virgule, d'un envpr.de corbeaux. ... Et cette plaque sanglante .et clignotante . semblait l'Ame du Paysage.