‹ Mercure de France, tome 4Chapitre 28 sur 140 · CAMILLE AUX YEUX MORTS · texte numérisé non relu

CAMILLE AUX YEUX MORTS

Camille aux yeux morts, ô Camille fanée, . Pourquoi donc prier, pourquoi prier encor,- Puisque la îjïaiiiqui mène, ta Destinée - D.éjà tend vers toi les trois Couronnes dor.

" Ma ehèré, tes yeux ont la douceur étrange ' D'un ciel blanc privé des. gloires du Soleil, ■ Maïs qu'un frisselis de palme ou d ailes d'ange Fait pourtant vibrer d'un éclat sans pareil. ■

Dans la Forêt d'Hiver, Camille aux yeux morts, / la. résignée Camille se prosterna pour les costumières oraisons. . x • ; . De par la tyrannie des Ténèbres maîtresses de ses yeux, elle vivait depuis des ans isolée de la • - Vie qui - déferlait- autour d'elle sans plus Témou-, voir, ni l'a blesser, ni la souiller; elle vivait parmi " les rédemptrices fleurs du silence, et les plaies d'autrefois s'étaient refermées. . i

Camille aux yeux, morts se prosterna pour les Goutumières oraisons: Elle traîna ses genoux stigmatisés sur là terre durcie par le gel, éleva ses mains jointes etpria longuement etfervémment. Quelles essentielles paroles furent -proférées ! O miracle ! Voici qu'une, merveilleuse rosée tomba sur les yeux de Camille et que se déchira le

rideau de nuit.

La grande Forêt d'Hiver parée comme une fiancée, la grande- Foret d'Hiver aux robes de

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5 W ^JW* de ê lvre e * de glace, la grande *oret d Hiver frissonna toute dans un bain d'oiides lumineuses, les cimes des arbres projetées jus^ qu au firmament se courbèrent et s'enlacèrent en arceaux, les troncs polis furent;comme - des fûts de colonnes marmoréennes.

Des Voix surnaturelles clamèrent par l'espace, et Camille aux yeux ressuscites -reconnut le lemple de Gloire, la miraculaire cité jadis entrevue en la jeune Aurore frangée d'orfroi d'or et a argent. . ;

Un tourbillon d'harmonies la souleva du sol les voûtes du Temple crevèrent autour d'elle et' palpitante d'ineffables espoirs, évanouie presque^ de béatitude, elle contempla enfin la Face Divine quifulgurait dans u n ruissellement de glaives nus

Quand elle se releva dans la Forêt ^Hiver que secouaient de hurlantes rafales, CamiUe aux yeux morts n'était plus la douloureuse : Camille, Car pour cette minute d'Extase, pour ce fugace —mais intégral — ravissement de son Ame par l'Absolu elle entrait, pour jusqu'à la consommation dés siècles, ep. communion avec. l'Infini .

Et après avoir rêvé, après avoir pleuré, : après

avoir prie, elle chanta. : .

Jean Court/

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■ JANVIER 1893 ; to

PAOES QUIÈTES .

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