‹ Mercure de France, tome 4Chapitre 30 sur 140 · IV. — L'ENCENS · texte numérisé non relu

IV. — L'ENCENS

Sa. virginité connut l'étonnement d'avoir ad^ mis en soi un voyageur complètement inconnu

ri W f * $ faç °? s amicales d « insinuer qSS raient l'impertinence, des gestes spécieux et aplomb déconcertant de cls gens P Svent leurs forces, mesurent au juste leî conSqutnces :

d'un coup d'audace. Hyacinthe se demandait comment, elle avait pu précédemment proférer tant d'insanités et en écouter relatives aux délires spirituels; Comme tout était, devenu clair ! Des lumières rayonnaient soûs ses paupières closes, et son intellect, libéré des doutes, planait, comme . . un oiseau d'aurore dans une atmosphère d'une . limpidité éblouissante, ÈUe comprit que toutes lés vérités,- même les plus immémoriales, convergeaient vers un point central de sa chair et que ses; muqueuses, par un ineffable mystère, renfermaient dans leurs plis osbcurs toutes les richesses dé l'infini . Pendant une. seconde presque séculaire elle fut convaincue qiie sa propre es- : sence avait .absorbé et détenait à jamais Tes- r sencè des tout ; c'était iine possession et une joie si démesurées qu'elle s'évanouît : à son réveil, elle né sentit, plus .rien qu'une grande lassitude - . ' et l'insupportable effarement d'avoir été dupée. . Néanmoins elle se sépara.saps rancune du chimérique voyageur, et même, lui voua une certaine . amitié comme à un compagnon de grandes aventures, encore que fallacieuses;

Moi qui; l'aimais hautement, voulais opérer en : elle la transposition au mode mineur de mes personnelles et volontaires illusions, je fus pénible- . ment impressionné, car elle n'avait rien manifesté, sinon dé là surprise. Après commet avant, elle se montra pareille, aussi triste de vivre si "peu, . mais d'une tristesse différente, où la déception remplaçait l'ignorance.. . .

Je; la questionnai, mais là Sensation était si ' loin, déjà, et si confuse, qu'elle répondit, avec cette franche simplicité contenue entré la noblesse de nos esprits : . ' : \'" . '

<< Ce n'est pas bien supérieur à manger une .

•\ pêche. »■''.'.'■ "■ '"■■.. ■" '"

Comme le plaisir sexuel, hors les organismes de brutes, n'est que l'écho et la redondance du pïai- . sir cLonné, ma joie diminua jlisqu'à rien, jusqu'au rafraîchissement d'occasion, éri une promenade, .

fJ?Jf -T\ ^ P?°d au-dessus du mur et 1 fcf dC la lé S^ ité . d'une telle défloration Elle avoua cependant tout ce qui était vrai - îe

identimS, i î?î Pa - la ré P éti tioù de sensations frS^OSSS" " fortifia . et *** —

touTourS-'e?^^ 11 ^ Û faidrait la d ^e y le Su? ' m01nS ^Kastaflt n'estqu'un

— «Alors, plus! ^

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. comme une humiliation dWoir été £ureu?n ar

W S m euT S Tou s e k Ce - S SeCO,1SSeS ^-ut TécS saires , eues nous devinrent une habitude et hmte

: pensâmes plus guère en dehoÏT momeS ■^n^SS n ° U - S 7", VÏ ons mis de la Poésie en vain et

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Destinée par la pâleur de sa nature à dé perpé-

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tuelles déceptions, elle n'en souffrait qu'un in$-. tant, se résignait. Je, pouvais la comprendre* moi y que des folies ieurraiënt sans repos r à qui les réalités extérieures, céréhralement exagérées d'avancé, échappaient toujours quand j'avançais la main vers e la cueUlaison- du rêve».

Motif de désolation, oui, mais valable seulement pour des enfants; pourtant de telles^ faillites, souvent répétées., finissent par détruire la native confiance de. l'être. en la vie, — et bientôt l'on n'avance même plus la main, sûr de ne rame- : ner vers soi que le vïde r Au rebours de ce qui. est crù^c'estlà une acquisition plutôt qu'une perte; arrivé à cet état mental, l'homme a compris Tinuti-. lité absolue du mouvement, il se confine en lui- . même, se trouve enfin apte à l'existence sérieuse et vraiç. Il né s'intéresse plus qu'à lia seule peu- : sée, ses relations avec le monde sont- réduites au nécessaire strict, à l'entretien urgent dû substratum matériel,. et toutes les questions qui agitent . les peuples* émeuvent les. individus, acquièrent . immédiatement l'importance du fétu qui révolutionne une fourmilière. .

Hyacinthe était, apte à recevoir ces idées : elle les accepta, et, mésestimant tout le reste, nous . .nous occupâmes. de nous-mêmes et de l'infini.

Nous-mêmes, c'était Tamour. Spirituellement, nous ne pouvions nous atteindre qu'en Dieu,, après avoir gravi la montagne mystique,et là, souffrir la crucifixion sur la croix de l'éternel Jésus : c'est ce' qtie j'avais promis à Hyacinthe et c'est eê qu'elle croyait vouloir.

Physiquement, tous les grains de l'encens profane Savaient pas été brûlés. Je ne voulus pas cpndamnër celle qui m'était confiée à l'ignorance éternelle d'un art si généralement estimé, et r tout en souhaitant qu'ils lui répugnassent, je lui en dé- . voilai les éléments les plus secrets.

. La. curiosité la soutint dans cette épreuve, et nous épuisâmes avec méthode tous lès articles de

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l'évangile gnostique, sans que notre santé eût notablement fléchi.

— « Exceptionnelles voluptés, me dit-elle un jour, soit, mais tout cela revient- au même et l'équivalence des moyens est certaine puisque le but atteint est toujours identique. De plus? l'exceptionnel qui se répète ne diffère pas du banal et enhn les recommencements du fini, Vest-à-dîre du rien, ne peuvent jamais donner au total que néant. Je suis lasse et triplement dupée, je suis sans espoir ! Pourquoi m'as-tu traînée dans la honte des péchés abominables?

— « Pour que tu sois bien vraiment sans espoir charnel, pour que tu connaisses l'humiliation devoir un sexe insatiable et menteur.

— .« Si nous continuons, je te. mépriserai.

— « Hyacinthe, ton corps adorable me fait horreur.

— « Damasé, tes lèvres perverses me font mal aux yeux, quand je les regardé, — après !

— « Ton profil est toujours ma joie.

— « Damase, te souviens-tu que nos âmes se visitèrent, — aux matines de nôtre amour ?

— << Oui et tu étais pure, — comme le; silence!.

— « Kends-la moi, ma primordiale pureté.

— «La confession est lustrale, Hyacinthe. Ne viens-tu pas de dire ta honte? — Elle n'est-plus.»

Une Voix. — Hosiemque nosirùm comprime

.Ne potluantur corporal ,■'.'.

— « Le Verbe est répandu dans l'aïr et Pair

* P*, ols > secondense en paroles.La pensée des invisibles gardiens est toujours présente autour de npus et la circonvolution de leurs ailes nous protège charitablement. Ils savent nos volontés et les réalisent quand elles ; ne contredisent pas les normes Leur pouvoir, c'est . la métaphore de tendre la main, et la voix est souvent la. grande auxiliatrice : ils se font^ntendre s'il le faut. Que 1 ennemi donc soit absent du cercle de notre communauté et qu'à nos corps la souillure soit épar-

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$n ^ e 2 <~ dàns ravei ^ ir v dans le présent et dans le

^"A?*-^? *î P assé! dit. Hyacinthe. Q»e ce ■■"'■ qui fut faitlsoit défait! Pourtant, je voudrais -! me^ souvenir. Je voudrais garder lamémoire des . . ^sÇnte °* tu pénétras dans ma chair pour la rfo- "fe^ ? T yame ' "^ ^mineuse — 'de ma sen-

3n ™ Ç ^ em?ï1 ^ 9 1 * enfili > sl J e suis fantôme un peu moins je le dois à dès insistances corporelles, et cela -compte, même. péché. Et qu'elle, me dure, aussi, la mémoire de tottinconscienceet de tous, nos gestes d'amour et surtout de l'abahdonpremier si peureux, avec ses yeux, baissés et sa s; gauche manière de se défendre Contre la j oie de connaître, la une de la pomme amère croquée à

î^z C Xvf$ eS eû J ant s,- et quand c'estmangé, ;c est fini ! Et, tiens, duperie ou non, jeit'aime ! %

■■ ^-f tqU f C"- ? C 1 ° ute mes soupirs, ô sirè, mes soupers ont brisé la viole aux sept cordes mais j en ierai sept autres avec mes sept désirs

Ecoute mes paroles, Ô folle, tes paroles ont brisé les cordes de mon cœur, mais j'en! ferai sept

.. autres avec tes sept soupirs. ..■„'•

. — « Tù me réjouis, Hyacinthe; plus q ue le par-

■ tum des sept roses, qui sont les sept voluptés -les

• roses sont -mortes, .mais tù vis, toi, — ô mon amour ! Oui, comme tu l'as dit- : Tout entière' Et pourquoi nous fâcher contre les défaillances duréel- et ne pas nous plaire même à l'absurde qui nous trompe, si c'est par des caresses? Nous savons que la. sensation, ne donné rien : amusbnsnous pourtant à-cëfien,— qui est tout dans le mo-

. ment ou il surgit en nos imaginations, et restons' iranchement contradictoires, afin de pouvoir sou^ nre de nous-mêmes aux occasions tragiques:

.-- « Duperie ou non, j e : t'aime, répéta Hyacinthe. Et toi aussi, n'est-ce pas? Alors, soyons ! 1 nn Pour 1 autre une agréable odeur.» .

, tille me baisa .sur la bouché et nous nous exaltâmes de la meilleure foi du monde.

• (A suivre.)- Remède Gourmont.

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