‹ Mercure de France, tome 4Chapitre 29 sur 140 · RÉMINISCENCES · texte numérisé non relu

RÉMINISCENCES

: « Regarde.», fit l'ancien des temples en indiquant l'horizon.

Le vent avait balayé les nuages des quatre re- ^gions, et le soleil se retirait gravement. La sil- - % houette maigre du voyant se découpait en lignes livides et. les rayons illuminaient ses cheveux incultes, touffus comme ian nid d'oiseau. Son bras dirigé yers l'ouest était rigide ; le youloif des Dieux était en lui.

Il répéta:

« Regarde.:» ■'. .

Et, obéissant, je tendis mon attention ver^ le.

couchant,. - ;." "■•;. ,' .

«Tu le vois, Samas Té.clatânt, le Dieu clair qui se dresse, passe et décline. Qui te dira la fin de sa course,^ et, parmi les mortels, qui la sait? Qui a connu lés secrets du père des vivants?

« .Lorsque j'étais jeûne et parfait en force, que ■ là science- " de Nahou . m'eut" révélé tous les my s-. tères, -j'ai- tenté de suivre Samas: en sàrourse. Je marchais, et au crépuscule je m'étendais sur le sable et dormais^ la face tournée vers l'occident. A l'aube, je reprenais mon chemin: .

« Le septième jour, des nomades me frappèrent et voulurent m'entraîner comme esclave. Quand je leur eus parïé^ ils craignirent le son de ma voix et disparurent, entraînés par le galop de leurs ■V chevaux. Un lion vint à moi snr les bords du Ha- . bour et me rugit des mots en une langue ïnconnueT d'un geste furieux je le congédiai^ et, dans les ténèbres, sa femelle grondait en tremblant.

6a MERCVRE DE FRANCE

.« Jai traversé le. désert dans son étendue, sans vêtements et sans nourriture, sans m'apercevoir de la faim et de la soif. Ma langue était gonflée et mes tendons saillaient; comme des cordes Des formes couraient en ricanant 5 des palais savaient dans les airs et croulaient avec un bruit de cymbales ; des liliths se mêlaient aux ekiiiis mauvais en des accouplements rouges. J'invoquais le Dieu brillant et me revoyais seul.

« Sur les bords dél'Arantou, desgens pleuraient Doumouzou lumque. « Il est parti >, criaient les hommes, et les femmes se déchiraient les joues, blêmes et gémissantes dans leurs robes de deuil; Les hiérodoules, avec des mouvements impudiques, se lamentaient sur la mort du fiancé, appe^ lant d'une voix aigre : « Seigneur ! Seigneur 1 » Je haussai les épaules' et passai. ^

« Je parvins aux bords de la grande mer, où Samas s'engloutit le soir, mè laissant vide et désolé. Il s'en fut dans l'abîme et je . n'ai pu le réjoindre. Il s'en fut dans labînie et refusa de m'expliquer le verbe de sa course, le verbe du -pays dont lui seul est revenu, ». -

Le voyant se prosterna trois Ibis vers le Dieu, etd un gosier" âpre, entonna l'hymne au soleil couchant :

« Samas, dans le cœur du monde à ton coucher

« Que la porte du ciel te reçoive, ■ ■. ■ .

« Que sa barrière te salue en paix,

« Que le, messager d'amour te dirige,

« Que l'épouse bien ornée accoure à ton* devant

« Que le repos repose ta chair, ' ■

« Va la route fixée par ton jugement,

« Guerrier, héros, soleil, glorifie-toi !■' » ,'"

Le vieillard partit sans plus me dire, et, dans la nuit pesante, je contemplais le divin Sin entraînant l'armée des étoiles, et sa fille Dilbat, l'allumeuse d'hommes. Pris d'une langueur suave, je laissais- planer mon. silence dans la lumière amie de l'astre, sur le reflet adamantin qui . étincelait dans les replis miroitants du Housour,

JANVIER i89*, 6 3 !

. La ville s'endormait En haut de la ziggourrat, une fiamme monta qui déteignît aussitôt. Un en perça l'espace^ et, très loin, des chœurs d'eunuques se répondirent. Près de moi l'obscurité parla, chuchotant des malédictions sacrilèges ; .

' «: Honte à Ninoua, la cité chérie d'Istar, qui. t se vautre au lit des sars ivrognes et des vaillants. Le vaisseau de. ses trimes déborde, et son cœur, tanné par .le péché, né perçoit plus le remords. Elle a pillé lës.temples sacrés de la porte du Dieu; elle .â saccagé Babiloxi, l'ancêtre sainte. Son bon sens eçt couvert d'une taie, tellement qu'elle raé^ . prise la colère d'Anou. ;

<< Les jours approchent où ton four crèvera, Ninoua la prostituée, où les voyageurs cracheront sur ta nudité sanglante, et la grande Istar .ne te ; couvrira plus de son manteau. Tu as bravé .les Dieux, Ninôua la folle. Honte à la fille qui mord le sein maternel. Tes maîtres furieux ont prononcé le verbe de ta mort. Encore un peu de temps à mâchonner là poussière des siècles, et la ruine s'abattra sur toi, comme un aigle roux, y>

Je levai .'les mains pour çotijuter Panathème ; . je murmurai le. nom mystique des cieûx, delà, terre et l'obscurité se tut. Un grand froid traversa mes reins ; , je tombai la face contre le sol, et de ma terreur la prière craintive monta ;

« Maîtressepitoyable, souveraine du tout, Istâr,

. dame élevée, moi, ton. esclave, plein de soupirs,

je Rappelle. Je sanglote comme les tourterelles;

je suis rassasié de soucis. Tourne vers moi ton vi-

■ '. isage.1 : "--. ■'■" ./*'•.'■ ,.'•■■ ■ - ■ ■- '■ ' .

« O toi, par qui s'élève là jeune verdure, mère Istar, depuis les jours de mon enfance je suis lié au. malheur. Je me suis nourri de mon chagrin; mes larmes furent ma boisson; jamais mon souffle ne fut joyeux. Donne-moi pour sommeiller : un lit de calme ; purifie-moi ; que ton cœur s'adoucisse. « Que de mes pieds, de ma main, de ma poitrine, mes peines s'envolent jusqu'à toi ! quêta bonté me soulage, coïnmëuiie mère console le fils.

qu'elle a enfanté I que le Dieu inconnu, que la Déesse inconnue éteignent leur colère et me pardonnent ! 2>

Je me levai, et 5 sans oser tourner la tête, je descendis à grands pas, le poil hérissé, le versant de la colline qui sinclinait vers le chemin iTArbaiL

: Raoul Minôar.

JANVIER 1893 . 6s

LA URENT TA ILHA DE

îf éclat mystérieux des roses et du sang*

Grâce à une fortune qu<ç je regrettais jusqu'alors et qui me semble aujourd'hui évidemment providentielle, je ne connais .M. Laurent Tailhade quepar ses livres et . je n'eus jamais Theur d'ouïr, autrement que colligées par M. Jules Huret, ses âpres et sardoniques conversations. Il m'advint bien de l'entrevoir d'assez, loin, , r quelques jours avant lin banquet désormais historique où, pour quelques quarts d'heure, les poètes et les-v artistes les plus dissemblables par l'âge et letalènt,auxquels s'étaient joints des notabilités parlementairés,des critiques et même plusieurs membres du Jockey-Club, conspirèrent à saluer . Jean Moréas prince de la Jeunesse et à illustrer ses épaules d'une pourpre que plus tard presque tous prétendirent, à tort sans doute,usurpée et dérisoire. Malgré la .correction parfaitement . moderne de son costume, M. Laurent Tailhade m ? apparnt ainsi qu'un chevalier de Malte, et, selon les jeux divers de-la.lumière et de. l'ombre, je le vis tour à tour sous là robe et le manteau noir ou dans la cotte d'armes rouge étoilée, sur le côté gauche de la. croix blanche à huit pointes : c'était le seul appareil qui convînt nécessairement à sa physionomie sacerdotale, et militaire, ou la lèvre par instants crispée. décelait plus d'amertume, et dé. désillusions que de mansuétude et de charité. A part cette impression très brève, . mais très impérieuse, je crois tout à fait sauve l'intégrité de ma conscience esthétique, et que je pourrai . parler, dé Vitraux (1) avec autant de sang-froid que s'il s'agissait de V Iliade ou du Ramayana; et à part M, Edmond de Goncoûrt les écrivains de Fan 1891 ne sont point suspects de complaisances ni de griefs : particuliers envers Homère et Valmiki; ;

Pour éviter à ceux qui seraient d'un autre avis le désagrément de lire plus outre, il semble honnête de

(1) Vitïlaûx. Quinze poèmes extraits de. Sxtb. Champ d'Or (Léon Vânier). ..■■"-■

66 MERCVKE DE FRANCE

déclarer, dès l'abord et sans ambages,' que parmi les poètes qui s'épanouirent depuis dix ans, M. Laurent Tailhade est l'un des plus parfaits et des plus origï- "". nàux. On admet assez couramment, au point que ce soit presque parole évangélïque, que la moins douée des brutes peut, avec quelque application, apprendre en trois mois à faire dé beaux vers^ selon la formule dite parnassienne. Que de pareils axiomes soient reçus sans inventaire et avec une joie orgueilleuse par la tourbe des chroniqueurs, qui insinuent ainsi ïné- . priser les Camènes comme de simples filles de carre^ four vraiment trop dociles et avilies, il serait malséant de s'en étonner. Mais des esprits plus judicieux commettent depuis quelques, années la mêmeméprise. Sous prétexte que certains gorilles assez adroits imitèrent avec une sorte de succès les procédés apparents, de Leconté de Lisle, par exemple, ou de J.-M. de Hérédia, on déclare volontiers le prototype égal à sa déformation grossière, c'est-à-dire à moùis que rien, et on laisse entendre que les- mauvaises rimes r , les fautes de français et le manque de tenue sont le signe infaillible du génie. Corbière dut à cela d'être promu grand homme ,parce que, selon les besoins du moment,. il faisait de nuit un monosyllabe ou un dissyllabe ;ët pour quelques autres gentillesses, mais point du tout a cause de sa robuste ' truculence et de son extravagante fantaisie. Et dès lors d'autres gorilles Tout parodié non sans bonheur, comme les plus- tard venus des bandes simiesques grimacent maintenant selon le rhythme du vers libre, sans parvenir a déshonorer aux . yeux des juges de bonne foi les poètes excellents en leur genre qui inaugurèrent cette technique. Cette ma-, nière de digression n'était point inutile : il est bon de s'entendre sur les mots,et j aurais craint qu'aux oreilles de plusieurs parfait ne sonnât comme une injure. Dans Vitraux, M. Laurent Tailhade se montre pleinement maître de son vers : il s'est affranchi des quelques . entraves qui rembarrassaient un peu autrefois; on pouvait reprochera ses rhythmës quelque chose de .rigide et de figé, et ils ont acquis toute la souplesse et la fluidité désirable s.Cette volonté de briser le vers, évidente dans tout le volume, se /manifeste d'une manière tout à fait significative en deux poèmes repris ' au Jardin des RêvesiOrante{înnupta Virrgo)èt Funereï flores i. Voici pour le début de. cette dehière pièce les versions successives :

JAKVÎER "189a

Les citronniers frileux penchent leurs feuilles blêmes Et leurs parfums amers s'exhalent, lourds d'ennui-; Dans les jardjûos Ûeuris de pâles chrysanthèmes, . Pour la; dernière fols le hon soleil a IuL

" " . *' (Le Jardin, des .Rêves*} .

Les nostalgiques citronniers aux feuilles blêmes . , S'étiolent et leurs riarfams, avec ennui, \

Mentent dans le jardin peuplé" de chrysanthèmes, - Pour la dernière fois le soleil, tiède a lui.

■ , .' ' . {Vitraux.)

: Il se pourrait que les amateurs <T à P eu P ré ^ "trouvassent un tel travail de retouche patiente et sûre indigne d'un poète tjui se respêcte.J'y yoïs, au contraire, une conscience d'art que les maîtres de. jadis, ceux de. ^Antiquité et de la Renaissance, eussent considérée comme naturelle et élémentaire.

Aussi biea.M. Laurent ïailhade est-il de leur lignéé, plus que personne; et M. Alfred Vallette^ écrivait de lui, ici même, avec beaucoup de sagacité ;» Il est peut-être rtmîque poète vraiment: latin de notre

. époque. ■>» J'indiquerai tout à l'heure en quoi cette définition me paraît unpeu incomplète. Mais je né veux . retenir que ce qu'elle a de juste. Le poète de Vitraux, par la netteté des images, le sens du relief, la religion des beaux contours, semble, dans Tordre des rnétem- .psychoses, n'avoir jamais vécu au Moyen Age : son âme a dû s'endormir pour des siècles vers le temps de Sidoine Apollinaire et ne se révëiUer qu- avec les Qua-

. trocentistes italïens.EUe s'est complue surtout en ces différentes existences parmi les moins simples des. écrivains antiques : Théocrité et les Alexandrins de Tépoque dés Ptolémées, Catulle, Martial, Claudien, ■Rutilius, Numatianus lui furent chers, et, entre temps, eEe fréquenta avec Pétrone chez Quartillâ et chez Trïmalkhib, Tout au plus, si par Instant elle consèn-

■ tit à renaître avant les dieux, lia-t-elle commerce d'àrnitié avec les auteurs de proses latines, les plus extraordinaires stylistes qu'il y ait; eus et qui, dans leurs pieuses retraites, ignoraient souverainement toute la méprisable littérature de feuilleton qui avilissait autour d'eux les belles légendes populaires. Puis vinrent les hommes de la Pléiade, et Rabelais, et Théophile, et Tristan l'Hermite, et Saint-Arnaud, et aussi le subtil M. de Voiture; et d'avoir connu à travers les âges les .plus rares esprits, M- Laurent Tailhadë devint Tun

d'entre eux et put,avec une égale maîtrise,fouallier le Mufle et louer' les gemmes et les fleurs. Il est dans la tradition gréco-latine et répugne à l'hérésie de ceux qui prétendent concilier les rhapsodes de laHellas et la canaille médiévale des trouvères et des troubadours. C'est une^ entreprise aussi chimérique que la recherché de Hnrcocerf,et il faut pour la tenter l'imagination de Jean Moréas, peut-être plus marseillaise qu'attiqùe. De fait, M. Laurent Tailhadé avait seul droit au titre de véritable poète roman au sens où l'entend M . Charles Maurras; Mais son attitude est trop discrète peut-être pour qu'il consente à avoir des disciples, et la richesse de son vocabulaire est d'assez vieille date pour qu'il ne l'étalé pas avec la joie enfantine et maladroite d'un parvenu.Si par les habitudes àe composition et de langue M. Laurent Tailhadé est incontestablement de pure race française, il diffère de ses ascendants directs par une qualité d'esprit tout à fait étrangère à ceuxci : la joie de vivre est absente de sorf œuvre. Et ce n'est pas pour avoir aimé le décor chrétien qu'une grande tristesse lui est venue. Sans doute des saints flamboient aux verrières de ses poèmes,. et les paroles liturgiques et les parfums rituels se mêlent étrangement aux pierreries des lapidaires et aux monstres héraldiques des bestiaires. Mais il y là paganisme flagrant; et rien n'est plus blasphématoire pour les vrais croyants que de s'intéresser ainsi a tout l'extérieur du culte en oubliant un peu le drame de la Messe et l'incompréhensible effusion du sang divin dans le calice. C'est,en présence du catholicisme, une tendresse sacrilège, quelque chose comme de là pitié pour une noble fleur qui va mourir, et les religions s'affirment immortelles. Henri Heine disait des peintres religieux de la Renaissance qu'ils étaient aussi protestants que Luther : à sa manière, M. Laurent Tailhadé est aussi peu chrétien que Swinburne, et son orthodoxie eût paru médiocre à saint Bernard, qui réprouvait déjà la trop grande abondance de sculptures et d'ornements dans les églises de son temps, et y voyait plus de sollicitation au péché qu'aux pensées édifiantes. Il reste aux chrétiens, même hantés par la peur de l'enfer, Fespoir d'un paradis où l'éternité serait' douce. Mais à ce Latin le vent d'ironie et de désespoir qui souffle, du Nord a appris que le ciel était vide et que jamais l'homme, après la vallée des larmes, n'entrerait dans les. terres promises où rougissent- les bonnes.

grappes de la félicité. Il a été tordu, vous dis-je, par

les affres de toutes les douleurs. Maïs alors que d'autres . eussent gémi lâchement,U a été assez fier pour chanter et même pour rire, mais^de quel rire déchirant et haineux et en somme si légitime : ne faut-il pas que parfois les poètes punissent ceux-là qui rabaissent à. nos ■ % propres yeux la misère tragique d'être des hommes

parle ridicule, Tinélégariçe et la sottise ? Pour sous- * \ traire aux regards profanes l'inguérissable blessure/ . il s ? est vêtu d'étoffes somptueuses, pourpre sur pourpre; ilja surchargé son manteau de pierres précieuses et de riches prfrois, afin que Ton ne vît plus son cœur battre. Mais atout moment,dàns un vers qui demande ' le sommeil et le; silence, dans une épithète douloureuse, il arrivera qu'où: surprenne les défaillances, la lassitude et le découragement. Et n'est-il point autrement poignant que toutes les lamentations des élégiaqùes, avec ïes mornes paroles qui le terminent, ce très beau poème, Les Fleurs â'Ofihêlie :.,'"".■

Pleurs. sur fleur! fleurs d'été , fleurs 1 de printemps] fleurs "blêmes ' De, novembre épanchant la rancœur des adieux ,, ' Et, dans lès joncs tre'ssésy les fauves chrysanthèmes;

Les lotus réservés pour la table des dieux; '

Les. lis hautams,-parmi lés touffes: d'amarantes, Dressant avec. orgueil leurs thyxses ra.diéux;

. Les roses de Ho el aux pâleurs transparentes,

'Et puis a toutes- les fleurs éprises des tombeaux^- Violettes des morts, fougères odorantes,

Asphodèles, soleils héraldiques et beaux, . '

. Mandragores criant d'une voix surhumaine /

Au pied des gibets noirs que hantent les corbeaux/

';' ■ Fleurs sur fleur! Effeuillez-dés fleurs! que Ton promène ■ Des encensoirs fleuris, sur lé tertre où, là-bas, Dort Ophélie avec Rowena de Trémame.

Amour!" Amour! et. sur leurs fronts que tu- courbas '; Pais ruisseler la pourpre extatique des roses . ' ■ Pàreijle au sang- joyeux versé dans les combats.

Jadis elles chantaient, vierges aux blondeurs rosés, ■" ■Les amantes des jours £ui ne renaîtront" plus, Sous leurs habits tissus d'ors fins et d'argyroses. -. .

O lointaines- douceurs dès printemps révolus !.. Epanouissement auroral des Idées! * '■■ Porte, du ciel offerte aux lèvres: des- élus !

Xes vierges à présent, mortes ou possédées, ^

Sont loin! bien loin! L espoir est tombé de nos cœurs, Telles d'un arbre mort les branches émondées. .

Et l'Ombre > et les Regrets, •£ l'Oubli sont vainqueurs.

Ainsi le vers final tombe comme une irrévocable

nesse et d espérance. Rien ne resterait clé tout cela

aux ténèbres avares et prolonge au-delà du termes la mémoire de sa pensée : temps la.

L.e vin d^amour, Vor et le jade, . Et la gloire et la fleur du saule

Durent si peu ! Le vent maussade w hurles tombes grises 'miaule,

Mais 'les bonnes chansons demeurent ' ' ■ it clémentes sont les. tempêtes Aux saintes Roses qui ne meurent Jamais. sur le front des poètes:

iProperc's IsJan<fJ)

■M. Laurent Tailhade eut grandement raison dVta a j-vy^uxe a venir, il a trouvé 1<* <mA mA^n .*

■ . , . Pierre Quillârd. .

^&^mg$z9<*.

JANVIER 189a '•■■'•. 7«

UE FANTOME

.Thêovbus ij'Aktioche; L — PÔÉTAJL,

Aux matines de notre amour le ciel fut blanc et miséricordieux : les mamelles sidérales épandaiënt yers nos lèvres le, lait très-intègre du premier rafraîchissement, -" et vers nos yeux, les prunelles polaires, la grâce d'une lumière équivalente à la transparence de. nos désirs; :

Notre éveil avait étépar des cloches qui sonnaient délicieusement en nos têtes et nous appelaient hors de nous : elle sonnaient en nos têtes et audessus de la ville, comme, tous les jours, et cepen- . dànt nous né fûmes pas dupes de l'habitude des cloches crépusculaires. /Nos âmes obéissantes et joyeuses se rendirent aux irrévocables matines :

les corpèfrilèuxattendaÏÊnt encore encapuchonnés de sommeil, inquiets, mais . consolés au fond de leur chair par un espoir de réunion, et la solitude fut tolérable sous la grâce du ciel blanc et miséricordieux. ■ '','..- "-'M- ■

Verset. — Ta jeunesse s'est; levée d'entre ses sœurs et elle est venue à moi. Je ne te connais pas, ô sœur, et ton essence me fait peur. Et pour-

auoi^ viens-tu toute nue ? Le corps est la pudeur e l'âme : va te vêtir, car tu confonds mon innocence et tu excites en mon essence la concupiscence de l'amour pur. : . .

Répons. — Je veux baigner dans les eàûxfraîçhes .de la pensée,: ô sœur, la nudité de mon désir. Tu connaîtras mon essence si tu .m'admets en ta pro- .. fondeur. Laisse-moi. ; je tomberai comme j une pierre tranchante sur ton sein à jamais blessé, et . doûceinént j 'irai au fond . de toi et tu' saigneras si haut que les hautes feuilles en seront éclaboussées d*amour-

Verset. ^~ Pourquoi veux-tu faire saigner d'amour l'immatérialité. de ma paix? Ô sœur folle

7 a MERÇVRE DE FRANCE

et cruelle, je n'ai ni sein, ni sang, et tu n'as ni ^anchantn^pesanteur. Nous sommes plus intou-

S b eHue 5w C l° iseaU dan , s rair'etjiï, myisiDies que 1 odeur des roses. Je veux bien

t aimer, o sœur folle, mais va te vêtir, que je te

M épons.— Mais tu es nue, pauvre âme aussi essentiellement nue qne moi-^ême, eT ton Tn'S que métaphore. Si jj revêts mon co'rï, que feraï mef e ve a uxV° rPS ' etdeqUCls * CUX ^te'nîpTeraïtu

• Antiphone. — L'essence est essentielle. ** U

de Tessence.

se

Cantique ~ Nous mettrons les sept roses aux pt clefs de la viole et I'arc-en-ciel sera les eordes

mourînS Ta^T' Ô C<EUr ' > e Sûis odïraSe ef mourante, la mort des roses en est la cause

et pSe?*^ ^"f ' Ô "^ >* amoureux et neureux, j ai peur de ton bonheur, ô fleur '

Écoute mes soupirs, ô sire, mes soupirs ont brisé la viole aux sept cordes, mais j'en ferai sep?autre1 avec mes sept désirs ■ P autres

brfséïfcr^^ 0165 ' Ô f ° Ue ' te ^ Paroles ont Dnse les cordes de mon cœur, mais i'en ferai senf

autoes avec tes sept soupirs J P

mortfsl e v^V S T j ° ie ' à r °i, les fleurs sont ' mortes, la viole est morte, tout meurt excénté toi

sontTo'Se-r n , Cie1 ' Ô belle ' Wt co^ s sont mortes de joie,^tout meurt excepté toi..

II. — LE PALAIS DES SYMBOLES La forme est la formalité de l'essence • noW

SCS F? *&&?*&£? S

Ce fM ?,hî P i US comm ™ e > nais non la seule

gisait pâlir d-ennui! iSS ?,%S&L£Z Mnndson blancs aheveaz et de^IrS "Sri-

tulaires éléctrisaient les membres ingrats et ceux qui ne l'étaient pas encore ; des gens qui avaient assassiné leur conscience portaient un signe, une tache sanguinolente à Tendrait du cœur ; d'autres ne portaient, aucun signe et cependant ils, n'avaient pas été moins courageux^ Cette impressiori nous fut pénible. Je dis à ma sœur :

— « Il leur reste la sa tisfactîon du devoir accompli et la joie de se redire en secret que la perle sociale est toujours une perle, même en l'obscurité de sa coquille close. Le plaisir ..d'être un scélérat peut se savourer jusque dans le silence.. .

— «.Non; ce n'est pas la même chose : les aines viles jouissent surtout de l'ostentation de leur vilenie. Il leur fautTestime à laquelle elles ont droit, le silence et l'obscurité les rend inconsolables. ;»

Quand ma sœur eut parlé, je la priai très sim~ plement de me dévoiler son nom.

« Je. suis p>ierré et fleur, je suis. dure et parfumée, je. suis transparente et charnue, je suis : rude et je suis douce, je. suis double et je suis une,: ai-je dit pierre ou fleur, en disant Hyacinthe? »

<< O gemmé de. senteur, ô floraison adamantine et je ne sais; quelle musique de paradis, dans les syllabes fraîches, une vplùpté si délicate, des yeux si fraternels où le baiser s'alahguirait au charme de boire un merveilleux éther !">--..'

Nous regardions les jeux de nos pareils, si dissemblables de nos rêvés, etsàns nous targuer de la fierté triste dés exilés nous éprouvâmes l'étonnement de.Taiitipatiiie. .

— - « Vous piaisez-voùs à vivre ? . ■

— - < Oh I. si peu! répondit-èlle, si peu que je ne sais si je vis vraiment. L'uniformité des jours me décourage comme une séquence de notes en l'accord majeur des félicités nulles. J'ai rêvé d'une blessure qui tombait sur moi d ? en haut, de très haut, et je remerciais la Douleur d'avoir pensé à mon cœur. Je fus touchée de ce choix accidentel^ ■mais je vois bien que je ne suis pas élue.

74 ■ ' MÊRCVRE DE FRANCE

m ZL* U yolontédn martyre est 3e martwe luimême, mais pourquoi de tek désirs ? joiiîEL de

vos songes et deyotrechair, e tsiq Ue lqnind1^e nom avec amour, ne Wvous^asVyeSe™* 6

Je .cmdrS ^p^^S^l

ZSSfégLS! réter * té * **~ de -

teckel «?i5? i ^ U ' est pas J àlouse ' elle '** protectrice et 1 abri de sa permanence est ouvert à

Scets bSSÎ Cat ^ C > St le palais des oboles • iï*5t w auxvanite ségoïstesdu geste-quotidien impitoyable aux . préventions Wfivés ™ vantail accueille aveà charité les £S£ Si ac pïat" v a ^.;; Es P ri i,^our. Êt^uSur ffi:

ceux nNÎî L* fe etaDgS d ? ne *»vinciMe stérilité : ceux qui ont dit non tombent là, et les fourmillèmentsde la putréfaction même eur sont dS ils deviennentlerien qu'Hs voulurent et les étante Sf 1 étemellem -t dans une invinSïîe

sonTles fleuï? ■ anS ' PaifllmS .* ?™ *«?» ! Où

— « Elles sont peintes sur les murs

— « biles sont mortes.

— « Elles sont vivantes,— comme des pensées'»

en H eïïe C1 DeWr m0bl ^ a sel °* ^ée S S* .

mu7 * ^pS^ n -î m ° rtes ! ? Ues soût P e ^tes sur le mur!... Parfois il m'a semblé d'être peinte sur un

Sné r è m e rd;r vivante pas I**'&£?£ÏÏE-

PasÏÏent ^P-P 3 ? 1 "* 8 aUSsi mort ? s *™ *><>i passaient passaient, — comme maintenant '

Comme toujours, n'est-ce pas ? Suis-ie Iratrê quune ^s ombres pâles de ceîte tapbîertfmSS?

^Te S rn°i eZ ^ *? *™> «i» vivote i •

seule, Hyacinthe, la seule entre vo& pareilles!

.rt

Vous né vivrez qu'en celui qui- vous aura fait souffrir, — - et cela ne, suffit pas toujours. G folle. plus primitive que les déesses abolies, quelle ambroisie de divinité croyez-vous donc avoir bue par la naïveté de vos yeux bleusl Et même lèDiyîn n> pu, vivre que par la souffrance et par la mort : il vint demander à la candeur barbare lé crucifiement de. ses chairs -élues et que son sang vierge, sous les verges, les. épines, les clous, jaillît comme au désert les eaux fraîches des rocïtes attendries.

— ^ Je veux : affermir Fombre que je suis, dit Hyacinthe, je veux me vérifier et je. veux m'êxalter.Oh I le m6yen' 1 qu' , îm[porte,lei5 ailes de velours de la Chimère oii le- dos rugueux du Dragon ? Mais, je veux, — quoi?

— « Âbandonne-tpi !;

■ " * — : « Oui ! Et pourtant je m'aime, — si rien ! " — << Tu es prédestinée; ,' " • -^-. « Ne fais pas violence à ma volonté- ^

ML—pïfpLICITË

Nous allâmes . vers l'arborescence des pilieis tordus dans la crypte* Eglise douce et discrète ou nous entendîmes les enfantiries.voix de la salutation, et les psalmodiements intérieurs de nos

•coeurs! -Il y avait de Tômbre et des fleurs, des cierges etde fenceris^ et ira grand silence, un silence d'adoration et de peur lorsque sous les plis du suaire marqué de la croix la. Victime se levait pour bénir.

~ '* ■— <x Damasé, me dit Hyacinthe, âgenouillezr vous et soyez .pénitent de mes fautes^ puisque je dois vous appartenir : ayez soin de mes fins dernières et qu'elles s'achèvent en conformité avec les lois de la rédemption, ;

— : <a . Hyacinthe, je vous chargerai sur mes épaules et je vous, déposerai aux pieds de la Miséricorde. *

— « Tu me Tas demandé,,—, je m'abandonne.

— :'.« Tout entière? .

— <l Esfccè. que je suis deux?

— « Il y a la chair et l'esprit.

~ \ ] * ne s - uis , ni chair nî es P"t, je suis femme et fantôme : je deviendrai ce qVe tu me S!

— « lu deviendras ce que tu es et tu fleuriras selon la grâce de tes bonnes volontés. QuTpuisje, sinon te cueillir et te faire sentir le prix Se la

KStï? T*"? ^ blessu »*? Vivre, cit en niant toute joie qui n'est que personnelle toute douleur égoïste : le stupre* d'ê?re S^t'de le plaire estïe troisième péché, mais, il contient les

ref2erS S iMn° fi at - "^ ~ ° UÎ: tu ™ ^L te refuser m a 1 infini, qui, en te créant, fa choisie

m au fini, qui, en f aimant, fa triée d'entre S

multitude dessins stérilek Sois iTfécondiS des

îflffiîSïïL* *". S ° Urires et ré Jouis-toi du supplice detee écrasée au pressoir, pour être bue

Le Chœur. — Procul recédant somma

Et noctium phantasmata !

— « Ecoute, la conjuration des voix prié pour la pureté de ton sommeil. Les mauvais LE s enfuient mécontents et honteux, leur laideur cachée sous des manteaux couleur de nuit et les phantasmes terrifiés retombent dans leurs ca vernes comme des fumées trop lourdes Endors

e«^ m ° n ép -f- Ule ' *»*"*« charmantfd'une" essence que j'ignore, dors et tu n'auras pas d. autres rêves que le rêve de rêver. P

— « Je dors.» ".

Page 1