‹ Mercure de France, tome 4Chapitre 32 sur 140 · THEATRE D'ART · texte numérisé non relu

THEATRE D'ART

• Programme : La Geste duïloy, traductions de" Stuakt Mebjs.iix, Adolphe Retté et Camille Mauclair ; Le Cantique des Cantiques, traduction et misé â la scène de P,-N. Roinarjp, adaptations musicales de M^ Flame^t de Labrély ; Le Concile féerique, de Jules Laforgue; Les Aveugles, de Maurice: Maeterlinck ; Theodat, de Remy de Gourmontv... Programme bien *". chargé, mais c'est de tradition au Théâtre çVÀrt ! Il nie ' semble avoir assisté- à une grand'm esse trop longue où 7 pourtant,- m'égaya. durant quelques:* inimités une boutade inconvenante" d'insolent et merveilleux poète. Je pairie du Concile f car ique^àe Jules Laforgue. Cette fantaisie mieux. qu'amusante, à qui manque rétendue dune œuvre dramatique, est. une page exquise d'iro-

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nique*cruellement rieur dont le désir ne fut pas d'écrire pour la scène. . * . ,

Stuart Merrill a traduit en vers sonores un fragment choisi de la Chanson de Roland ; Adolphe Rètté, qui s'est écarté du texte dans Berte au grand pie , a écrit des vers qui ont plus généralement été appréciés ; quant à ceux de Camille Mauclaîr, dans Fierabras, ils n'ont point étonné. — Les adaptations musicales de M"" 1 Flamen de Labrély pour le Cantique des 1 Cantiques sont d'une heureuse. simplicité, etPaulRoinard, dont la tentative profane nous inquiétait, a en belle prose rhythmée donné une impression juste du poème éternel de Salomon et fait preuve d'une grande . habileté de metteur en scène. La décoration, du meilleur effet, était dé sa composition et de sa main propre. Déplorons que le silence ait été troublé par les éternuements d'un public que nous ne croyions pas si raffiné et si difficile sur la qualité des parfuma; , peut-être avait-on oublié Raccorder les vaporisateurs. '

Je n'hésite pas à avouer que la représentation des Aveugles m'a péniblement déçu. A la lecture, ce drame apparaît supérieur à Y Intruse. Sur la scène,, c'est un évanouissement. J'en ai, je crois, trouvé la cause: L'élément dramatique qui existe dans Y Intruse n'existe

ou cinq personnages qui différemment. Dans les Aveugles, tous ont une même perception : c'est un chœur , non pas un scène: Qu'on n'accuse personne, et surtout pas les interprètes, dé . la non-réussite .de l'œuvre de Maeterlinck; C'est une belle œuvre qu'il ne faut pas laisser s'évader des pages du livre. ;

Tout vrai chef-d'œuvre est composé comme la Bible. Sous la lettre, qui, par un sens parallèle,, doit

l'harmonie, de la parité du sens exotérïque et du sens ésotérique, qui seront parfaits chacun en soi. Pour les Aveugles y dans le sens ésotérique (le symbole phi- . losophique), nous sentons une perfection, probable, et sijious n'en sommes pas absolument certains, c'est

que le sens exotérique est .incomplet, trouble, et, au lieu d'éclairer l'ésotérisme du drame j il le laisse dans une dêini^bscurité:oùnousrie découvrons une beauté que grâce à nôtre sens personnel d'artiste. Donc, les Aveugles ne sont pas un chefrd' œuvre.

Quoi qu'on dise, Maurice Maeterlinck n'âpas encore prouvé qu'il est un grand dramaturge. îl adressé sa . tente dans une presqu'île d'un monde où régnent le trouble, la terreur, Peftroi, et il s'attarde 14 tandis qu'un Shakespeare avait — quelques lustres avant lui ." ' . . . — exploré ce monde .du nord au sud et de Test àrouest. Je me tais sur Edgar Poe, puisqu'il ■ né fut pas un auteur dramatique. Dans Y Intruse, la conception, est .inférieure âFexécution ; dans les Aveugles^ la conception est supérieure à l'exécution. Cela permettrait de supposer qu'à une certaine Biâuteur la pensée chez Maeterlinck est en. péril ; il. nous donne ridée d'un homme qui veut monter très haut avec une échelle trop courte. Pour tout dire, l'instrument manque d'étendue. Tant que Maurice Maeterlinck s'entêtera dans remploi d'un procédé unique,. il y aura des choses qu'il, n'exprimera pas ou exprimera mal. V

ï/art du théâtre a été considéré* avec un tel -mépris . par les quatre, dernières générations d'écrivains, qu'aujourd'hui encore, dès . que l'on a la conception -d'une , " idée grandiose (je dirais magnifique si l'on n'avait tenté de spécialiser ce mot), oh s'empresse de l'amoindrir , sous le vêtement précaire qu'on lui prête. Il y a une tendance à mettre tout son art dans une. phrase qui fait le plus grand tort à Téclosion des chefs-d'œuvre. Refuser* délibérément ; à une idée le développement, Feténdùe qu'elle comporte, c'est faire profession dé dilettantisme. On établit ■ une maquette consciencieusement ouvrée j mais l'on se récusé pour l'érection en belle place publique du monumental palais exposé en réduction. .

Parlons de Théodatj par Remy de Gourmont, qui est l'auteur de Fuii des vingt ou trente bons romans ; écrits depuis. Flaubert. Là conception de ce drame, était originale et puissante. Un prêtre, du vni* siècle, élevé, à l'épiscopàt, doit renoncer à l'épouse par obéissance aux . conciles. Maximienne fuit, le monastère où elle devrait achever son âge, et$ dans la fidélité dé son "amour devenu, coupable malgré sa-: légitimité, elle vient troubler Thèodat dans son désir d'obéissance,, le tente, et, il succombe. Lesintehtions -

de Remy de Gourmont "apparaissent clairement pau* qui pénétre les secrets* de la genèse- d'une œuvre ; malheureusement, il n'a presque rien exprimé de ce qu'il avait à dire. Je devine que te drame existe dans . le renoncement à la chair, renoncement d'autant plus terrible que l'épouse obligatoirement délaissée a toutesles grâces de l'épouse fidèle,, qu'elle à en son pouvoir des armes légitimes forgées des mains mêmes de Théodat, qu'elle est le séduisant souvenir de plaisirs connus ; je devine toutes ces choses, qui font delà tentation de Théodat une tentation autrement humaine et douloureuse que celle . de Saint-Antoine; mais. Remy de Gourmont nous a montré seulement d'une façon explicite un prêtre tenté' par la chair ". qui, sous le masque de Maximienne;, arrive- et déploie ses moyens de séduction purement sataniques Maximienne" a le rire malm, l'attitude frivole, et il- -était . nécessaire, puisque Dieu .était acteur, qu'on vît .le Diable, mais ce n'était pas là tout le drame. Aussi la scène d exposition entre Théodat' et ses clercs, scène où le caractère un peu., sec de ce prélat. de temps encore barbares était éloquemment indiqué, ëst-elie ■ bien, supérieure à la scène de la. tentation et .de la chute ; le caractère de Maximienne est équivoque.

Lûgné-Poë est un acteur extrêmement intelligent, qui a rempli comme il convenait le rôle de Théodat, t et. si Mlle Georgette Camée a étonné par saL malice, c'est que tels étaient les désirs de T auteur. D'ailleurs, . Mlle Camée, que Te public • du Théâtre d'Art connaît - . bien, aime et admire, n T est* guère susceptible de se . tromper. Elle a été très, applaudie dans Berte au grand pic. Les poètes restent fous d'elle pour. sa supérieure diction du vers. Lugné-Poë, '.qui, par l'importance de son rôle, menait les Aveugles, aété'égal'ai. lui-même. Dans ce drame, la belle voix de M. Emile Raymond, a surtout impressionné, et dans le Cantique des Cantiques, toujours à cause de sa voix si puis- . saniment lexuée, il â remporté, un grand et juste succès." à côté de Mme Renée de Pontry, dont ràmoureux contralto était au diapason de ce poème d'amour ésotérique. Mme Suzanne. Gay a joué avec émotion la vieille des Aveugles, -et M. Fenoux, dhme belle; prestance, n'articule malheureusement pas très bien. Je m T excuse de ne pouvoir dire ûri mot sur chacun des artistes dont le concours a été précieux pour ce spectacle. Encours gements auxuns,félicitations aux autres : :

à Mlle Page^.un&jolie débutante, et à MM. R. Lagrange, H. D.uxtal, Baudouin, Château, Geo. Ragot, Donnet, A; Gïrault; A; Félix, qui a joué avec une admirable santé ,uri frère portier dajis Théodat et l'Echo du : Concile féerique t \

Julien . Leclekccl. w

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