DE UA RÏ 'MAGNIFIQUE
' *A. Anatole, France.'
Divers passants profèrent :
r~ «' Somme, toute, l'Art Magnifique .-est l'art superficiel- et byzantin du, métal rare et de la ' pierre. précieuse 1 » ■ •'. .. : ■
.C'est connaître injustement d'un art qui s'autorise de « la. splendeur du vrai » de Platon et de la « la beauté, c'est l'idée visible » de. Plotin
Dans l'Art Magnifique la forme est le rayonne-
S fe/ S - e « Ce - ; 1>Tb J e del,œu vre ; a ses racines dans lldée infinie^ et foncière, ses /fleurs et ses fruits ^closes et muns dans l'espace et le temns ' Tldéè ' n?amfestat ^ s formelles et finies, de.
^ Le Magnifique n'a pas pour office de- brasser des perles .ni telun habile înanouvrier, de doubler dune plaque d'or radieuse encore que ché- : tive un bois médiocre, mais. d'évoquer l'excel- ' .. lence captive au. sein du Mystère et de la réaliser, . :de. 1 accessibihser par son individuel et charitable talisman, au bénéfice de l'humanité;
Le diamant de nos èves banales n'est point le maténal indispensable; il est d'ignorées richesses . autrement fabuleuses que cette goutte de h>- miere. Tous les diamants de toutes les oreilles de:
tous les doigts, de toutes, les gorges, ne valent pas les larmes vendangées sûr les cils de l'Idée, larmes hélas pleuréës dans les. .ténèbres! et noxis devons pieusement violer les yeux légendaires ou revent ces merveilles plus enivrantes que les étoiles. ..'
Le magnificisme est, je le répète, l'art de la recherche de l'Absolu: l'être présenté à travers l'orchestration de ses phénomènes. . . '
C'est la symphonie des trouvailles. qui résout une œuvre « magnifique », ne continuelle pas une pépite d or ni un rais de soleil. ■■ ■ . ■
Qui cherche une base ouvrière à l'Art Magnifique la trouvera dans la Théorie des Cinq Sens!
b il n-est art parfait, du moins est-il art universel, étant latin par la sensation et germanique par 13 pensée»
Il serait oiseux de redire ici- mes pages sur là Beauté- Vérité, néanmoins j'y renvoie ceux qui me blâment de. négliger le Monde-où-nous-vi- '■ vons, pour que vite ils se persuadent dé leur tort. .
On le sait, nous considérons la Beauté comme la forme., de Dieu (les Idées çorporisées) et là Vente nous paraît cette Beauté soumise, dans, de" certaines conditions et sous un certain angle, aux sens et a l'esprit de l'homme. Une semblable Vérité figure une Beauté quelque' peu malheureuse, de par cet angle et ces conditions, dont l'Art a ■pour élémentaire passion d'écarter le voile triste. Cette tristesse métamorphosée en joie, voilà,pensons-nous, la mission filiale .du Poëte ;" il doit guérir la Beauté^ du pire, des maux, ce .« juste-mich U se Se m6Urt de P uis la naissance des
La Vérité que' professent les Magnifiques ne ' saurait se confondre avec celle exploitée par les opportunistes du goût courant, que nous désignerons sous le vocable de Modistes. La Vérité mo-
diste est superficielle,, la Vérité magnifique est essentielle ..Elle- n'est donc pas ce. caméléon grimé des us. et des lois éphémères, mais ce marbre immarcessible sculpté de, toute éternité : la- Vérité \ Originelle, toujours existante, que. toutefois il . faut dégager, couverte qu'elle est par les allùvions des douleurs successives à l'instar de cette antique v ville endormie sous la cendre pyramidale des "siècles éteints. . . '.
Les .Modistes, n'exprimant que «: l'accident >>, des marionnettes fugitives, 'conteiaporaïnes du seul moment, font "besogne inibécile et périssable; - . les. Magnifiques, exprimant l'être éternel,, c'est-àdire contemporain du toujours, feront œuvre sb- "■ lide. et pérennelle. Airain; qui reste,-. feuille qui : •"s'envoie! Arnôlphe, Alceste, Valère n'ont dutemps qù régna Molière cpie la perruque passagère^ leur relief caractéristique relève de l'entière humanité. En Célimène nous, reconnaissons la". - femme, qui tendit. le fruit coupable à' notre "jadis, de premier homme; Célimène a. vingt mille ans,, n'ayant que vingt . aps ; vingt mille. ans de jeunesse /Aussi bien ces synthèses, devrait-on les présenter sôus ce costume immuable, le seul. qui. convînt aux Idées, la nudité;
Que les Progressistes ne se hâtent point de nous attribuer ;iin esprit retardataire ■!'".
■ . Le progrès en Science et le progrès en' Art, cela faitdeux: la Science est. humaine^ l'Art est divin* Il appartient" à l'extrême vieillesse du- monde de'!'
-. voir,. sans doute, -après de nombteuses tentatives et d'innombrables composantes, triompher la résultante et le succès de la Science, par ce, que la Science est devant être créée par 1 homme. .Par contre, là Beauté triomphait avant que l'homme -\ ne fût. Alors quele génie de l'Ouvrier est de trouver \- le triorhphe' de la Science, soit'le : Bien-Etré dans" l'amôur-prppre et dans l'orgueil, le génie de TAr-^ . tiste est donc de retrouver lé triomphe de l'Art
. — lia Beauté. '
fL. Art et la Science,, ne sont-ce pas un peu. celle-ci : le cerveau créant, par le désir et l'intéresse besoin, une beauté humaine ; celui-là : Pâme recréant, par le regret et l'amour charitable, '-la iteaute divine PNepourraitron signifier encore que la Science est l'art humain, et que 'l'Art est la . science divine? Quelque chose de pie, la gratitude et le respect apparemment, présida à Téclosion de 1 Art; quelque chose d'impie, la vengeance et la jalousie peut-être, présida à la formation de la science Celle-ci date du serpent comme, celui-là date delà première larme, ou mieux l'une daté de la Jt-aute et l'autre du Repentir). ' ' ,
' n a PPfrt que vieillir, pour l'Art, c'est se rajeunir !
Que si le progrès en Science est une. course à la vieillesse, le progrès en Art estune course a la ieu- :■ nesse. LArt avance, avec toutefois les pieds. à rebours comme le Souvenir. Afin d'être pur, PArtiste, disons le Poète, doit retourner à la source des idées ; loi suprême que ce retour.
La résultante où vont lés Poètes est la résultante dont ils viennent ; partis d'un point, ils y retourneront après leur tour d'existence humaine, Ils • quittèrent la Beauté au sortir de la Vie Antérieure et la retrouveront au rentrer de la Vie Future à moins qu'à la suite des siècles leurs dévouements solidaires ne l'aient réalisée ici-bas.. S'il en était ainsi, la Vie Future serait un ici-bas où la Beauté . serait sensible, — etnotre monde aurait fini sans nn-du-monde saisissable.
Affirmons-le avec Orgueil, l'ârbfe généalogique, des Poètes est plus riche que celui des Rois, puisque son .principe est dans le sein lumineux de la
rnmitiviteblancheâinsiqu'uneaïeulemaisfraîche comme une vierge, et nos biens héréditaires ont de qui tenir, émanant de celui dont notre œil . distingue si naïvement la longue barbe de neige : Dieu 1 aïeul premier ! ■ . :
. Pf\ ce Dieu ' ncius le percevons à travers notre intuitive mémoire, et, cette Primitivité, nous Fa-
FÉVRIER 1893 ïoi
percevons daias les fumantes- entrailles de la Nature. ■ . ' ■.■-/*;,■'
Lesldées sont dès enterrées-vives que TArt révélera par évocation. Ne sont-elles pas\ du présent, étant de toujours? La cause première en est Dieu, le Pôëte en sera la cause seconde ; c'est pourquoi l'Art est, à ma sentence, la seconde création. .-
La. Résurrection de Lazare me. semble le parfait symbole de l'Art. . ;' '
L'Art, c'est l'humanité de Dieu ; aussi l'Art une fois s'appela T t 7 iI Jésus.
Vaste cimetière que. .l'univers, vaste cimetière pour lequel il est glorieux: aux Poètes de sonner la diarie mansuétudinale. I
. Ainsi, Poètes, étendons nos spontanées mains de résurrection, xar il est, soûs la sépulchralê efflorescence, des trésors dont chacun est un rayon d'éternité! Réveillons les. Idées, belles au bois, dormant — oh ce réveil couleur dé fiançailles ! — puis baisons ces brunes et ces blondes rêvant d'ad-, venir les mères immaculées de notre génie !
L'œuvre alors sera vraiment la Vie, et les mondes filiaux évoqués, par notre spéculation propre, du monde initial de Dieu "formeront un firmament terrestre devant, qui pâlira le firmament céleste ; nous aurons enrichi l'humanité pauvre d'autant d'astres nouveaux, et nous serons des dieux offrant l'hospitalité de nos propres soleils !
A ceux qui. disent école magnifique j'annonce qu'il nes.aurait être question à" école. .
. ^ Ici combien je : -regrette telle involontaire omission de l'impavide et judicieux ordonnateur de VEnquête sur Véyoliiiion littéraire^ M. Jules Huret, que ie priai, en mai d'ajouter, quelque part dans ma lettre, cette phrase oubliée par mégarde : « Le.Magriificisme ne sera pas le titre vain et par-
ticulier d'une Ecole, mais l'universelle désignation d une Epoque d'art. ». ... - e
Nenni, ma prétention ne fut pas de créer Tiné bcole, ne me reconnaissant mie les capacités fondatrices des Camarades! .. .-
Je prétendis seulement' pressentir l'avenir artistique, et mon. pressentiment, On. le .sait âuiour- '
î^lïfT d V 8 ? 6 ' De ^ r °P°s délibéré jid^ne
Le S V ^ 1 " gine '. dé ^ à vieilie en ma Pensée, des Magnifiques a venir afin de convaincre les sonnants que ma déclaration k Y Echo de Paris ne naquit point d'une fantaisie prompte, mais qu'elle fut bien la mure expression d'une réflexion nom- ' breuse et d une constante observation de . notre époque arcencéléste. Ma libre parole était d'ordre divinatoire, et nous parlâmes sans le souci mesquin de constituer un groupe,. je veux dire une légion qui s'établira d'elle-même à la longue, lo-
SSEéSS*' Parœ qtie C ' eSf ainsi ' Parce ^ ue ce ° a
rlt^i 01 *™ 1 donc <l ue rAr t allait traverser une l erre .Promise aux grappes miraculeuses; Ma foi
robuste est que nous sommes d " par moi l'Ere Magnifie,
\r -i> P rodl g ieuse expansion i lueureansme
^,,«7 a *% qn f ,f Î S oIu . ment ^ous signifiâmes, cou--
Sari' ttnV Avenif ' Et ma Rature dont on regarda trop le sens ancien, pas assez l'acception'
neuve, ma signature avant tout courageuse affirmait une fois pour toutes: je suis de let Avenir • • Av l lieu de hocher le chef; si les riches' d'Isprït possédaient les .yeux réclamés par le Psalmiste " sans peine ils verraient . incontinent cequ^s né verront. au'aprèsJes pauvres, d'esprit : le but où l^L ♦ " ge ^q^-jour plus, but. auquel ascendant nos esprits hétérogènes et parfois enne-
SStî 63 ™Y partent àe gauche, les autres de droite mais les uns et les autres convergeant nous aboutirons, depuis ceux qui.font leur chère ■ dun panache Tractatus grœcolatimts jusqu'à ceux qui pratiquent les orgues de. Helmholtz, tous ais-je, .nous aboutirons au seuil de. cette Terré ,
Promise que notre génération et la suivante et la suivante encore traverseront d'un même p^s, émerveillées. -■..-.
Nos esprits ennemis, ai-jë risqué! Justement, nos confessions contraires — ô ; les Contraires du Camus-à-la-j amb e-philosqphique ï — engendre -, ront a "elles toutes l'Harmonie chère à celui qui ; nomma la guerre : mère -de toutes choses; or. la '• Fille espérée sera Magnifique, et vous aurez garde alors de. la renier, ô vous, qui participerez ■ en- ■ semble à cette indivise paternité !
En vérité^ certaines apothéoses n!ont lieu qu'à une époque déterminée, avant laquelle .c'est la. sourde période d'exil ou d'incubation. Ainsi de la Poésie, par dessus tout potentielle I, Son adéquate atmosphère n'était pas prête encore, soit que les Pbëtes manquassent de courage, soit que. les avorteurs traditionnaires. rendissent inviable ce courage, Depuis la Genèse se lamentent des astres dont là lumière fié nous est pas jusqu'ici parvenue, bien que leur lumière se hâte vers nos yeux, avec une vitesse "folle', .—. pourtant- splendira le noël de ces astres 1 Or la Toute-Poésie tient de ces pèlerins lumineux. La Révolution ayant préparé ses. langes dans nos âmes vaillantes, elle peut apparaître enfin, vierge ardente des siècles, révolus, hôtesse parfaite de la Liberté j- c'est-à-dire de la Vérité;- ,■ ','■'■ - : . ' ; .
Bref, dans cette nouvelle << période d*assa,ut et d'irruptkm » on ira plus loin cjue l'harmonieuse écorce delà formé où s'attardait Théophile Gau-
nostalgique amoureux du seul par os épris 7 .selon notre vénéré maître Léon Dierx ; on percera, l'utilisant, l'orchestration des effets sugges - .■ tifs '. ■ --. " ■
- -, (Les parfums, les couleurs, et les sons se répondent