LADERNIERE VIBRATION DE LA CLOCHE DE L'ENTERREMENT
La bonne fête ; et comme le. sonneur a bu ! '
. Première chau vè-souris. {tournoyant) \ Ciel -et terre I je ne suis qu'un. pauvre oiseau, mais tout cela me paraît bien ridicule. -«."
, Seconde chauve-souris (tournoyant) ; Terre et ciel! ■ je ne suis qu'une pauvre souris, maïs tout cela me déra:nge. "■ V " / ■ *.".- ,'".''■'■
Le grand cierge de droite : Ma cire a la blancheur . des" belles épousées.
Le grand cierge dé gauche : Ma cire a la blancheur des jolis enfants morts. .
Une bougie dans un coin :' Pureté -des' stéarines,, vertu chimique.
Première lampe-veilleuse: je. suis lin cœur de' femme rempli de rubis rosés. .
Seconde lampe 7 veilleuse.: Je suis l'œil d'un amant qui a beaucoup pleuré .
yeux deux graines de SyosoSs ' ***> ^ meS
J*^?ÏÏ£?? : ?"? m, ° nt J eté *» fond d une cave juste a I heure ou je. ne n'avais dIùs cnif
Un confessionnal : Je suis une provision d^obscu rite enfermée dans un placard
rondeUer/p w" 5 PAt ^ ES : Ils ^^t rempli de
vntaires Will»,,„f' 1 mu "™ «, «es monnaies u&?S eSbeYcée Ï? ™" 1 "-».. unique .
feSes?^ 1 OM les . '^tondîtes des vieilles Un tapis: Tout frais encore un pétale À* lie
entrer à l'église. ■ Chœur des tuyaux d'or ^i //*/?«« / De prof midis t
Un écho : Àmen ! \ .- \ ^ ■. , i
(Silence. )
.. FÉVRIER Ï893' : . . xiy
Ces. endroits-là sont toujours vïdies, la nuit... l'humanité ne s'occupant de Dieu que lorsqu'elle ne
LA PtOSTITUÈE {d'un, ton énervé, serrant son châle de deuil '.. . sur sa robe de satin n>a^,.;Tais-toi I Ce n'est pas le moment de plaisanter. Moi, je déteste les maisons dont les plafonds sont... au diable! .
; LE JUIF {étant son bonnet de peau de lièvre) - On doit
toujours le respect, ça n'engage à rien.
Le Maudit. (d y um vbj x navrée) : Vous êtes des animaux immondes, et pourtant vous êtes plus en sûreté eue moi, ici : vous ne croyez pas -
. ■, -{Tous les trois se dirigent vers Vautel et &MW X place U \ lanterne sur la. balustrade du ckmur.) ,. . . r . '
La PR0STiTt^ ; { w «/«i^Zî'MiOMi qui chancelle) - Parlons peu, parlons bien; tu nous as promis des bijoux extraordinaires : où sont-ils?.
LE MAUDIT {étendant Je. .bras d'un' geste raide, et désignant. ' le tabernacle) : Ils SOnt là. .
■ ^ Le. Jui£ -{hochant le fronfy ,i II est entendu que vous irez les chercher tout seul;.. . . \
a L i A ". ]e *? s F rr P SE - : Toilt seui, puisque l'idée vient ■ de^lui Moi, . je n'aurais jamais songé à une pareille farce. ■ : r
Le Juif (railleur) z- Moi non plus, c'est une idée géniale, et si simple ! >
•Le Maudit" {torturé)::: Alors, sr' -c'est- si simple; . allez-y. r '.
. Le JUIF (sortant de dessous son manteau une. balance, des
pqtdsy une pince* de fer). : Prêteur, acheteur, soit.- Voleur, non ! Je viens surtout pour complaire à Madame. ' ' r ■■•■ : .
■ ■; "Un. écho: Dame!'
La Prostituée, (furieuse) : Mon amant -serait-il un caponl . ■. ■*;" . ■ ■ :
Le Maudit, (relevant^ tête fièrement^ Quel capon oserait se mesurer avec Dieu ?.;. Ouï, je veux le voler- seulement, je tiens à; le. combattre. C'est ici la foret ou je détrousserai loyalement, après avoir exposé mes. raisons. Je parlerai très tout, dussiez-vous. ne pas m'écouter, vdus, 1 es brutes. "■.■■■. ■ ■ - 1 \ ■" - ■ " .- ''",-. : :
«4. MERCVRÊ DE FRANCE
{J7 fait un hond et saute dans le chmiir. en passant par des- ■ sus la balustrade. Machinalement la Prostituée s 9 age?iouîlle t fendant qne le Juif examine le fléau de ses balances * Le Maudit reprend a un ton grave en s 9 adressant au tabernacle :)
Mon Dieu, je suis la proie que vous amènent les bêtes de proie ; mais, en galant homme qui désire égaliser les chances de ce duel fabuleux* je vais compter mes griefs; de votre côté, préparez vos foudres, je ne vous violenterai pas en plein sommeil. Oh ! ma vie est bien nue, Roi des rois! Si vous n'avez pas souvenir de mes misères, je vous les apporte. Jugez ! Maudit par mon père charnel, abandonné par ma mère* j'ai roulé d'abîme en abîme. J'ai tué, j'ai triché au.jéu et j'ai menti. Vous m'avez laissé marcher jusqu'à vous pour mieux m'anéahtny je pense, et voici venue l'heure de la. suprême chute, du péché sans rémission, du sacrilège; je n'hésite pas, j'essaie de me justifier. N'êtes-vous pas plus coupable que moi, dites, Dieu dont la droite est trop immobile, et ne pouvez-vous pas m'épargner comme complice ou me détruire soudainement?... Je vous rends mon paradis, sinon arràchez-moi. le cœur de la poitrine. Il est temps de vous décider. Je suis peut-être le dernier des croyants. Et regardez derrière moi cette femme avec sa robe rouge, ses épaules pâles comme des flocons; de neige fon- . dant sur un feu vif. Il lui faut des bijoux, je n ? en possède point. Quand elle agite sa petite main, Seigneur, vous qui voyez tout, vous avez bien dû vous en apercevoir, il semble que tout à coup ". le bout d'une aile d'ange vous pousse, et Ton va éperdûment jusqu'au grand crime. Dieu, ayez corn-, ;on ! Qjiel supplice invente son mépris ! J'ai parcouru
etj'ai eu l'envie pressante .. „*
fleurie entré les jambes des bœufs. A fextVémité. du chemin ï j'ai trouvé la ville pleine de gens ivres: j'ai bu, comme les autres ;.on m'a demandé de l'argent et j'ai .mendié. J'ai même appris à faire le chiéu, à ramper, à tirer des sonsrauques de ma gorge séchee par la soif. J'ai mordu..; puis
PéVRIEHiBg* .."■■' '.■' ïïï
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j'ai rencontré cette . fille qui m'a caressé ; ma seule minuté de joie;, elle la détient dans les plis. secrets de- sa jupe de flainme v et mon pire tourment est encore de Tavoir connue! Vous saisissez, Dieu très intelligent, j'ai besoin de Vos diamants,;.. C'esf chez . vous qu'on en voit le plus. . . .m lève W
bras.) ..- * l
: .'Un- écho': Plus!'- '..,','..■•;
. Le Maudit : Seigneur ! Il faut me les donner de bonne volonté , Vous n'en faites rien. {S' attendrissant) Et elle, c'est un ^enfant qui ne peu,t rire sans ,un. jouet, (il sHmpatiçnte) Ma croyance en vous est . toute ma fortune. Répondez-moi, ï La bourse ou la mort I. Tuez le criminel ayant lé crime où enrîçhissez^le, au nom de la foi. [(Avec explosion) Ah ! si : j'avais- le tonnerre à mes; ordres.;..". .. : : '■..■' ■
La Prostituée -{bas àujtnf)i Je lui ai versé des liqueurs chaudes pour qu'il soit gentil. Un homme bavard finit toujours par retrouver son. courage.
Le Juif \agdci) : Je crois cjue nous perdons un temps précieux et je n'aime guère' les discours. {En réfléchissant]'. Après tout, les églises sont remplies. -.d'ossements.. ■'" '.''-■■■■
Le Maudit '■'désespère) : . M'entends-tû, Dieu mort et immortel, Dieu aveugle et clairvoyant, Dieu le -, maître et Dieu enchaîné... Je suis prêt, je m'approche ; constate que mes doigts se hérissent comme dèspîeuyres. Il mé faut le soleil;' de Tor, desétoiles, desperles, Fbcéàn,d'ësémerauâës,çarmon univers à ■ . moi c'est cetteiemme, et je n'aurai pas trdp dû tien pour parer l'étendue . sombre de ses cheveux... (Silence) Rien ! c'est à. se briser le crâne contre la porte de ta prison, prisonnier impuissant qui te . laiisses insulter, toi qui demeures enfermé dans ■une coupe moins large, que le sein de ma maîtresse. Et tu peux te délivrer, me délivrer!
{Il 'sanglote) Seigneur, soyez boni je -suis chétif. Je ne vous brave que parce que j'ai peur ! Seï- / gneur, ma mère m'a enseigné qu'il fallait vous demander le pain quotidien; or^ j^ai besoin de * me .nourrir de cette femme, et cette; femme ;se
n6 MERCVRE DE FRANCE 'j
nourrit de joyaux \ Vous qui destinez les brebis au loup, donnez-moi vos parures pour que j'en achète mon pain quotidien... (Silence)
Le juif [ricanant) : Jamais ivrogne" nes'est vu en face d'un pareil mur.
La Prostituée (avec un geste d'ennui) : Il ne songe même pas qrte je. suis décolletée. Il ne fait pas chaud ici...
Le MAUDIT .(se , rapprochant du tabernacle; et délirant) z ■
Toutes mes larmes pour vos pierreries, des siècles /* d'enfer pour un morceau de ce nié taL jaune qui vous est inutile. Seigneur, l'aumône au gueux, votre serviteur en sacrilège, c'est-à-dire à celui qui croit encore en vous puisqu'il se donne la peine de. vous outrager!'
Le juif (ha's à la Prostituée).: Vous avez' bien remarqué ce ciboire? Les curés font courir des légendes souvent...
La Prostituée (vivement) ; Je suis venue ce matin à la messe pour le contempler. Oh! superbe I Des cabochons tout autour, et au centre un diamant gros comme un œuf de colombe.
Le juif : je me défie des gros diamants. ïls ne sont généralement pas d'une belle eau. *
La Prostituée : D'une belle eau ï Vous riez ï La seule chose pùrè de la terre c'est un diamant,mais . r vos sales imaginations troublent tout à l'avance 1
Le juif {s'inçitTiant moqueur) : La seule chose pure de la terre, c'est le regard d'une vierge, Madame.
Le Maudit (criant) : Malheur! Trois fois malheur!
Dieu veut ma damnation! {Il va prendre la pince de fer
. sur la baittstrade.) Je vais forcer la porte dû ciel avec
Cela! (Il brandit la pince et se met à rire d'un rire douloureux^ Et demain l'église banqueroutier^ n'aura plus d'hbstïe à tendre par le guichet de son bureau. Je vais ravir le trésor des élus, (il frappe sur le tabernacle.) Quelle ironie! Cette porte ressemble en en effet au guichet d'une banque, (il introduit la pince
et fait sauter des lames de bois.) Tu Ta S voulu, Ma de- -
Ion... Et maintenant, tombe la foudre !.....
■ ■ La Prostituée ( poussant un ■ cri de joie) :- Donïi e !
Le . juif '(reculant) : Qu'allez-vous faire des Hosties? Moi, je refuse de m'en occuper.
Le MÂÛDIT (dressant le ciboire avec un mouvement $ horreur) \ Vide! Il est vide!
La. Prostituée : Tant mieux I Ça leur arrive quelquefois d'oublier de le remplir. .. et comme il n'y a pas de contrôle... ./'■
Lé^Maudit {foulant des yeux fous) ; Personne, pas de ' Dieu, pas même un simulacre de Dieu I
Le juif : C'était à deviner, puisqu'il ne vous répondait rien,, mon cher garçon. . . Voyons toujours objet. .
Le. M AUDIT (le laissant s'emparer* du ciboire) : Et la
foudre ne tombera pas..
La , PROStrtuÉE '..{haussant- les. épaules] ; Tu HOUS en-
nu'ies avec tes- perpétuelles exagérations.-'
LE JUIF (retournant le ciboire au'x' lueurs louches de la- lanterne) : Tiens! Tiens! Tiens l je n'imaginais point si . mal! Oh 1 Les fameuses légendes, (il se penche, prenant
des airs apitoyés.) .■ \ . ! . H -
Le Maudit (se tordant les- mains) : Madelon ! Made- ' Ion ! Ni Dieu ni foudarê ! Mon crime n'était donc pas encore assez grand... moi qui espérais des . preuves dans le châtiment! Je me noie, Madelon! Une. eau, glacée monte à ma bouche! Madelon ! Tu auras les bijoux, et en: échange^, moi, j'aurai le doute. En présence du doute effroyable, toutes les misères ne sont. qùé délices. Madelon, çouvrfe-moi
de- ta rofee, ySLÏÎroid:(Il se jette au» pieds de la Prostituée.) , -■"''..* ■ ,.".'-.
La PROSTn*ÙÉE (r^V«se, s'appùyani sur lui pour mieux
regarder le ciboire) ; De ; l'oiy <les énieraûdes,\le jgTOS
. diamant... ,- -' '-."-.
Le JUIF (lâchant Je: ciboire qui tombe à terre, et remettant'
son bonnet) : De la fumée, Madame^ de la fumée!... Il a voulu voler Dieu, et c'est; Dieu qui le vole... Tout est faux.
Un ÉCHO (très. loin) ': FàUxl
(Evanouissement du décor et des personnages.)
-■''-. ' Rachilde. .
. PETITS APH.ORISMES