‹ Mercure de France, tome 4Chapitre 86 sur 140 · I. — LA FEE AUX MOUSSELINES · texte numérisé non relu

I. — LA FEE AUX MOUSSELINES

Surgie en la pénombre odorante du soir,

La bonne Fée aux yeux d^amour, aux mains câlines,

D un geste ordonne à la Vie âpre de surseoir,

Et l'Heure se revêt de blondes mousselines.*.

Sur la nef de cristal que mènent les dauphins. Là bonne Fée embarque les Cœurs intrépides, \ Et sous l'Astre qui meurt en des tissus d'ors fins On appareille pour les yierges Atlantides.

, La brise fraîche et folle froisse les, roseaux ; ■ Les écharpes du ciel frissonnent sous les eaux Où la voix de la Fée a suscité des Gloires ;

. Et le charme infini, du soir religieux Palpite d'un vol fou d\A.iglats prestigieux - Que tente la clarté de soleils illusoires !

IL — U IMPER A TRICE.

Hyacinthe, saphir, émeraude, topaze,

Un ciel artificiel flambe, sur la verrière

Où des éperviers d'or qu'aveugle la lumière

Rêvent, écartelés, dans une paix d'extase,. : v

Soùs la voûte royale où languissent tes fleurs, Sous la voûte interdite aux cyniques clartés, Trône, dans la splendeur de perpétuels étés, ^'Impératrice chère aux Âmes de douleurs.

Son .règne est jrùde et dons, car c'est la Vierge amère Dont la' main de fer sait museler là Chimère Et maîtriser les. Hippogryphes hasardeux, .

Mais les obscurs dévots que nul effroi, n^arrête, ' Sentent, lorsque soii sceptre tombe sur leur tête, Un peu d'étèrnitë s'appesantir sur eux!

IIL— LA MEGERE.

Des pans de ciel ruiné menacent la falaise

Où la mer démontée a jeté l'Armada.

O Soleil mutilé, quel brasse lapidai.

Et quel glas pleure ainsi dans la bise mauvaise!

Mains jointes, étendus sur des gerbes de fer, Les. guerriers désarmés vont résigner leurs âmes, Et, sur leur chair offerte; aux- baisers verts -des lames," Se lamente. te choeur dès Femmes. dé la Mer.

Mais, .dominant le fracas sourd, des £L0ts' livides \ Et la clameur plaintive des Océanides

— Tandis que 'tes- mourants rêvent de Paradis — ■. "

. Une sinistre Voix monte en. le crépuscule , -. Qui,, déniant T espoir de leur cœur trop crédule, .Prophétise la' nuit sans astres des maudits. -.

■ Jean Court.

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