‹ Mercure de France, tome 4Chapitre 93 sur 140 · XL?- LA FLAGELLATION · texte numérisé non relu

XL?- LA FLAGELLATION

En notre étude de la théorie mystique* sj par^ fois des mots scandalisaient mon amie, je les interprétais à son intelligence avec toute la déférence due aux textes des grands saints. Elle apprit que les caresses de la main gauche, ce sont les premières souffrances; preuve du sacrifice accepté ; et les caresses de la main droite, tout le manuel sanglant de l'amour; Je, baiser des épines.

*& MÊRCVRE . DE FRANCE

l'attouchement des lanières plombées, la morsure adorable des clous, la pénétration charnelle de la lance, les spasmes de la mort, lés joies de la putridité.

Nous méditâmes sur cette nomenclature. Hyacinthe se surexcitait, méprisant soii; apparence corporelle et décidée à prouver ce mépris par des actes. ■/''■•

Un soir, comme je lisais la. vie de sainte Gertrude, la vierge aux ingénieuses dilections qui eut le divin ' caprice de remplacer par des clous de girofle les clous de fer de son crucifix, — ■ et j'en étais à la page où. Jésus lui-même, pour charmer sa bien-aimée, descendit vers elle, et -, la tenant embrassée, chanta :

1 Amormeus continuus; Tibilanguor assiduus, Amor îttuis suavissimns Mihi sapor graiissimu$.„

Je cherchais la signification seconde de ces quatres vers, — lorsque Hyacinthe m 'apparut toute nue, me priant de la flageller.. Elle tenait à la main une discipline de chanoinese, sept cordelettes dé soie en détesta tion des sept péchés capitaux, et%ept nœuds à chaque cordelette pour remémorer les sept manières de faillir mortellement dans le même mode sensationnel. ,

— « Les sept cordes de la viole ! ditrelle. en souriant étrangement. Les roses, ce seront les. gouttes de sang qui fleuriront ma. chair. 2>

Pas plus qu'aucune autre femme de racé Hyacinthe n'avait de pudeur, inais son ardeur pénitentielle seule expliquait la hardiesse de s'illuminer devant moi en plein nu, sans nul geste de voiler les secrets de sa forme sexuelle à peine pu- \ bescente. Elle était. si jeune encore, toute frêle, d'une pureté athénienne et si pleine de la grâce des inconscientes Eves,que le cœur me faillit d'ensanglanter cette innocence.

Pourtant j'obéissais : des lignes rouges et des

MARS 1893 à 59

points rouges stygmatisèrent les épaules de mou amie, ses hanches, ses reins, et des piqûres s'égaraient vers le ventre et vers la candeur des seins; peureux, ■.",■'

Elle s'agenouillait les mains jointes, se relevait les bras étendus, courbait le. dos, dressait dans un frisson sa tête: pâle, criant, quand le fléau ' tardait à descendre; .

« Encore ! Tïncore l »

Je suis sûr. qu'elle eut l'illusion d'un grave martyre, d'une fustigation digne d^Hènri'Susoôû dé Passidée, que Ton trouvait dans leurs cellules évanouis parmi un ruisseau de sang et des îam- /beaux de chair attachés à. la ferraille et aux mo~. lettes du solide, martinet tombé de leurs doigts la s y malgré leur volonté de souffrir jamais lasse, — mais- j'avais été clément, voulant bien, contenter un caprice, mai s. non; souiller de cicatrices une peau dont l'intégrité m'était chère; . .

« Encore! Encore! »

Elle me regarda avec des yeux en route vers l'extase, des yeux où le bl^nc, comme $n une éclipse, mangeait déjà le rayonnement des prunelles. Sous la partielle occultation de l'iris des lueurs folles passaient* bu là cruauté, qui n'était pas dans le bourreau, pointait /en éclairs et en flammés aiguës;

A ce moment,elle était déboutées bras s'abattirent autour de mon couet elle tomba, m -entrai-, naht avec elle dans lé plus mémorable abîme de divagations voluptueuses^ ^ -et nous deméu- . rames tout au fond pour jamais. ,

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