‹ Mercure de France, tome 4Chapitre 92 sur 140 · BERNARD LAZARE · texte numérisé non relu

BERNARD LAZARE

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j'ai referméle livre 1 afn^TmbiLt a ^° meUS ^ <^ and restée non d'une hydre mais rî°^ W eSS10nm ' es ^ ^ > pensive et farouche oùïI P v a 1io Une J x belIe amazone, " le glaive triomphal ' e? noS T " rfEort - v,ïrs le ciei ' harnais de guerre' encore a^^*^ son riche

Ssfei!^ sas. .

n ée et pourquoi te penches t,, ,;5 ^a^gies es-tu • rieuse figure, toi et non ^n^ . i n$1 75 rs moi > m ysté- .

sais "et &• es b ei î rSLK <feK P ° Urq ^ ? J e " le quée. ■• - iem S ie de 1 œuvre qui.t'a-évo- ':

A cette heure où nos orpi"ll*»<5 o^,,*. „ -i . "

(<) l. Miroir J„ Le g <ri„. , y^ q. Un ,„ lt

et : dù troupeau bêlant etbrayant des gens quise proclament vertueux, la joie n'est que plus vive d entendre la voix rhythmique de la légende, étrangère à la bas - . r sesse et à l'ineptie. Ailleurs, dans la contrée des Fonnes pures et des idées éternelles, -M. Bernard Lazare s en est allé, et il répète maintenant lès paroles qu'il aentendues dans son rêvé d r art. C'est là, semble-t-il,le devoir strict de quiconque s*-arroge d'écrire ; mais puisque les niais affirment que l'art ne vient que par surcroît, comme un luxe- inutile et presque blâmable,' s adjoindre â -ia pensée, il faut bien indiquer que cette condition essentielle dû désintéressement esthétique est observée., de la première à la dernière ligne, dans le Miroir des Legendes^on que toutes les parties soient d égale valeur: mais toutes attestent lé souci de. la beauté;

C'est là une qualité commune à tous les artistes c6nsciencieux,qualité presque négative et qui n'acquiert son importance que par un heureux succès de 1 eftort: je dois donc dire comment M. Bernard Lazare a ex^ primé ce qu'il concevait et quelles sont ses affinités mtellectuelles. On pourrait peut-être diviser les esprits en deux grandes catégories : les uns sont surtout trappes par lés relations abstraites des choses; dans le spec- - tacle du monde et dël'homme, ils ne distinguent guère que le monotone déroulement des lois ; les autres s^atta- " chent plutôt au décor et se laissent distraire par la richesse des. couleurs, la grâce des attitudes, le chatoiement des costumes. Certains écrivains appartiennent d'une manière exclusive à l'une de ces deux catégrories, et ne peuvent être compris que par les mteUilences de leur ordre: Kant et Victor Hugo par : exemple.; Par une méprise assez fréquente, il advient dra qu'on reproche à Hugo de ne point penser parce qu'il ne se représente l'univers ^ que par des images: mais c'est, en bonite foi, une forme de .pensée aussi légitime au'uné autre. Le. poète absolu serait celui qui réunirait harmonieusement ces aptitudes diverses et presque hostiles et qui pourrait satisfaire en même temps aux exigences des esprits les plus ppposés. M. Bernard Lazare à tenté cette, aventure dangereuse, ; et Tentreprise seule n'est point d'une âme vulgaire : il est vrai que pair un assez rare événement le monde extérieur existe pour lui sans, qu'il dédaigné la meta-; physique. Il a donc voulu, dans une série d amples, poèmes en prose, rendre sensibles et vivantes des conceptions philosophiques.

- Telle est du moins l'évidente intention de ce livremais elle est si audacieuse qu'on- ne saurait sans injustice reprocher à T auteur d'avoir quelquefois failli étant un homme: il importe cependant de signaler deux légendes moins parfaites, parce qu'elles montrent bien que M. Bernard Lazare serait, par nature, plutôt parent des écrivains plastiques. U Offrande à la Déesse est un récit 'de la préhistoire, conforme aux découvertes les plus récentes ; Les Descendants d'Iskender,. un conte oriental très somptueux ;. mais ici et là il serait vain de requérir rien que des tableaux exécutés, avec beaucoup de science, d'imagination, de force et de charme. Ailleurs ce manque d'équilibre est moins apparent et ne se reconnaît qu'à de légères dissonances de langage: dans La Gloire, de Judas, l'une ■• des idées fondamentales du christianisme, la nécessité

de 1 amour même envers les coupables-(plus que Famour car ne point pécher n'est que de l'orgueil) est symbolisée ; pendant une cérémonie tumultueuse et hagarde d'hérétiques Caïnites, la prophét'esse Quintilla lit aux zéla- ■ teurs de Judas l'évangile attribué à Saint^Paul, évan- \ gile perdu où il est dit : « Les docteurs reconnaîtront qu un criminel comme une pécheresse travaillèrent plus qu'eux au salut. > Il faudrait que l'évangile fût restitué, en une langue simple, presque indigente, sans gloses et sans explications ; au lieu d'un texte nu. c est un commentaire magnifique qui se déploie, glorifiant l'abjection suprême, le fils incestueux, le disciple qui trahit son maître et qui, malgré la Loi, se pendit dans le champ du potier : et une irritation un peu jalouse nous emporte, parce que les psaumes sont imposés directement qui n'auraient dû chanter qu'en nousmêmes. L'erreur, ici n'est, plus dans le" choix même du sujet, mais dans quelques mots trop éclatants Et un peu partout, une fois averti, on retrouverait cette obsession de la grandeur et de l'effet, par exemple dans la complaisance à User , de termes d'origine savante, de préférence à ceux qui se sont formés progressivement par l'obscur travail de la foule. Ainsi les adjectifs en teur sont multipliés peut-être à l'excès * il est vrai que cette particularité grammaticale révélerait aussi un caractère psychologique, la propension à a°i r "' que les polémiques véhémentes de M. Bernard Lazare confirment rigoureusement.

Mais ce sont là des traces infinitésimales, des résidus d'analyse qu'il faudrait peut-être négliger : on risque-

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rait, à leur donner uneportée qu'elles n'ont pas, de con- . fondre ungoût ùri peuvif, la crainte de paraître .trivial, avec là passion puérile, des archaïstes romans; et une telle, opinion serait souverainement grossière. Ordonnerait ainsi, raison par avance aux pauvres critiques qui confondent encore la splendeur verbale et la vaine . pacotilledessyllabesinsolites:etonnesauraitmerque ;

rmiusticeiût stupide et cruelle.. Phrases vides et sp-^

nores.nonpas ;etsipeu qu'outre les pensées d hier et de

demain elles en affirment quelques-unes qui se f>rete- ■ ■ raient aubesoin àl' attention même de personnages aussi

falots et transitoires que Ul de Vogué.. Eu 1 une de "' ces légendes,- La- Venue, lé: peuple assemblé, riches .

" et pauvres, pour accueillir le- suprême Messie annoncé, fait mettre à mort le. Sauveur parce, qu'il enlèverait, à ... ceux-là le stimulant ,deT effroi au milieu des fêtes, a . - -

. ceux-ci r espoir de là Vengeance .en -apportant- a tous.; le bonheur, sans hasard .: hautaine et-indirecte renonciation des idées bassement humanitaires- ou la Justice est absente. Mais où la préoccupation, de ma--. mères d'être contemporaines se mêleleplus intimement

' aux bontés immortelles . des hommes, c'est dans -les

■ Incarnations : deux fois .déjà lahveh s est incarné . inutilement; le fils -d'abord dans Jésus-Christ, puis-

■ l'Esprit Saint dans le corps d'une femme ; Israël ne l a pas, reconnu ; pour libérer de ses crimes la race élue— , le Fils et TEsprit refusant de revenir sur la terre,

. comme le -Christos des. gnostiques- de redescendre ver» ..■ ,Achamoth -- le Père "s'incarne à son tour : « petit Juif ;

■ hideux/ aux-yeux chassieux, à la bouche tordue/^a. la ■ . ' barbe hirsute ♦ il ■ sort : des maison s. louches .et chuchote .

des mots aux impubères qui passent»; un soir, près dun théâtre îl s'approche de ffiomme àl'Ecurouge, «-chet • des puissants >, et lui offre, obséquieusement < la fleur qu'il faut pour ranimer ses chairs *. — « Vest vous, Seigneur ! crie l'Homme à TEcu [rouge ». Ce qu il

■ y aurait de satire trop" actuelle est. compensé par la phrase finale": « Quelle que soit la forme en laquelle

\ .pieu s'avilira pour séduire les hommes, 1 il saura les ■conduire au salut.. >. . ■;.'.'.

" Nulle part, sauf là, n'apparaissent de personnages

- ridicules et vils; et encore sont-ils transformés etgrandis jusqu'à devenir terribles . ou quasi .dignes de . pitié; Cest au contraire; une. théorie de v forme s mer-.

■ veilleuses qui passent en ma mémoire 1' Œdipe, vainqueur de la Sphynx/ de qui le secret est qu'elle n'a pas

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de secret, le Crucifié de T Ineffable Mensonge qoi donna aux hommes l'illusion consolante d'adorer un dieu, ceux-là et tous leurs frères, douloureux ou. triomphateurs. Mais la plus belle de toutes les légendes — je ne serais pas surpris que ce fût un chef <T œuvre — La Lyre^TL rappelant la mort de Néanthès et de Marsyas., présage le sort de ^quiconque, religieux ou profane, toucha les cordes sacrées, et la nénie qui pleure l'an-" tique rhapsode résonne .souverainement: < Marsyai? est mort au crépuscule.» Marsyas, aïeul de ceux qui chantent, aïeul de ceux qui souffrent, etde ceux-là qui pardonnent, chèvrepied heureux qui renonça, l'amour,* Marsyas ! je veux écarter l'image mélancolique^ Ne se peut-il aussi que mon espoir — l'espoir de quelqu'un qui admire fraternellement une belle, œuvre — ne se soit point trompé et que, pourune fois, la guerrière apparue, l'amazone pensive et farouche, dompte glorieusement les monstres ameutés? ■.

Pierre Qpillàrd.

MARS'x'89*. ' • * 55

LE FANTOME

•": •. '.". X.-rLÈRÏRE '■.'/.■' .'.'..■'••'

Cette messe, . nous l'entendîmes dans i . un monastère de . Bénédictines, sous un vitrail J}JV? des feuilles givrées, tombées .en une eau d aube parmi -là gloire d'un chant blanc crucifie d or, La SSS couïà de l'hostie blessée, quand L\>stensog • fut levé au-dessus des guimpes adoratrices et .. nous étions aveuglés par les intarissables flots du ■ sanc sacré de la Rédemption. ■ .• ■ ,-• ■

TS Tous l'entendîmes dans Tescunal sépulcre des Carmélites,. parmi la ténèbre 4!™ ^fle et du ' - assombri encore de tout le deuil, de a gnUftjt ^ voile, ■— car il n'y a. nulle joie pour qui est en

■ écrasés de stupeur et d'affliction, prêts a crier. .paon.lauxWatric.es de nos plaisirs a c

mourantes de la perpétuelle agonie et il nous sembla que de baiser un de ces pieds nus serait ..vin acte q ensoi, indulgentiel. et ^^utoire : -- « L'obligatoire exultation de la Bénédictine me dft Hyacinthe,. est peut-être ■ P^, e £f ^ encore.IL leur faut une somptuosité de cœur vraiment déconcertante.,. . . . ■ i- ,

— « Oui, répondis-je, mais 1 idéal d être gio

rieux contraria moins les instincts to^ns II

n'est que lé développement paradisiaque- de la

•"'. JendanYe universeUe^ de,;rêtre à s'épanouir et

a X Mais .vous. dites presque vrai :1a joie

d'C contemplatrice de la ^*f*^ *gg '

: la médiocrité de la femme autant que da tristesse

. icrée de celle qui .œuvre dans }a nuit perpé.

tueUe son propre suaire et le suaire du Christ. . .,

• Auffi SonS comme elles sont loin, ces, choses ;

au milieS g de nous et:. étrangères à la marche

. de S vies. Si nous- étions plus de notre

temps/ Hyacinthe, toi cueillie comme une fleur de jadis dans la flore d'une tapisserie des: Flandres, et moi qui ai aboli tout contact d'âme, avec une humanité que j'estime a l'égal d'une vieille catin enrichie, — si nous étions vraiment . de notre temps, la seule existence de quelques centaines de ces dédaigneuses vierges serait une insulte à notre incontestable modernité. Et pour, ne pas nous fâchêi; contre ces inoffensives sottes qui n'ont pas su extraire, de la vie une seule goutte de l'alcoolique rigolade qu'elle contient, — pour bien leur faire entendre que nous les apprécions telles que des enfants sans expérience, inaptes à la triplé jouissance connue qui. est la vanité, le sexe et la gueule, — pour qu'aucun doute enfin rie contrecarre nos avantages, de citoyens civilisés, nous nous bornerions *à rire. » Là ; je sortis d'un carton une large feuille de papier de Hollande où la main d'un instituteur pri r ; inaire avait consenti à calligraphier pour moi ces lignes précieuses où palpite (j'ose le dire) Tâme' de la France régénérée : . .

Chambre des Députés. ■- — Débats parlementaires

* Séance du £ décembre x8$o~

Compte-rendu, officiel .! .■ ■

M. B.i '— « Les Carmélites y congrégation

contemplative {J&res à gauche). „ »

Hyacinthefut très effarée de vivre sous le règne d'une telle stupidité. Nous crûmes un instant que les temps prédits par Flaubert s'accomplissaient. "■!.'""

— << Que vous importé? dïs-je en remettant dans son carton l'exemple d'écriture. Nous ne sommes pas solidaires dé ces revendications d'imbécillité, puisque nous les jugeons^ et puisque nous en souffrons. Que la tourbière les enlise et les dévore, eux, nos frères : regardons-les descendre, et quand le sommet 'dé leur crâne vide

MARS 189a ;

dépassera seul là ligne' de. boue r nous mettrons une. Lourde pierre dessus, de crainte que la terre intérieure ne lès revomisse, par dégoût. Ah î je voudrais avoit le courage /de travailler à l'avilissement de mes contemporains. Ils comprennent si bien, ils sont. si dociles lorsqu'on leur parle de lécher la poussière d'or collée aux semelles des ruffians 1 riches.., . :

— « Maïs tu les méprises trop, n est-ce pas ;

Dama se. ' ■ ...,'*

— «: En effet... Pourtant, corrompre leurs filles, quelle bonne œuvre ! Insinuer l'obscène dans les enfantines mains qui caressent la barbe paternelle

* de ces mufles I Les empoisonner au risque de périr " nous-mêmes! Faire comme ces moines espagnols

qui buvaient la mort en la faisant boire, à la ' ca-

■ naille française violatrice de .leur monastère ! »

Hyacinthe ihe calma par des secrets qu'elle

partageait avec toutes les créatures d'amour; —

et nous dormîmes. >'*,-.-'

Je rêvai que pour lui épargner, le méphitxsme de l'heure présente je l'avais vouée à la clôture du Carmel. Le soir, à l'heure de l'office, j'allais dans la chapelle de nuit écouter les voix de ténèbre, et parmi toutes les voix voilées de dèûil je distinguais la voix de ma chère amante, morte et ton-. -■> ' jours Hyacinthe. ' . -'" ■ ■

Jamais ie ne fis iin plus beau rêvé.

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