LE LIVRET DE L'IMAGIER
ta Mort Satat-IiUioçe&i (1). -^ Jusqu'à la Renais-- . ^ance, jusqu'à cette monstrueuse jobarderie du classicisme, sorte de terreur intellectuelle qui courbe' encore l'humanité sous le couperet métaphysique des grammairiens (le ïruquâge ou la Mort !), jusqu'à là fin du XV e sièle, les poètes, tant latins que de toutes vulgaires langues, .s'ingénièrent à . dïversiyîer le diadème de la très laide et inéluctable Reine.
.' C'est 'saint Bernard :.
. O mïranda vantas* I O dlvifciàrum
. Amor lamentabîlis ï O virus amarum ï .
Xur tôt viros inûcîs, faciefldo charum Quod pertransît. citius quam flamma stuparum ?
.{*) Au Louvre. Œuvre, dit-on, de François Gentil Troven qui mourut vers. 1540. Je laf crois (>luâ ancienne. : *
Homo miser, cogita : mors omnes compescit ; Quis est ab initio, qui morti non cessit? .
Quando morïturus est, omnis homo nescit ; Hic vivit hodie, cras forte putrêsçït*
C'est Martial d'Auyergne, en sa Dance des femmes ;
La Mort . .. "
Açrès T nouvelle mariée, .
gui avez mis yostre désir à dancer et esitre parée pour festes et nopces choisir, en dançant je vous viens saisir, -..
au jour dhuy serés mise en terre !" Mort ne vient jamais à. plaisir, - Joye sen va comme feu de ferré. .
. La Nouvelle Marier ' '
. Las ! demy an entier na pas .,
que commencay tenir niesnaige, , par quoy si tost passer le pas ne mest pas douleur ains grant raîgè, car javois bon petit couraîge de marchier et faire marveilles* Mais la mort de trop près me charge.
Petit de vent abat grant feuilles.
La Mort qui, en les vignettes de ce poème, se diversifie selon mille attitudes* est fort reconnaissable ; ce n'est pas un squelette, c'est la hideuse Mort Saint- Innocent, au sexe liquéfié, à la peau du ventre vide retombant sur des cuisses pareilles à des os querohge un chien et autour desquels se voient des restes de chair. Cette putréfaction qui tient debout se couronne encore de quelques foufes de cheveux (on dirait blonds!) et elle en profite pour faire la belle,tendre le jarret, se camper, une main appuyée sur un bouclier à ailes, dresser l'autre en l'air, comme une menace.
Statue d'albâtre, elle trônait jadis, comme en une guérite, dans une sorte de cercueil sans couvercle attaché à la tour Des Bots> au cimetière des Innocents, — et de là veillait les morts et surveillait les vivants.
Le bouclier porte cette inscription :
Il n'est vivant tant soit plein d*art .
Ne de force pour ■ résistance * Que je ne frappe de mon dàrt . '
Pour bailler aux vers leur pitance ;
Priez Dieu pour les tspass.
MARS 189a 365
.La main qui tenaille menaçant dart est inérme, à cette heure,-— mais le doigt levé suffit à se faire comprendre.. ..■■ * *' ■; ' ' '" '■■-. ■■•.,■