‹ Mercure de France, tome 5Chapitre 20 sur 109 · DE LA S" VIERGE ET DE S* JOSEPH · texte numérisé non relu

DE LA S" VIERGE ET DE S* JOSEPH

UARD DU BUS

Le charme particulier du poëme f i) que vient de nous donner ce Poète — outre la forme rare, délicate, harmonieuse et la couleur légère à la fois et sincère du sentiment— outre le parfum de plus hautes promesses que fleure ce bouquet de jolis et de beaux vers— est dans l'arrangement ingénieux qui contraint des psychologies de dates diverses à l'unité poétique.

La femme mal aimante ef impérieuse et sans émoi, qui n'aime quelabrtime, de qui le vêtement est fait d'impassibilité, pose en des portraits préliminaires. Fut-elle rencontrée ? Indiscrète question. Ou si c'est là quelque pur prétexte aux lyriques madrigaux qui yont suivre?! Eh, sans doute, les caprices de la vie ont eux-mêmes d'abord pu motiver ce prétexte. Mais la vie a tant de souplesse que chaque poète y trouverait bien des modèles contrastés d'auditrices d'élection pour des poèmes, et c'est au type choisi qu'il faut demander les indications les plus précieuses sur l'âme du poète. - - •

Le type, donc, choisi par Dubus,est révélateur d'une âme bien de ce temps, avec tous les meil-

(i) Quand les violons sont partis (Bibliothèque Artistique et Littéraire).

ni

leurs et tous les pires désirs de ce temps. Un besoin initial et touchant de pureté :

Une angélique Main, qui lui montre la Voie,.

Seule dans sa pensée eut la gloire .d'écrire, : Et* le ciel, d'une paix divine,. lui renvoie L'éclio perpétuel de son chaste sourire.

Or, ne serait-ce point là l'innocence vigilante, l'étrangère candeur si essentielle aux âmes libertines ? Peut-être, car ce besoin de pureté ne ya point saris quelque jouissance un peu sadique à

songer qu'au fond des veines de la très pure circule : . , . - . ; ^ ■ ,

Une langueur cruelle en sa douceur première ;

Là vierge pressent elle-même qu'un jour :

Son désir fou prendra l'essor, les ailes grandes ; des lys pâment à sa caresse barbare : y Et meurent au parfum rouge de ses baisers.

Quoi de plus désirable que larchiaste té présente avec le pressentiment de toutes les perversités? Cette écouteuse-là pourra tout entendre et donnera du prix à tout ce cjtfon lui dira. Car elle est noble aussi, et dédaigneuse, et hautaine, et orgueilleuse; elle est mystique, encore, et : ses grâces graciles évoquent :

La majesté mélancolique . ., .

D'une sainte, au long corps rigidement sculpté Dans un portail de cathédrale catholique.

. Etpuis^elléa cette vertu suprême d'être si-, lencieuse, et la'voilà, de par ce seul détail, douée des mérites entre tous souhaités ; puisqu'elle ne démentira point Je poëtè, il pourra rêver que le ciel mire en elle ses féeries: . .

Sa vie est un fleuve qui dort* Le ciel y mire ses féeries . . . Profondes sous un frisson d'or;

Aux parfums de rives fleuries Sa vie est un fLeuve qui dort...

A tout prendre, cette sœur d'élection est surtout une bonne et idéale baùdelairienneje l'aime ainsi,et je puis spécifier les traits qui la particuT

larisentdans le groupe nombreux de ses congénères. C est la plus jeune brebis du dangereux troupeau, et le vent qui souffle dans ses blanches laines s est doucement attiédi. II faudra lui parler moins des beautés sinistres du "mal que de ses àlanguissements, d'horizons crépusculaires plutôt que de fauves midis. Elle fuirait les longs efforts et son âme est déjà lasse. Il faudra la rassurer pour 1 attirer; comme. elle songe à des colombes en allées, elle -aimera les airs fanés que lui loueront : .-■'•. ... ■■'.:■'

Cent violons mignons jd'uné.giice ancienne;.. .:

Elïèse plaira aux madrigaux élégants, dfuh

autre temps. Si on lui dit : marquise, elle sourira

et voudra bien d'un abbé de cour. '— Elle chemine

entre les tragiques et les coquettes, et c'est dans

les Fêtes galantes qu'elle .a fait sa cueillette de Fleurs du mal. . . : . .

• Baudelaire et Verlaine sont, en effet, par excellence,les maîtres aimés d'Edouard Dubus. Non;

en e °L tèndu ' q 11 ' 11 le «r doive, son essence dé poëte.^Mais eii les lisant il à eti lé sentiment d'une patrie retrouvée, Il ne croit pas que, chez Baudelaire, le psychologue ait éteint ou même seulement gêné le poëte. Il ne croit pas davantage que 1 influence de Verlaine^ quoi qu T èn pensent tel et tel — doive être combattue.

:■ Puis-je toutefois le dire, ces 1 , deux traditions, si narmoniques, «roiràitron, se sont gênées dans la pensée du jeune écrivain. Le Verlaine qu'il a le plus fréquenté n'est "pas celui de Sagesse, le seul qu'on puisse ;~ parmi les êtres divers et Un qui concertent la personnalité de Verlaine —affronter à l'auteur des Fleurs du Mal .: : d'est le Verlaine des Fêtes Galantes. . Et là, dans ce jardin de Watteauoù il n'avait point désiré descendre Baudelaire s'est atténué, satristesse s'est dénouée' son génie, épris des fleurs pourpres, n'a su cueillir que de pâles roses d'artifice. '-:■.'

Il a perdu la Passion sans trouver la Joie. .-/.■■ C'est peut-être ici, hélas ! la grande maladie morale de la plupart des jeunes poètes de cette heure : ils n'ont ni passion ni joie. Us çoquettent avec de subtiles* possibilités littéraires d'amour et font des vers très raffinés sans rien d'essentiel Même on peut s'étonner de . l'étrangement inutile bravoure qui les incite à publier des rêveries sans cause vitale comme sans but idéal. Singulier moment d'outrance dans le dilettantisme, où. rien ne se fonde plus— je parle pour le grand nombre — ni sur une croyance ni sur un désir de croyance l où l'on emprunte de 1 originalité à des imitations bien exquises! .'.;..'--■ Ne serait-ce pas. que . nous ayons oublie nos plus initiaux devoirs? • i •' .. *

Je lis dans un livre — parmi les plus passions nants.qu^bn puisse lire (i) ^- que saint François -d'Assise avait fait, à quiconque acceptait la règle franciscaine, delà Joie une obligation canonique, au même titre que delà Chasteté, de l'Obéissance et de la Pauvreté. — Aujourd'hui, ne sommesnous pas, Poètes, les seuls authentiques disciples de saint François? Pour la chasteté et l'obéissance... je ne sais qu'en dire : mais n'ayons-nous pas fait, en écrivant nos premiers vers, vœu de ioie invincible et de perpétuelle pauvreté?

". . . .■'. in "■■; ,-.-'■■

A défaut de joie et dé passion, Dubùs au moins garde un élégant désir d'intense vie sentimentale. C'est cet idéal d'intensité qui prête à son œuvre le charme de l'unité. Unité composite

et qui relie tant; Plus <3

«: Table des 7 -, - - , .

veauté, le titre -du livre lui-même : h esfece un bon signe de concentration croissante et la preuve d'un développement logique et un de la pensée du

(ï) L'Italie mystique, de M, Emile Gébhart/

pbëtè^ . d'un soin constant des haute? convenances lui régissent les relations dû rêve et du chant? > il enguirlande son rêve de fleurs factices et de fioritures, s'il aime trop le pompadour, voire le rococo, je ne lui en voudrai pas, à cause de Taccent délicieux où dans sa voix ces chosesd'autrefois se sont renouvelées : .

On; a cueilli, dans un beau songe eraerveiUé, . -

Un radieux bouquet de roses printanières, 1 Que des belles "d aurore, aux exquises manières .'. . Des temps évanouis, fleur à fleur ont pïHé.;^

Et cela est vraiment, chez lui; mieux qu*un jeu où d'aventure il *se complaise et parfois semble insister trop : "c'est la caractéristique très nette d'un talent mièvre à plaisir, qui de telles mièvreries, sait superbement rebondir aux sommets lyriques : tels ces deux poèmes, sans doute les plus beaux du livre, La Gloire et Méditation.

Les drapeaux du .Soleil vainqueur, où se marie Le rose triomphal^aveçrpr.souriant^ - Poursuivent de rayons mortels ia rêverie- Des astres, qui gardaient .-la ..Nuit à TOrient „• ..

Louons en .passant le sens, admirable chez ce poëtè^ du majestueux; et souple alexandriri officiel: l'alexandrin d'un Banville moins éclatant, moins altiér et plus souple. Des vers comme ceuxci indiquent l'excellent ouvrier dans leur variété sayante : ■.■■"■■. • ■':■.' :'\ . " , ■■ '■- .■■/■"-■.■.

.■ " *■ Solitaire dans un jardin des Hespéfides.;. \

Dans lei lilas fleuris le vent du soir chuchote, .-..' ; ■ . Soùs~ les. tilleuls. irradiés de girandoles... . " -. ■ -. . Baigné par les splendeurs en feu d'un pur -azur*.-; : Les oiseaux bleus qui s'envolèrent ce matin;.. A l'horizon gorgé: de carnage il s'abat .„ ' -'■ ■ .De grands-yeux monstreux riimbés de terreurs vagues... L'enchantement des fugitiTes apparences.*.

Ses mains, font des bouquets dans l'espace et lé temps...

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Xe grand grief, contre cette poétique, c'est que le décor en a déjà servi. Cest le décor de Tartifi civile nature parnassienne . r V < .' * .'.

Le grief s'aggrave si Ton observe que ce décor a servi déjà en des œuvres précisément analogues, comme composition, au livre de Dubus;: poèmes reliés comme par des assonances <Le sentiments, mais où Ton pourrait bouleverser Tordre impunément.

C'est sans doute qu'à la manière de certains peintres qui « viennent des musées » Dubus vient trop visiblement des livres. Ses sentiments sont à lui : mais s'il essaie, pour les éterniser, de les attribuer par quelque fiction à la nature, on croirait qu'il ne Ta guère observée avec des yeux neufs, vivants. Il a négligé, croirait-on,! d'écouter cette parole lumineuse de Stéphane Mallarmé:

«le Poète doué d'authenticité la nature.»

Ses fleurs, ses oiseaux appartiennent à là botanique et à l'ornithologie si vagues du Parnasse. ; Il ne les a pas conquis lui-même et c'étaient des fleurs déjà cueillies, des oiseaux déjà familiers. Entre eux et son sentiment iln'y avait pas cette relation étroite et nécessaire qui est le signe de la création dans lé symbole.

Mais peut-être ce défaut est-il, dans le cas tout spécial de ce poète amoureux de grâces surannées,

un signe encore de personnalité. Qu ? a-t-il de t commun avec la vraie nature^cet amant de ruines galantes, qui, lorsqu'il échappe aux mignardises des madrigaux, échappe du même coup à toute visibilité pour atteindre à ces pures sphères spirituelles d'où sont proscrites les plus chères séductions de la vie, : — comme en ce poëme, assurément le sommet du livre, Méditation ?

Quoi qu'il en soit, par ses mérites comme par ses défauts, Fauteur de Qtiand les violons sont partis est évidemment et néçessairementun«Pôëte Française.

On m'excusera de tâcher de dissiper ici, aussi brièvement que possible, le léger malentendu qui

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