JEAN-JACQUES
V • JACQJLTES
Au moins, dofs-tu bien ? ,
JEAN ■ * ■
Oui, si j'ai le soin, au bord du sommeil, de me prendre à la gorge, dés deux mains. Je me tiens fortement. Je suis sûr de ne pas me laisser échapper, et je passe une nuit tranquille.
JACQUES;
As-tu, comme, moi, le goût des oreillers durs ?'.je n'en trouve point d-'assez durs. Je voudrais un oreiller de bois, dont la taie serait une écorce, et je m'éveillerais les oreilles saignantes.
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Nous sommes de pauvres misérables qui descendons vers le singe.
, JACQUES'
Vers le jouet mécanique aux pattes alternantes. Notre vie, c'est une roué qui fait crrr^. crrr... Quand je pense que, chaque matin, je m'exerce à enfiler mon pantalon sans y toucher 1 J'arrondis, sur le modèle d'un cylindre, ma culotte droite. Celle de gauche ne m'intéresse pas. Je lève la jambe, et ffft ! il faut qu'elle fuse comme une hirondelle dans un couloir; sinon, je recommence.
■ . t JEAN . ,,' ■ . ■' " ■
Réussis-tu souvent ?
JACQUES ■[''
A la fin, je triche, et, las de danser sur un pied t je me contente d'unà peu près. Mais j'y arriverai^ dussé-je rester une journée en chemisé.
JUIN 189a
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Je me lève plus calme. Mes serviettes seules me préoccupent. J'en ai sept ou huit en «rain. Dès .que 1 une d elles est mouillée, je la rejette. Je né leur tolère qu'une corne'- humide; La première m essuie le front, la seconde le nés* la troisième une joue, et ma tête n'est pas sèche que j'ai mis joutes mes serviettes hors de service^
JACQUES. '''.'/■"'
Est-ce que tu verses de l'huilé sur tes cheveux ? '■'. ■''. ■"•".'• ■ ■•• ' :JEAN- ; . .■■.•: ■ '.. S'ils sont naturellement gras; : .
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Tu as de la chance. Je me bats contre me mèches. Une, entre autres, se révolte. Je la ratisse et.l écrase à me l'enfoncer dans le crâne. Elle se redresse pleine dévie, enfer. Je m'imagine qu'elle va soulever mon chapeau^ et je n'oserai plus saluer, par crainte de montrer une horreur.
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Faiséda : scier. . -, \'.'
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•■rAinsi-què' tes moustaches. Enseigne ton pro- - ■.cède; • -" /■.. -'•. ■ ;-; ; ■ . .. '.•■■ ■■. - "
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Jeles rongé moi-même, avec mies propres dents. : . • ■■';• : ". . .Jacques' .'..'■'•' ..■-•'"■ •
-L'aspect- de ta fièvre déconcerte. On y remarque un y ague pointillé hoir, les restes d'une moustache incendiée, la fumée^rombrejleregret d'une moustache. ..-..-. ■■'■'■
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, ^ é ne pense que si je mordille, si j'ai comméun laborieux, mulot: dans la bouche. Enfin suppose '■ ta mèche domptée. .'''•'•'■=■"
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Je veux sortir; Je descends les escaliers, et sur chaque marche je m'arrêtè.Mes souliers se frottent par le bqutj--.se caressent du nez. Je piétiné jusqu a ce qu'ils soient satisfaits,, et souvent ie remonte; ■ • . •■ ■.•'•■ :■■ . • " : J •
n8 MERCVRE DE FRAXCE
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' " JEAN . . "
/ Dehors^ n'asntu pas fréquemment l'envie d'aller d'un trottoir à l'autre ? On est pressé. Il y a un embarras de voiture : tant pis. Il faut traverser la rue tout de suite, se diriger par le plus court chemin vers ce point qui attire, éclate sur le mïir d'en face,
JACQUES'*' "
, Je préfère viser un passant, et le devancer en l'effleurant du coude. Oh I je ne tiens ni aux bossus-, ni aux jolies femmes. J'ai le bras lourd,: et il m'est nécessaire que toute son électricité s'écoûlë dans le bras d'un autre. ,
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Sans doute, une bonne - nouvelle inattendue t'attriste?
JACaUKS '
Je rie la méritais pas et je me dëfieVje regardé au delà, et, devant mes yeux, : se matérialise la nouvelle qui suivra. Elle a une forme rectangulaire et deux centimètres d ? épaisseur. Rugueuse, d'un rouge sombre, elle tombe, tombe; c'est la tuile.
Mais qu'on m'annonce le malheur des autres ; j'ai de la peine à contenir dans nia bouche hermétique le rire qui cherche une issue. Ne. meurs pas lé premier de nous deux, ce serait trop gai. Si le malheur m'atteint, je sautille d'aîse, et, dispos, j'irais me faire. photographier. Qu'est-ce que tu as? ■
■ JEAN ■"'
Rien. Mon petit doigt s'amuse. Il s'abaisse et se relève, à l'exercice. Le yoiçi en haut v le voici eri bas. Cestpour sa santé. Une, deux, trois, quatre: Ne compte pas: tu t'embrouillerais. Marque simplement la cadence : une, deux, une, deux...
JAÇQ.UES
Curieux. On paierait cher 53 place.
' JEAN '
Talent d'intimité !?I1 me distrait, quand j'écris,, entre deux phrases. Oh dirait un geste jie pompe
JUIN i&j* X19
qui aspire et foule; L'encré mente. Ma main Remplit de vie, et quand mon petit doigt cesse, elle court, légère, intelligente.
Autrefois^ te piquais avec une aiguille ma feuille de papier. Je la couvrais de points- nombreux & comme les étoiles du ciel >V
Piqué, pique, ma bourrique ; Veuxrtu gager que j'en ar huit l
J'ai perdu cette mauvaise habitude assoupis^ santé. Celle-ci. me plaît à cause de sa simplicité et de son.isochrônisme parfait* Une, deux, une,, deux... Elle exige: moins d'accessoires. On n'a pas . toujours dès aiguilles* sur soi. Au café, à la promenade même, mon petit doigt prend spft élan et part. Qtiôi de plus pratiqué ? Un petit doigt d'enfant en ferait autant. Mais tu changés de visage,
" jacqXjes
Je t'en prie; h'ïnsiste pas.
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Tu souffres; tu rougis,; et tes yeux, comme des pavots sous la pluie, déborderit d'eau. Soïs conr fiant; Ne Tai-je pas été ? Avoue pour te soulager et mê consolei> ,
'<, JACQ.UES
Tu ;ne peux pas savoir. C'est ma grande folie invincible. Ma femme à tenté l'impossible pour me guérir. Mes enfants m'ont supplié, Un médecin m ? a dit :« I*lus vous les arracherez, plus ils repousseront. Eh outre, votre nez enflera.>>Ni les propos menaçants du docteur, ni les tendres "re-: montrantes d'une famille aimante ne m'ont ému, et cette fois encore, j'en tiens un.
Un quoi? Laisse donc Ion nez, ;.\ : jacqjjes v.*
- ; Tu me crois peut-étre r à plaindre. Tu ne : me • comprendras jamais- Sache au contraire que j'éprouve des impressions compliquées, connues des seuls initiés. La douleur et la jouissance se confondent. J T ai une narine en feu et de la glace dans l'autre^ Je ne compte pas les étérnuements
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MERGVRE DE FRANCE
joyeux, qui sont tout bénéfice ! Je tire doucement, doucement. Il me semble que ce poil est planté au profond de ma chair et que ma cervelle vient avec. J'arrive au sommet de l'aigu. Àïeï que f ai mal ï Oh ! que je suis heureux ! Je gradue les secousses. C'est une science. Ouf! Ah ! le voilà !
Je ne distingue pas*
JACQUES
Approche-toi. y
■■ JEAN ,. * ' -'.'
Oui, j'aperçois quelque chose. Mets-le devant la fenêtre, en plein soleil.
'' JACQUES -
Comme ceci?