‹ Mercure de France, tome 5Chapitre 47 sur 109 · VI · texte numérisé non relu

VI

Je descendis la longue route qui encercle la terre. Les fenêtres des maisons étaient fermées et derrière les vitres ternies dardaient des yeux perçants , étincelants. Le soleil baignait mon front, le pavé brûlait mes pieds et l'air s'épaississait autour de moi comme du feutre.

En descendant plus loin je vis des maisons in- ■

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habitées. Au-dessus de chaque porte pendait lin bonnet de nuit et des entraves pour les pieds, et des gardiens se tenaient au seuil. Je m'arrêtai devant un perron, saluai un de ces hommes et dis :

— Je désire une maison, car le soleil de midi est ardent, je suis las; tous mes amis sont assis fcntre leur femme et leurs fils. Pourquoi ne pourra is-je pas, moi aufei, avoir ma maison ?

ÀfôrsFhomme, qui se tenait devant la porte, rit d'un rire que je ne compris pas et dit :

— Tu as raison : pourquoi ne pourrais-tu pas, toi aussi, avoir ta maison ! Tû prendras celle-ci. Mais d'abord va sur la grande place et assiste au service divin avec le peuple. ' :

Je m'en allai sur la grande place où je trouvai iïrie foule assemblée,; le liez dans, la poussière, adorant une parhélie ; qui, terne, apparaissait au ciel Lorsque je regagnai la longue route qui encercle la terreyje vis de loin Fhomme rire à mon approche, rire du même rire que je ne pus expliquer.

;—- Maintenant, te voilà libre d'entrer dans là maison, de la considérer comme ta propriété; mais d 'abord laisse-moi mettre les entraves à tes pieds et le bonnet de nuit sur ta tête.

v Et il s'esclaffa ; encore,, et soudain je vis clair dans son rire : je tenais le ver qui se tordait au fond. J'en connais trop bien l'espèce, il appartenait à la ^ande famille de la joie maligne.

J'arrachai de ses mains les entraves et le bonnet de nuit et les lui jetai à la figure; et je médétournai de la longue foute qui encercle la terre^ et qui se déroulait devant mes yeux comme un blanc ténia gigantesque détaché de l'ordure d-un monstre, ~

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Je^vois ces yeux, partout où je vais, partout où je m'arrête, eh toute chose, et en tous; .

Aù-dedans dés villes populeuses et en dehors,

dans le vide du désert, au berceau du riouveau-né, : . et au cercueil qu'onenfouit sous la terre, quand les ; heureux rient et quamd pleurent les malheureux, — je vois ces yeux partout et toujours.

Dans la femme que je voudrais pouvoir aimer ^ et dans mon meilleur ami, dans le' bourreau et dans ^ la victime, dans le grand et dans le petit, — sous la toque dé soie et sous le large chapeau de feutre — îe vois ces yeux, toujours ces mêmes yeux.

Ils tournoient autour dé moi la nuit et le jour ; . le matin quand je m'éveille ils se tiennent près de mon lit, et le soirlorsque j'ai ferme les miens ils me regardent à travers Tobsc.uri té. Et ce ne sont pas deux yeux seulement comme dans une face humaine ; par myriades ils jaillissent d'un inépuisable écrin, innombrables yeux d'un fantastique polype géant étreïgnant la terre tout entière de ses bras. Ils me poursuivent comme le sort, ils se sont enfoncés dans monâme comme des dents en de la chair. .Menie si je me détourne, je les vois, . je les aspire avec Tair, je lés inhale avec les rayons du soleil, je les reçois avec les paroles des hommes et les pensées des livres.,.

Avec le regard tout a la fois d un chien, maltraité, et d'un ennemi traître — comme un poignard dégainé caché sous le ..manteau, et des pas * assoiirdis daris Tombre, comme des pensées qui

jamais n'ont trouvé de paroles, qui toujours sont, restées un murmure rauque, ^— douloureux et

astucièux,menaçantsethaineux> ils plongent dans

mes yeux, yeux de malades, de faibles,, d'infirmes, yeux d'esclaves voyant surgir le manteau azuré du Seigneur à l'horizon, d'or de .TA venir. . ""■

Une nuit d^été, par la pleine lune, j'allai dans la forêt. Parmi les aulnes de la clairière,, j'aperçus le Dieu du Temps se reposant sous les rayons de la lune.

— Que cherches-tu dans la forêt, à cette heure

JUIN 189a •'■';, ,„

sS^^^^^-Tu semblés plein de pensées, et labeur regarde par tesyeù^ "

CéttB Î*£VS U k JPt™ 6 * Pow les hommes.

coiÏÏS %n f ns vo oqté,. sans actions, sani courage.Elle est insoucieuse,màis Uac ïhdoleSee sans peur mais par fatalisme, ' fortefmaU par résl' gnat iP n.Je cherche la racine magkml qïf pourrait rendre à l'homme la joie de && Se Ta joxe devivre fait le pied léger, le ^at'foy^t et

letieû Sïf* t G ^ Snité ' ^ eIle a P^due !

, i-e uieu était calme, les veux fixé*; cnrrinfi«ï

qui se déroulait devant lui ,^éSSx ' X ^ ^ .il semblait sourire, mais soudain je le vis froncer les sources : un.brùit tumultueux, vlnin? de loin, troubla la. forêt, et l'obscurité 'se i™Etlî grand^ ^clameur 'approchait, et l'obscûrité$a«ia- Sent ait ^ K e lle P arai ^it le plus épaisse fS-

ToSà eOun w? aUX y***™^' étincelants.?louta coup les clameurs se firent, aboiements rt je yis;déboucherunemeutedè.centaines de cMenî qm s'élancèrent vers moL Involontairement je me redressai et saisjs le couteau à ma ceinture^ -

sibîe ^^^^P^l-^ moi u « rire bon, pai- ^fi^^les abois des chiens cessèrent etl'obscn nté. se dissipa, et la forêt, autour ae moi sfe

dait calme^anslanuit d'été éclairée par la pleine lune et parmi les aulnes, dans: la clairière k Dieu.duTemps^ reposait toujours, et ilriaiïl ' ..• T" lorsque 1 heure sera vernie, dit- il; et Que 1 humanité semettra à chercher la racine maSqïe étala demander comme toi, alors je précimïïraï le <W Danger. Et alors l'humanité, c3e toi .S 1 »? le couteau à sa ceinture et -se redressera' perdue^* Sentirà ^ e11 ^ re^nqùïsrSoe^

■ ■''-.'■''■. Ola Hansson. ■

{Traduction de Jhan de NiraY.y

H4 : MERCVRB DE FRÀKCE

les héroïnes

Pour Henri de. RêgnitK

Lys de splendeur et de mensonges Eclos au seuildes- vieux palais Au son des harpes, jiàhs les soiiges Des mystiques chanteurs de lais,

Dès femmes, reines enivrantes, Princesses aux yeux ingénus, A l'éclat des tresses errantes \ Mêlant l'éclat de leurs seins nus, .

Les Héroïnes, fleurs divines, Au bruit savant des rythmes d'or, Sous la pourpre et les perles fines Consentent à renaître ehcor. ■

Moulant dans d'étroites simarres .

A fantasques et lourds dessins Leurs bras surchargés d'anneaux rares Et la souplesse de leurs seins,

Dans l'ombre des Broceliande Pleines d'embûches et d'effrois, Leur troupe magique enguirlande Lès preux et leurs blancs palefrois.

Leurs yeux troublants d'aigue-marine Ont le languide attrait des flots* Les lys en feu de leur poitrine ' .

Sèment la guerre et les sanglots*

Leur lèvre ^st rouge et leur front pâle ; Et sous le hennîn couleur ciel.

Leurs cheveux roux, où rit l'opale.

Bondissent en flots; d'hydromel.

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Les Héroïnes sont farouches :

.11 faut des meurtres et des morts .

Pour atteindre au miel de leurs bouches.

Leurs lents baisers sont des remords.

Les batailles, les épopées, \ Les trahisons, lés faux serments.

Mieux qu'au clair fracas dés épées Revivent; dans leurs noms charmants :

Mélusihe, Yseulte, Genévte/ ..Triste comme un appel de cor, Leur nom baise et meurtrit la lèvre. « Qui Ta dit le redit encôr :

Et s'ariimant dans l'ombre noire ; Ou leur cœur est enseveli, \

Les Héroïnes dans leur gloire Jaillissent du féroce oubli.

La tunique entrouverte. aux, hanches, L or des cheveux en fusion, ~bes syeltes reines aux mains blanches ; Surgissent^ lente vision. .

La cliarté du songe. les baigne Allumant en humide éclair -''-'".

Lès perles rondes de leur peigne Et les tpns nacrés de leur chair ;

Et dans les feuilles trilobées -'"■

Des chardons bleus et des lys d r ôr Des reines au Temps dérobées ' ; Le clair essaim triomphe encor.

J.EÀX LORjtÀlX.

^WSCteoo

i6 MERCVRE DE FRANCE .

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