‹ Mercure de France, tome 5Chapitre 50 sur 109 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

< Une étude charmante et curieuse, c'est l'étude des poètes du second ordre ; d'abord, comme ils sont moins connus et moins fréquentés, on y fait plus de trouvailles, et puis Ton n'a pas pour chaque mot saillant un jugement tout fait ; Ton est délivré des extases convenues, et l'oir n'est pas obligé de se pâmer et de trépigner d;aise à de certains endroits, comme cela est indispensable pour les poètes devenus classiques,

« La lecture de ces petits poètes est incontestablement pus récréative que celle des célébrités les plus reconnues; car. c'est dans les poètes du second ordre ( 2 )J c crois pouvoir Tavancèr sans paradoxe, que se

trouve le plus d'originalité, etd'ëxcèntricité.Çest même

( i)Sbus ce titre,on se propose d'étudier les œuvres de quelques ■Ç-vÎt* i ? èoiini1 ? ou méconnus, principalement des XVI« et XVII« siècles, mais sans assignation de limites précises audelà ou en deçà. L'extrait de Théophile Gautier, qui se dresse en portique, à, cette galerie future, dispense de préventifs commentaires : on ajoutera seulement que la poésie lyrique étant très rare daris les poètes français illustres, elle est peut» être moins rare dans les obscurs ; d'ailleurs nous cherchons tnoms le lyrisme que ï originalité,. ■— même dans la bizarrerien y,. a longtemps que le* « bon sens » de. Molière nous dégoûte profondément,—^ mais ; hélas, qu'il y a peu de fous!

Successivement jpâraîtront dans le Mercure : Gabriel Bonnvn (Xyi«sJ,pàrG.-A.Auri^

f^Vrrr 9~^^à ; Claude Gamier{XYl* s.), Philippe Haiert (XVII* $.) y Jean de La Fontaine \YN* s.),parRemy de Gourmont; ensuite Berthèlot, Stgognes, Bertrand Desmarins de M*sfn, Charles de la Hueter te .Guillaume du Sable, etc 'du

? 7^ ; £*% MW et Mari * àe Romieu^Jcan-Ogier de. Gombauld, le P M Lemoygne, Claude de Lestoilh, etc., du XVII e s„ et d'autres. — R. G. ; V

, ;{?). Boileau se repentit d'avoir été trop dur et avoua son injustice pour lès « .poètes du second ordre. » Ses derniers sentiments à cet égard sont généralement ignorés ; voici quelques passages de la Préface à l'édition de ses Œuvres, de 1695, qui ^montrent que % le vieux Rhadamante pensait alors comme; Théophile Gautier et comme nous: t< ,.Jcme contenterai de Taverttr [le lecteur] d'une chose 'dont il est bon qu'on sptt instruit. C'est qu'en attaquant dans mes Satires les défauts

c'est ce qui explique pourquoi la scène se montre m rebelle aux curiosité» de la fantaisie. — Les morceaux lés plus vantée des poètes sont ordinairement des

lieux commun»..., .••,''■• * ■ ' '

< Dans les poètes du second ordre vous xetrouverez tout ce que les aristocrates de l'art ont dédaigné de mettre en œuvre : le grotesque, le fantasque, le trivial, l'ignoble, la saillie hasardeuse le mot forge, le proverbe populaire, la métaphore hydropique, enfin tout le mauvais goût avec ses bonnes fortunes, avec son clinquant, qui peut être de l'or, avec ses grains de verre ouï risquent d'être des diamants....

■•* Te trouve un singulier plaisir à déterrer un beau vers dans un poète méconnu ; il me semble que sa pauvre ombre doit être consolée et se réjouit de voir sa pensée enfin comprise ; c'est une réhabilitation que ie fais, c'est une justice que je rends; et si. quelquefois mes éloges pour quelques poètes obscurs peuvent, paraitre exagérés à certains de mes lecteursi qu.ils se. souviennent que je les loue pour tous ceux qui les ont injuriés outre mesure, et que . les mépris, immérités provoquent et justifient les panégyriques excessifs. »

• Tiikopiulk Gautier.

(Les Grotesques.) .

CLAUDE D'ESTERNQD

De tous les poètes satiriques, erotiques, burlesque» et un peu grotesques (tels des mascàrons mimant par la déformation de leur face l'éternelle moquerie dont leur Ame est boursouflée) que lit éclore la verdeur du siècle dix-septième, le sieur d'Esternod f seigneur de

de quantité d'écrivains de notre siècle, je n'ai pas prétendu pour tel* êter à ces Ecrivains U mérite et Us bonnes qualité^ qu'ils peuvent avoir d'ailleurs... je veux bien aussi avouer qu'il y a dm génie dans les écrits de Saint Amand, de Brebeuf, de Scnderi et de plusieurs antres que j'ai critique^.

• ■." ,,-. JUIN 189* ' ,;i»,

Franchère et gouverneur cTÔrnans, est l'un des plus inconnus, des plus étrangles, des plus excentriques /des plus hétéroclites, des plus musée-secret. Il était né à Salins en 1596, et, dès qu'il eut Tâge de raison, un cheval et quelques pi s toi es t il trotta vers Paris, où l'attendaient comme un frère tous les rimeùrs éhantés du Parnasse satyriqûf^ les Berthelot, les Matin, lee Sijjognes, les Saint-Amant, peut-être Mathurin Régmer, à l'exemple duquel il blasonna ses contemporains, en un volume appelé Y Espadon satyriqtu \t). C'est tout ce que Ton sait de Claude d'Estcrnod et on ne peut le connaître qu'en feuilletant ses élucubrations : elles disent un poète d'une singulière virilité et d'une souplesse, rare ; elles le; proclament un autre Régnier, moins soutenu, sans doute, mais moins monotone, parfois aussi solide, et doué d'un certain lyrisme grimaçant.

Plus. que chez Mathurin Régnier la rime est chez d'Estêrnod inattendue ; elle vient de loin souvent, ce qui fait les belles rimes :

■ Ceste Médée enchante, pipe Père, jrival et.zélbtfpe,

. Sa langue est plus osée, plus pittoresque, pleine de mots partants, d assemblages baroque s, d'images contradictoîres ; à propos des courtisans :

lis font les Rodomont», lès Roger», les Bravaches, Ils arboriseront (2) quatre on cinq, cens pannachês " •" Au feste sorcilleux d'un chappeau de cocu Et n'ont pas dan» la pocha un demy quart d'êscti.

Et il les montre ; ,

Gringottans £3 ) leur satin comme -asnes leurs chnbales (4), Piolez (5)^ nolez (6), fraise*, latinisez, ; Veloutez, damassez et armoisinisez<7).

(1) Lyon, Jean I/Autret. 1619.— Rouen, 1619, — - Lyony Jean l'Autret,i6*tet 1636,— Rouen, David Ferrand,i6s6 et %A* ■— Cologne, Jean dTBscrimerie* ioto. — Amsterdam; A* Mortr jens t . 17*1. ~ Pari», 1863. — L'édition de Cologne est en réalité, hollandaise; celle d'Amsterdam, imprimée à Paris ; celle do Pari», n'a été Vendue qu'à cent souscripteurs. . ; (2) Arborer, . \y) Faire sonner, claquer, ;

!4 Sonnettes.

Diapré, rare ; Baïr ;

Le nombre on ne dît point f au renouveau % des fleurs Qui lespre\ pioïe^ bigarrent de couleurs.

(6) Bigarré. . . '

(7) De armoisin f sorte de taffetas/

\ H MERCVRft DE FRANCE

Il est "capable dune grandiloquence toute castillane :

Moy qui bride les vens, qui charme les esclairs, Qui donne, la lueur aux espaces des airs, Qui commande aux frimats, enchante les tonnerres, Et cognois la vertu des herbes et des pierres ; ; Qui fais pâlir chacun de craintes et d'effrois, . .

Moy qui -suis- le mignon des seigneurs et des rois,

Moi, continue-t-il (iiidigné des. prétentions dételle vieille fille sur sa personne), j'irais épouser cette « infâme Méduse * ? Description truculente et boufforine des hideurs de la pauvre amoureuse :

Tout ainsi que Ton voit dessus le pont au Change La montre de l'orfèvre, ou tantôst un coral Rougir contre vos yeux; ettantost un cristal. Donner de son brillant dedans votre prunelle,. Icy du diamant pétille 1 -étincelle,..

Icy reluit l'opale, et du saphir le pris, - Deçà un hyacinthe, un agate, un rubis, De là la calamité (i), icy les perles fines, Deçà un beau carcan (a) de riches cornalines ; Ainsi, sur l'abrégé d'un si rare menton .

Vous y voyez tantost dorloter (3) un bouton, Quelque gou telle icy de vérole le signe, Deçà quelque malandre (4) et.de là quelque tigné(5).„

Donc,

Retranche toy , Gorgone, au ténébreux manoir, Et n-espere soûlas en l'amour qui te ronge; Si les Incubes vains ne te causent un songe Qui te fera penser qu» j'amortis tes feux.;.

Ironie que reprendra François Maynard,en un propos analogue, congédiant une vieille :

Et si Ton ne baise aux Enfers N'espérez plus d*ètre baisée.

(1) I*ierre précieuse impossible à identifier. — Il ne peut s'agii ici du styrax, calamité 0x1 stôrax } lequel est un baume résineux; il y a peut-être confusion avec \& calamine oxs,,cadmU) concrétion pierreuse jaune gris, jaune blanc ou. brun rouge ; ou avec le cttl.imus indiens,, sorte d'astroïte, ou le ca~ ïamus aromaticuSy qui est un coralloïde.

(3) Collier; le P. de Saint-Louis, dans la Madeleine ;

Essences., camiiycùx, poudres, poinçons } clinquants , Roses t plumes, atours, càHets, nœuds. et carcans,..,

M Se dorloter.

(4) Crevasse, ou pustule (Lat.: tnalandria-)

(5) Sans doute teigne.

JUIN rS9* ; : '--M*

D'Estèmod lui-même, et cette fois en vers exquis, a redoublé cette idée :

La salemandrc (ï) ne m'agrée ;

Je ne boy point en jean troublée "■■'./

Comme un chameau; dans les brasiers '.

Je ne vy point en pyralide (a) -;'

Mais j'imite la cantharide

Qui n'ayme que les beaux rosiers.

Sa conception de l'ambur est simple. Tout maté* riel, il a réparti les femmes en deux clans, les belles et les jeunes* lès vieilles et les laides ; et toute sa diplomatie amoureuse s'occupe à capter les unes, A évincer lés autres; Les beÛés, ce sont les- bien en v point, les bonnes vivantes, celles qui promettent de larges, satisfactions, des déduits où on se prélasse : le seul chagrin qu^unp iemme puisse lui causer, Vest de^ faire la sourde oreille à ses propos,— réserve qu]il ne comprend pas : pour lui, les cavaliers et les jolies filles n'ont qu!un devoir sérieux, être aimables au possible, ne se refuser rien, et sans autre préambule — se joindre; Il déverse alors les métaphores les plus désobligeantes yiour l'amour, les plus grossières, les plus bbscèhes.Àcceptables seulement cales qui ne sont que pittoresques ; ainsi, lorsqu 1 iI invite Magdelaine à accueillir les clairs qui se meurent pour elle, à leur faire; une bourse de son amour et à les enclore là, occis de joie,.

. Ainsi qu'on void une pànteinë {3} ■■.'"..'■ Des bécasses serrer les cous... .

Ou bien lorsqu'il murmuré; calmement :;'

. . votre noc est de fine bure...

Votre noc est doublé d'hermine,- ■ On en feroit une hongrejpie (4)...

Voici quelques strophes du Paraniihphe de la vieille qui fit un bon office ; .il chante sur le mode ironique

{1) Salamandre.. -

(a) Sotte de papillon de nuit.. :

(3) Met à prendre les oiseaux^ ~ Mot tout à/fait différent de paniinc

, Li orles esioit de pantine, : ■

Çq est une heste marine.

(Les Biius Desconnbus.)

..' (4) Hongreline^ manteau de guerre et aussi vêtement de femme.

i*f, MlïKCVKH I)K FRANCK

HWM»-*i ' ■*!>

U*» adre»»<:» d'une Mucêttit i|ui lui avait procuré une

l>Hlr fille ;

Tu ttw» pipe par tort adre»»e,

Vie UJ*? »yb*Je t une d««*»e

Qjie J'honore plb» «pie me* youx v .

II nW i>;ih ingrat; il dira bien haut Ut* Ifruangf?» dis l;i lio'mif rf)lrirm« ; ttfiiH« *?t tout* In natiiri* li** rYîptftera; I*- nom <W* lu TieilIfT amir nrra crié dana len ruon, pro- ■ fén£ par le» animaux :

Toute cette *otte canaille <^t v* criant ï JmUrc en e*c:ittk f . Ciboules , Ki mort jux »fmrU; Me* beaux iuv<ît» ( ma gro*»e guîgûe,

* N* chanteront, o mere (figne> Qjic te» vertu» dedan» Pari»,

PUt», <:orbeaux, hiboux, corneille», Viendront ntefïcr <1an» no» oreille».

Ne c roua Mant que te» irertu», K<m» a*»eurufi» par leur ramage Ope tu >* fait pur ton Langage

Ccttl imite homn^i bec<pie»-comu* (i),

* ' . * N01 pig*"»** n "* ojrton*, r»o* cuite» f Ko* «bien», iwrt chevaux et no» a«ne* M'otitonneronl arutre* t:han»on*;

'■■ ï-e» aveugle» »ur leur vielle .

K« chanteront autre nouvelle Bp mcruliatit thitt* no** maison*.

Mille faneur» *:\ mille m-Mnjufï*, .

Sur l':tiri» p^til» l*Mn'"Mi-r» de hà»fpie*, ( Te ch jtitcriiiit en leur* platiplan»; ' ' ' !,o fnîri »ie no* lidiifntc»

Et le glouglou tic no» marmite» fin tioliillcrrmt plu* «le .mille au»,

Régnier, Bertbclot et Sigongue (s) Ht «tcdan^hoatel tic Hourgongne Vautrct, Valerant fit fiautcaUj

{ean Farine, Gautier GargiulU [t -Gringalet iït BriMçambille {?)* fin rimeront un air nouveau* .

Sourie «n l*rur*» tend re» ca »* me», PitoU, beh,-tt<:», martc»> foync«i f Ht le» chat» en leur miaou, Le* oyicany- en leur "tirelire, *

Nou* entciulron» chanter et bruire Ton proiic«*c» »ur le filon/

ij San» doute rocu%.

» Voir plut Irtin les note»»

(j) Acteur», pitre* ou chanteurn populaire»..

JUIN if?» , i%i

Tt» e# plu» fine, rie *Ue drogtie, : Que Mot «géra, cei artrokpM .

Qj»i fil JJMλ en roy «» l*a&.

Tu e» pi*» finît <|t»4» la Jto«*#* . Ht ijoe Céiwr, qui v* e* ItM»** .

I)4n» te Mb**, çoimne tm **el**r, r ,

Ontc V^rrif burlesque jie maintient pendant troî* cimtfi wrb,«t,£ vrai dire. VEtpadm tout entier, même

et surtout - quand limage devient lupanafe»<me f

nonne «in lit plu* amuwant cliquetis de mot** et d'évo^ «ration* bizarre*. Danr ct> g«*nre, il faut citer encorda pro0ojwp.ee du Juif errant :

Je me nomme le JtiifKrrant; Je vai* 4e'-'ç4 de lé courant, Mo« togU *»t au howt du monde ; Tantant je »ni* eti Trthijwnde : Et p«b soudain efiezlè- Valôn.

, M» ie*Jte a«wi n*cr*t pa» dç plorn,' .Car Je »tri* tté dfcwm* ta lune.

Je vj* au tUtît \croy de Thune * '

lit aujourd'hui Ut; pr**tre^Jat»„, Je nui», uni bomm* de toute heure, . Ores nouveau, orc* ancien, . Ma patrie e»t aé je *t*ï# bi#n.

Son ««Hrangietâ pairfWÎH tourne A la bouffonnerie ; aînM le tfait dp la connultation qu'il a dû rrquérir d?ùn ''médecin, — lequel

H^crtrchc Ja langue latine . ; . / CoronW un ; bc/ucher. fait un mïniton,

■On-n çii peut guère indiquer que le pacage où il rjiaùdîL la * fiâquenée > coupable,

Quf a donné plu» de vérole* Que JVe&m Va dfc *abl«n*, .

rVjrnmcHrju fiUes, b^mr^eoi^e» ou dcmoih«UeH f îJJch "airniî toute* ^tle* méprise tfwtêv* voici non opinion cri un*; strophe fort belle ;

Ammir f te» plu* douce* parait»

lit M% Ànb^in it) #çirit le* pi*tole§.

Ni toM: ^t»e ce »/>ktl relnît, J/on voit trembUr le* pucelage», Comme pendant le* grand» orage»

Le* arbre* tremblent jour et huit

Il c*t d uru* ferondit/î rare en images biiarrc». Sur, l\icco^trement d'une vieille femme :

Ce»t une musique «ant notte f • .

Qno 1er dama vile* v*rtre cotte ;

— M)ib » -m

(i; Sa Ai âvvtio kmmtèeig.

Et ces feuillages engraissez

Me ressemblent de nos grands pères

Les tombeaux, dont les caractères

Nous ne pouvons' lire effacez.

Elle est, cette cotte, crottée,; : Pleine de plùiè et tempestée, .Comme un crapaud dans un maret»

Elle a été incarnadine,

Mais elle a pris dans la cuisine . -

Une couleur. d'harenc sôret.

Que les femmes préfèrent les actes aux mots :

Car au regard des damoisèlles, :

/ \ Les paroles ce sont femelles ..

Et les effects hommes d^Etat.

Entêtement des femmes; elles disent : ,

Et quand bien nous aurions du lait dans les. mamelles, Nous prouverons encor que nous sommes pucelle s.

11 nous montre une dévote . ;

Qui porte un habit fait d T hy mues- et déraisons.., : Son poil entremeslé, comme le grisouris, Est 1 habitation des bienheureux esprits.

SL d'Esternod avait voulu brider sa « phantaisie > et s'appliquer au langage à la mode, il eût, tout comme les autres poètes, de son temps, estimés des professeurs de littérature, ordonné de placides odes amoureusesytémoin . ces quelques vers d'un Prélude adressé à Caliste :

Toutes les fables sont muettes .

Et les contes du temps jadis

Né m'ont fait croire au paradis ■ ■

Sur la cime où vont- les poètes. - " . *

Je n'ai bu jamais à la piste D'Apollon, ny de ses neuf sœurs; ■ Et si j'ai gousté des douceurs, C'est sur la boucte de Caliste»

Le nectar que j'ai pour remède Et pour amorce à mes fureurs Passe Teau.de ces discoureurs ■.

. Et la boisson de Ganimède;..

Il reste d'intéressant à noter dans l'œuvre du seigneur de Franchère la Satire du temps a Théophile. Attribuée souvent à un poète nommé Courval ou à un sieur Nicolas Bèzançon, elle est bien plus probablement de Fauteur de l 'Espadon, mais d'un d'Esterriod vieilli et assagi/ qui ne retrouve jin peu de verve que pour défendre ses amis littéraires. Elle est curieuse en

JUIN 189* ■* r r . /\ r]: : X29

ce qu'elle rapporté les opinions. qui couraient dans les cénacles" de « jeunes > vers 1619.; Après avoir loué le; ■■ grand,Théophile,

Esp rit hermaphrodite, esprit qui -se fait voir . Dans ses doctes escrits vrày démon de sça voir,

It commence le Chapelet des critiques que profè-. rent contre les maîtres tous ces < rimasseurs >, Champignons avortés des humeurs d'une nuit./ Tous ces imberbes sots qui '

Comme de j e.unês. ours sont conduits par le nez.

Voilà ce que disaient les « jeunes ours > :

Ils disent que Malherbe emperle trop son stile, Supplément coustumier d'une veine fertile, ..."■, Et -Qu'ayant travaillé deux mois pour un s onnet Il en demande quatre à le remettre au net ; Que. ses vers ne sont pleins que de paroles vaines , L Et delà vanité qui bout, dedans ses veinés/./ Ils blasment, desgoutez, ï'ïris de Delingendes (i), Disent qu^lestoit bon pour faire des légendes; Et que, trop familier, vulgaire et complaisant, - Pour se rendre plus dur : il parle en paysant... - . Disent que Saint- Amant £3) ressemble le tonnerre, Tanstôt voisin du ciel et tanstdt de la terre'-; Que lès vers de Hardy (3) n'ont point d'égalité r Que. le nombreluy plaist.plusquela qualité, . ■ Qu'il est capricieux endiablé,, et que lEstoilé (4)/ '

. Prend un peu trop de vent qui enfle trop sa voile ; Qu'il se hasarde trop et que, mauvais nocher, Il ne cognait en: mer n'y ços te n'y rocher. H Ils disent, quant à môy(5), que je n'ay point d'est ude, Que tantost je suis doux: et tantbst je suis rude ;

.Que Ronsard, est pédant, et que tous les auteurs

Qui. furent ,de son temps n'éstoient qu'imitateurs ; Qu'ils ont tout desrôbe d'Homère et de. Y ïrgile, ■■ - Ils nW pas seulement espargné l'Evangile;

Me.sme ils disent de toy (6) que ton esprit malsain -

(1) Né à Moulins, mort en 1616* Il s'agit ici des Changemétis de la Bergère Zrï>, poème en cinq livres, tout en strophes de six. vers de huit syllabes,, dédié à la princesse de Conty-

(a) Cf. Les Grotesques. .

U) Alexandre Hardy,, Parisien (1560-1630V

(4). Claude de Lestoile, sieur de Saussey, mort en 165a, On trouve ses vers dans : Recueil des plus beaux- vers de Malherbe t Racàni etc v (16:27) ; Nouvelles Muses des sieurs Godeau.CAaéerl n h? tC * ( t( *^ *> Muses illustres- de Malherbe, Théophile,, etc.

(5) D'Esternod.

(6) Théophile. - ^

ï? o MERCVRE T>E FRANCE

S'extra vague souvent au cours de son dessein;

Que Garnier (i) sentie grainreclùs, et que Porchère, (a) Mercenêreau profit, met sa muse à l'enchère ;

Que' Cygoignes 3)* Régnier (4) et l'abb^ de Tyron (5)

Firent à. leur -trespas comme le bon: larron:

Ils se sont repentis; ne pouvans plus mal faire...

Disent que MallçFville (6) avecque sa Clytie, . .Divin, métamorphose une rose en hortie;

Jappent après Racan, envient son renom, ;

Trouvent son vers barbare autant comme son nom; ;

Que. Gombault fv), embrassant la façon d'Italie, ;

Par son Endimion a délaissé Thalie;

Que Nasse (8J est un censeur et. qu'il n'est satisfait, ■ Tant il est plein de vent, que de ce qu'il a. fait,;.- ; s

Rien n'évite leurs coups. Us disent que Bartas (9)' "..

•La terre avec le ciel emmoncelle en un tas ;

Qu'il veut parler de tout et, que sa poésie

Est aujourd'hui, sans plus, toute rance et môisie...

Et pour clore rénumération y d'Esternod fait sa profession de foi, dévoile ses goûts de poète : .

Chaque sorte de vers demande iin stile à part. Selon la gravité quuh sujet lui despart.

Sotie musicien dont la note est pareille.

Puisqu'un* son varié contente mieux l'oreille.

(1) Non pas sans doute Robert Garnier, mort depuis plus de trente ans, mais Claude Garnier, gentilhomme parisien, ami de pesportes et de Vaùqùelïn des Yvetaui, auteur de; Les Royales Couches ^1604); L'Amour victorieux (1609); La - Muse infortunée (1624), etc. 11 fit de -, beaux vers d'une admirable concision : ' L .'"■ '."..''" ' Fléchir ois-je aux corbeaux avoué 'par tes cygnes .? *■■■.,..

(a) Non, Porchère d^Arbaud, mais Laugier de Porchère, mort nonagénaire en 16535 ^ ses vers s ® trouvent dans zVAcadé m te des modernes François ( x 599) ; Le Temple d'Apollon (16x1}; Cabinet dès Muses {16 19), etc.

(3) Sîgognes, poète licencieux dont on trouve les vers dans: Cabinet sa tyrique ; Délices satyriques {1620); Parnasse satyrique t etc. Mort en 161 r, gouverneur de Dieppe..

(4) Mathurin Régnier.

(5) Desportes, abbé de Tyron;

(6) Claude de Malleville, Parisien, mort en 1647^ Ses poésies parurent en 1649, chez Courbé*

M Jean Ogïër de Gombauld, poète huguenot, mort très âgé en r666. Son Endymion ,. roman, est de 1634.

(8) Inconnu* Il y eut un Rasse des Neux, médecin et bibliophile, dont on sait quelques vers burlesques.

(9) Guillaume Salluste du Bartas. ; ■*,

■'JUIN 189. * 3 t

Tantost la fluste est propre et tantost le haut-bote.

Le terf 4u premier coup ne rend pas les abois-

Il court, il se repose : ainsi, la poésie

Diverse esgaîe mieux l'humaine phantasiè. r

Tel est l'abrégé de r Espadon satyriqm^ — abrégé infidèle, car les traits obscènes ont dû rêtre épargnés,

Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère*

D'Esternod pourtant né voulait qu'être vrai et moral, et c'est peut-être mal que d'ombrer ainsi la moitié de sa face; il avait de grandes prétentions: celle de tracer de la pointe de son espadon (i) c un épitaphe immortel^; de rendre, « avec sa- généreuse flamberge, le monde net d'ordures, -comme Hercule la terre des monstres >^Àinsi s'est-il exprimé avec un assez noble orgueil dans sa dédicaça à un inconnu. Ces illusions, des, contemporains les encouragèrent: Nicolas Faret, Jacques Mauginelle, Henry Fagot, le sieur de Boissat prônèrent Y Espadon. Boissat dit :

Espadon digne : de mémoire, , . - .'

:- Qui, profitable à son ouvrier, .

Sers plus de burin pour sa gloire Que d*instrument pour son, mes tier, Jamais ton atteinte n'est vaine ; .Kais tu frappe* avec douceur, . -\ Puisque ta trempe est Hippocrène Et un poète ton fourbisseur,

D'Èsternpd eut toute, licence de faire imprimer ses : vers, car il vivait, dan s un temps où les hommes étaient libres de s'avouer hommes, où chacun écrivait sous la responsabilité de sa. conscience, disait franchement sa pensée en tels termes qu'il lui convenait; l'autorité, après avoir lu des satires dont la plus douce entraînerait aujourd'hui de rigoureuses prisons et la flagellation hypocrite dés protestants, nos maîtres, — que

U) Le frontispice du volume représente un Satyre brandis* sant une lourde épée, ou espadon. Il n'est, dit Henry Fagot;

II n'est personne qui n'admire - E>« voir dans la main d'un satyre y .. ' ' ' E Espadon comme je Ty voy.

Et que T antiquité le die\ . t

: S'il s'est veu dedans VArcadie

Vn satyre amie comme tpy :;

HERCVRE DE FRANCE

d*Esternod haïssait ferme, — délivra cette cédule au libraire:

« Permission. — Il est permis au sieur Jeas X'Autret dlmpnmer ce livre intitulé L'Espàdàn safyrfoue, avec deffences eu tel cas .remises. - Fait à Lyon, ce 25 avril 1610. ~ . Du Pauzet, lieutenant particulier.. » / y

Et c'était juste, car. il s^agissait d'un homme de talent d un poète quia pu dire de soi-même, et nul ne 1 en démentira : 7 .. .

Sans dérober d'auixuy figure ny méthode, - Suivant mou sens commua, je travaillera ma mode.

REMY DB GbUJtMONT,

JUIN 189a

REROSË, DOUL&UR

Poète, prends la sorpbre scabïeuse^ '■■'■;■ Labrurië échévelée au doux parfum qui mord,

Pleur de deuil, fleur de veuve, fleur ombreuse, Sur ton sein profond comme. la Mer ou la Mort..*

Dis-moi de quelles nôstalgies-riévroses, Langueurs, satiétés, funéraires débris, :

Parfums perdus, \effpndrèment de choses, - .

v Est faite sa corolle aux replis assombris ?

. . De quel tissu; de quelle: étrange trame Est sa; robe de serge, de pourpre et de feu?

■■ • : De noirs lambeaux arrachés à quelle âme.... Ou d'un loup de velours*. .. tâché de sang un peu ?

- Quelle est l'haleine. énervante, navrée, ; Lourde . de lassitude et de subtils relents

Comme un vin vieux, qu'exhale, vulnérée, Sa patiente ardeur sous tes souffles brûlants ?;.;

Comme un grenat son cœur sombre en lui pofte

(Rouge tison couvant un feu cruel) Une larme où survit une tristesse morte, VirtueUè.lueur d'un éclair éternel....

-nx £ p \ qui sais ' 4^ vois, qui chantes^., Poètel Kévèle lès vouloirs secrets de cette fleur -

Voluptueuse, ténébreuse, si parfaite : -■-,.'* Dans les empburprements de sa noirceur/

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