‹ Mercure de France, tome 5Chapitre 63 sur 109 · RONDE · texte numérisé non relu

RONDE

Elle gardait ses blancs moutons Dans la prairie itu clair de lune, (J'aime la blonde,aussi la brune) Elle gardait ses blancs moutons, La bergerette aux blancs tétons.

Lefils du roivint àpasser Qui par les bois faisait sa ronde, ( Jaime la brune,aussi la blonde) Le fils du roi vînt à passer Qui lui demandé à : l'embrasser.-

— « Àh ! fils du roi,, pourquoi toujours Aller au bois chercher fortune ?. r

i Tàirnë la blonde,aussi la brune)

Ah ! fils du roi, pourquoi toujours ■ , .

Au moindre vent changer d'amours ? *

— « Qu'y faire? L'amour est changeant Comme le ciel,- la terre etTonde, :

— "c Mais nous pleurons, nous, pauvres .cœurs,

Sans espérance ni rancune,, (paime la blonde 4 aussi là brune) Mais nous pleurons,nous,pauyres cœurs, Dé V-abandoh de nos vainqueurs. »

— J'aime la blonde et je fais bien, Puïsque-c est le trésor: du monde, (Faime la brune, aussi la blonde)

i'aim.e la blonde et je fais bien,

['aime la brune et n y peux rien*

Gabriel Vicaire.

JUILLET 189a

DÉS A CC A PÀREURS

Il s'agit de Messieurs les Musiciens et de Messieurs les Librettistes. La récente exhibition r sur la scène de l'Opéra, d'une grande machine lyrique, extraite non sans douleur et sans tintamarre de réclame du prodigieux livre où Flaubert évoqua la vieille Carthaçe, montre une fois de plus V impudence de leurs empiétements et de leurs déprédations. Des compères, quelques amis, nombre d'imbéciles naturellement, ont applaudi, Salammbô,— version Reyer-Du Locle — est à lès en croire un triomphe pour la musique française ; les auteurs et les interprètes défaillent sous le ' poids des couronnes et l'unanimité des félicitations ; ; fa direction jubile et de fortes recettes se trouvent assurées ; la partition, est étonnante, l'orchestre et les chœurs sont mirifiques, les costumes somptueux ; les '• décors mis au concours ont même le mérite de 1 inexactitude ; le ballet nous danse quelque chose avec des ribaudes (!}, et dès mercenaires. — Voilà qui est alléchant, et nous excusons lès soiréux devoir glapi sur tous les tons et dans toutes les langues qu on n'avait jamais rien vu de pareil- — Leur satisfaction et la joie naïve des mélomanes ne m'empêchent nullement, toutefois", de retenir la morale dé l'aventure : on a encore gâché, sali, abîmé, massacré une œuvre haute; suivant; lès habitudes des musiciens et, des librettistes, on en a fait un guignol, un carnaval, une

foire. '-■'..■ " . ■■ "-■'■-

Mais il serait trop facile d accabler M. Du Locle; sa littérature n'existé point ; la pièce qu- il a tirée de Flaubertestau-dessous.de toute discussion ; on ri y coudoie que la bêtise et Fabsurde; je ne pensé pas qu'on puisse en lire dix vers sans pouffer ; des admirateurs de l'entreprise déplorèrent d'ailleurs ses tripotages (i); et sans les blâmer, constatant simplement que pour la besogne une certaine dose de candeur — ,;

(j) Article de îîw Baûer, Echo de Parts, 16' mai.

*o6 MERCVRE DE PRANCE

voire d'inconscience artistique — étaient nécessaires; j'estimerai surtout indécent qu'on se permette dé remanier le livre d'autrui, de coupailler, d'amputer, de re pétrir à sa guise un poème qui n r est pas le sien, d'en tirer du théâtre bouffon, de sots livrets pour les opéras,

Certes, je ne saurais me croire appelé à parler ici aii nom de la littérature et de l'Art; Icesgraiidsmote ont bien traîné et me semblent devenus puérils. Je veux dire mon sentiment personnel \sur un fait qui me choque, sur un usage que, par un esprit de contradiction sans doute, je juge humiliant, — sur un procédé que la coutume approuve et qui me paraît indélicat. J'ajoute que je ne m'illusionne point sur la portée dé ces revendications; que je dénonce, par plaisir tout uniment, les inconvénients d'une trop longue tolérance, — et le blâmé que peut-être mlriflîgera la galerie ne nie chagrinera guère.

On ne nous dit, point en somme que Flaubert ait permis à M. Du Locle de confectionner sa minuscule histoire d'amour, qu'il ait vu ce piteux livret dç Salammbô, qu'il Paît approuvé,— cette supposition déjà, ne fait-elle pas sourire ?.— Pourtant, la question dépasse la petite plaisanterie de M. Du Locle* Il n-èst pas plus coupable que tel* arrangeur* de Shakespeare et dé Goethe ; il Test autant et d'aussi triste façon. '

De ce qu'un auteur présent — ce fut hier le cas de M. de Goncourt — : laisse retaper ses livres, s-amuse de les voirie profiler en scénarios sur les planches de l'Odéon et du Théâtre libre, il Jie résulte pas absolument qu'il soit licite d'opérer quand il tourne le dos, de le supposer toujours bénissant du chef. Bien . mieux, — et il est cruel d'insister sur une chose aussi évidente, — ridée d'une autorisation sollicitée impliquè là possibilité d*un refus ; l'auteur seul aponvoir de livrer au public dun Gymnase pu d'un Opéra- Comique, de lui-même ou par des mains tierces,

l'œuvre qu'ira enfantée . IT disparaît, et personne,

pas même ses parents, ses héritiers, tsi souvent des cuistres, — à moins d'une clause .testamentaire formelle, n'a le droit de s'entremettre au profit des yaçues combinaisons de la boutique théâtrale. La jurisprudence accorde aîix légataires le bénéfice d?ar-

JUILLET i8i>? . . .-,• ao 7

cent, dés rentes durant une période connue, parle prestige d'ouvrages qu'ils dntpresque toujours mépmés du Vi^nt de leur producteur, auxquels — on peut le

crier hardiment-^ neuf fois sur. dix ils ne comprennent goutte.et il est bien juste qu'ils lés conservent intacte. L Quiconque maintenant abusé de leur silence, de leur futilité, de leur insouciance à sauvegarder la mémoire de celui qui les a enrichis à ses. dépens, — quiconque Cotise leur désir mamonnéted'a^«enter

les sommes qui leur sont allouées : par à**PW°**&* au goût du jour, par des mutilations et aes^transforniations niaises . de romans en comédies, de poèmes .eXéràs, - quiconque les aide à battre monnaie en dénaturant les œuvres dont ils sont —pour si peu de temps—les dépositaires,commet une action reprenen- ■'■' sible — -Et, bien, que la loi ne connaisse pas de ce cenrè de dait — elle a tarit d'occupations I — nous levons admettre que les librettistes, le plus souvent hélas, se conduisent, par cela, comme des mauai-.

Pour en fihïr avec la misérable pièce incriminée, le sais bien que des commérages, nous transmirent le bref récit de quelques conférences entre Flaubert et M Rêver: leur entente, affirme-t-on, était partaite; ils aspiraient autant l'un que l'autre à voir ^a™??£ évoluer devant eux, déguisée en cantatrice. Théophile Gautier, dont fut priée la muse au labeur profane de l'adaptation, puis M. Mendes se récusèrent. M. Du Locle n'est que le pis aller, le Scribe quelconque le premier librettiste venu^ — parce qu u fallait quelqu'un. V- Eh bien-! c'est convenu. Que la faute^h» soit Wcère^lécode d'honneur de la confrérie a dû I absoudre ? par avance; et pour sa satisfaction, je le reconnaîtrai publiquement, — car, après tout^e Jie veux point mWer ^'histoires, — je suis persuadé qu'a s'est mis en règle, qu'il garde en .poche tous les consentements jusqu'ici exiges par 1 opinion. SU y tient rnême, tant il est lbin.de ma pensée de au cher r cher querelle, je le saluerai le plus galant homme de là terre.', son «eul: tort fut imè douée présomption,par quoi il demeure justiciable de la^ critique. — Cette déclaration, je la fais doutant/plus votontiers du reste que je m'attaque aux procédés quotidiens des ffinettistès et des compositeurs, non A. leurs per-

Innés :étie demeurerai persuadé de ceci, en deprtae nte sAfoânàtion^ — Salammbô n'a vu la sampe que

toute

ao8 MERCVRE DE FRANCE

parce que Flaubert est mort. Vivant, il eût arrêté les frais, le démarquage ; il eût reculé devant la; caricaturc de son livre, le tapage ridicule et malsain, l'auréole de carton, le faux nez et les. trompettes fausses d'un triomphe de mardi-gras*

Page 1