L'HAMEÇON
Poil de Carotte est en train, d'écailler ses twmjons des gon o„s,. .des aWettes etmêmldTs perches. Iiles gratte avec un couteau, leu? fend le ventre et fait éclater sous son. talon les vessies
il S% T SP ^t nteS - ? rëunit 1« vidurel pou? le chat. Il, travaille, se hâte, absorbé, penché sur
moùnfer; bIatlC *^*'* -^*^*J*' Madame Lepic yiènt/donner un coup d'oeil
pèche une belle friture, aujourdftui. Tu n'es mÏ maladroit, quand tu veux, i . . " 5 pa *
. Elle M' /caresse- le cpu et les épaules mais
Elle a un hameçon piquéaTibout du doiirt Sœur Ernestirie accourt. Grand Frêré Félix î à ,. suit, et bientôt Monsieur. Lepic lui-même arriva .-- 5 Montre voir,*, dïsènt-ils. • ■ '.
Mais elle serré son doigt dans sa mue ëhtt*»
dîrS°^' eVl^eçon sWonce^ffprofoÏ!
dément Tandis.que Grand Frère Félix et Sœur Ernestine > soutiennent,. Monsieur Lepic In, S^r^ 5 ' lG lèVe 1 ? n ^ r e * ^acun pe£ voir ' tentt £$£*?: ^^^ Monsieur Lepï ,;
>~7 «Oh non! pas. comme ça ! », dit Madame Lepic d'une voix aiguë. . : : : madame
^o?f * ff | ^.l'hameçon est arrêté d'un côté par son dard et de 1 autre par sa boucle - P
Monsieur Lepic met. son lorgnon ; — « Diable dit-il, il faut casser l'hameçon ' » . Comment le casser ! Au moindre effort de 'son
et burie*^ -i* 8 dô ^ Madame -^tnatt et. hurle. On lui arrache donc, le cœur, la vie?
D'ailleurs l'hameçon est d'un: acier de bonne trempe.
— ■« Alors, dit Monsieur Lepic, il faut couper la . chair. >>
Il affermit son lorgnon-, sort son canif; et commence de passer sur le doigt une lame mal aiguisée, si faiblement quelle ne -pénètre pas. Il, appuie; il sue.. Du sang paraît. ^
— « Oh! là ! oh I là ! », crie Madame Lepic, et tout le groupe tremble.
— « Plus vite, papa! », dit Sœur Ernestine*
— « Ne fais donc pas ta lourde comme ça 1 »
dit Grand Frère Félix à sa mère . .
Monsieur Lepic perd patience. Le canif déchire, scie au hasard, et Madame Lepic, après avoir murmuré : « Boucher !, boucher ! » se trouve mal, heureusement.
Monsieur Lepic en profite/ Blanc, affolé, il charcute, fouît îa chair,, et le doigt n ? est plus qu'une plaie sanglante d'où Thamecon tombe.
■ Ouf.!,; ■ ■ , :.
Pendant cela,Poil de Carotte n'a servi à rien. Au premier cri de sa mère, il s'est sauvé. Assis sur l'escalier, la tétè. en ses mains, il s'explique l'aven-; ture. Sans doute, une fois qu'il lançait sa ligne au loin, son hameçon lui est resté dans le dos.
— « Je ne m'étonne plus que ça. ne mordait plus», dit-il. ;. . „ -
II écoute les plaintes de sa mère, et d'abord n'est pas trop chagriné de les entendre^ Ne criera-t-il v pas à son tour, tout à" l'heure, plus fort qu'elle, aussi fort qu'il pourra, jusqu'à l'engouement, afin quelle se croie plus tôt yengée et le laisse tranquille ? Des voisins attirés le questionnent;
— «Qu'est-ce qu'ilya donc, Poil de Carotte?»
^ Il ne répond pas ; il bouché ses oreilles , et sa
tête rousse disparaît. Les voisins se rangent au bas de l'escalier et attendent les nouvelles. -'-
Enfin Madame Lepic s'avance. Elle est pâle comme une accouchée, et, fière d'avoir couru un grand danger , elle porte devant elle son doigt
AOÛT iSga 30 ,
emmailloté avec soin. Elle sourit aux assistants
les rassure en^uelques mots et dit: doucement a droit .de Carotte: .>■ '/' "
.-^'^"^''^^^ynwa.cher petit. Oh!
je ne t en yeux. pas, ce n'est pas de ta faute. >
^ Jamais eUe n a parlé sur ce ton à Poil de Carotte Surpris 4 Ièye : le front. Uvoit le doigt de sa mère enveloppé de linges et de ficeUes, propre, gros et carré, pareil | une poupée d'enfant pauvre Ses yeux seoss^inplissent de larmes, '
Madame Lepic ^se courbe. Il fait le geste habituel de s abriter^ derrière son coude. Mais, généreuse, elle Pembrâssè devant tout le monde II
ne comprend plus; Il pleure à pleins yeux.
— « Puisqu on te dit que c'est fini, que je te pardonne I -tu me crois donc bien méchlnte?»
Les^sanglote de Joil de Carotte redoublent.
i : r M ? ■ b , ete . ? ^ jurerait qu'on régorge », dit Madame Lepic aux voisifls^ttendrif par sa
.Elle leur passe l'hameçon , qu'ils examinent curieusement. L'un dVux affirmeVe c'est du numéro 8. Çeu a peu elle retrouve sa facilité de parole, et elle^ raconté le drame au public, d'une langue volubile. ■■ .' " .
««Tv- — !s - r îe .-momepty je l'aurais tué, si îe ne 1 aimais -pas tant. Est-ce malin, ce petit outil d hameçon.I J'ai cru qu'il m'enlevait au ciel »
an w:K e ? QpOSe 4,aUer i'encrotter loin, au Çout du jardin, dans un trou, et de piétiner k
-- « AJ1 mais non! dit Grand Frère Félix, moi ^leprdejèveuxpêchér^yec; Bigre J un hameçon trempe dans le sang à maman, c'est ça qui S^ 11 ^ lue Je vais ïes sortir, l4s poïsWÏÏ malheur I des gros comme la cuisse I »
■'Jt-** 90 *? P *°ï dé G^6tte, qui, toujours stupéfait d avoir échappé au châtiment, exagère encore son repentir, rend par la gorge des gémissements^ ^^^ grande 5 eau les taches de son de sa laide figure à gifles.
LE TOltÔN
Ce petit toit où , tour à tour, ont vécu des poules,, des lapins, des cochons,; vide maintenant, appartient en toutes propriété à Poil de Carotte. Il rhabite le soir," après la classe. Il y entre cônimo^ 1 démenf, car le: toiton n'a plus de porte. Quelques . grêles orties en parent le seuil, et si Poil de .Carotte les regarde à plat ventre, elles lui semblent une forêt. Une poussière fine recouvre" le sol. tes pierres des murs luisent d'humidité. Poil de. Carotte frôle le plafond de ses cheveux. Il est là chez lui et s'y divertit, ^dédaigneux des jouets encombrants, aux frais de son imagination. ..
Son principal amusement consiste à creuser quatre nids avec ses fesses, un pour chaque coin du toiton. Il ramène de sa main, comme d'une;, truelle, des ^bourrelets de poussière et se cale ainsi le derrière.
Le dos au mur lisse ^ les jambes pliées, les mains croisées sur ses genoux, gîté, il se. trouve. bien. Vraiment il ne.peut.pas tenir moins de place* Il oublie le monde,; ne le craint plus. Seulun bon coup de tonnerre le troublerait. .
L'eau de vaisselle qui coule non loin de là, par le trou de l'évier, tantôt à torrents , tantôt goutte à goutte, lui envoie des bouffées fraîches. .
Brusquement, une alerte.
Des. appels approchent, des pas.. .
— «ç Poil de. Carotte ? Poil de Carotté ? »
Une tête se. baisse et Poil dé Carotte, réduit en boulette, se poussant dans la terre et le mur, le souffle mort, la bouche grande, le regard même immobilisé, sent que ides yeux fouillent l'ombre. .
— « Poil de Carotte,*es-tu là ? >
Les tsmpes bosselées, il souffre et jouit* Il va crier d'angoisse.
: — « Il n'y . est pas^ le petit , animal. Où diable s'est-il fourré ?»
Où. s'éloigne,, et le corps de Poil de Carotte se , dilate un peu, reprend de Taise* Sa pensée parcourt encore de longues routés .'-." dé silence. ;.-..
Mais un Vacarme .emplit ses oreilles. Au pla~
fond, xm moucheron s'est pris dans une toile d'a^
'.-, raignéè; vibre et se débat. Et l'araignée glisse le
long d'un fil. Son ventre a la. blancheur d'une mie
de pairi. Elle resté un instant suspendue, inquiète,
: : pelotonnée. ; '■-■- ■ ;..-. v : V-\- ■:., ,-■. . ;.-
Pbil'dè Carotte, sur la pointe des fesses, la guette, aspire audénoiiement, et quand Taraignée tragîqtte : fonce, ferme l'étoile de ses pattes, ëtreint la proie à manger, lise dresse debout, passionné, comme s'il voulait sa, part; Rien déplus; , •■" ',■■..;'■
L^axaïgnëe remonte, Poil de Carotte se rassied, retourne en lui, en son âme de lièvre où il fait : * noir. " ". "•■-.■'-'.'.'•'•''* \ '-'.".'■''■
■;.,■ Bientôt, cpmiofe un filet (Teau alourdie "par le sablé, ; sa rêvasserie, faute de pèntey Variété, forme ■S flaque;ét croupit. :, . ■
■""■■."■'■■ ."■' , Jules Renàrp*
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3 u8 MERCVRE DE FRANCE.