SUR LES BELLES-LETTRES
Bien écrire, c'est exprimer quelque chose avec caractère. Mais l'idée et le mot ne constituant qu'une seule et même substance, ou plutôt n'acquérant d'existence que par leur mutuelle évocation, il en résulte que bien écrire c'est exprimer quelque chose de caractéristique. On n'exprime pas quelque chose de caractéristique lorsqu'on exprime quelque chose qui a déjà été exprimé avec le même caractère. Ce n'est point la nouveauté d'une choçe* qui . en fait le caractère : c'est le caractère nouveau d'une chose qui la fait caractéristique , Un Heu commun peut être une chose caractéristique, s'il est exprimé avec un caractère nouveau. Un écrivain qui exprime une chose nouvelle avec un carâctèreconnu imite; un écrivain qui exprime une chose connue avec un caractère nouveau crée. Il n'y a de grand . écrivain que celui qui écrit quelque chose de caractéristique, où chose. et caractère soient nouveaux.
Tout homme a été auteur au moins une fois dans sa vie; mais il y a des auteurs qui n'ont jamais été. hommes. .
Beaucoup d'écrivains pensent; peu font pen- ' ser. " "
'■4 '' ' La littérature doit-elle faire penser ou sentir?
Grave question, que Ton éluderait peut-être en
disant que la littérature doit faire penser des
sentiments et sentir des pensées.
NOVEMBRE 189a
Qui faut-il louer plus, ou dé ceux, qui se sont
exprimes eux mêmes, ou de ceux qui^ ont exprime leur époque ? ". ■ 1. ..• CJL F"
n*J£$^ të J m ^f deux ciloses ««« : être original et se donner tel qu'on est. :
';, 2 ne &ut blâmer l'obscurité en art que lorsàue la fLrlë 1411 ^ lartiste . Pavait être Vduh|ar
nnïflSf 6 . ex B rimée s^plement s'expose toute nue à 1 admiration ou aux outrages.
On ne. parle bien que de ce qu'on aime Chaque critique devrait se cantonne? dans le^el ttt champ de ses préférences et se borner à le défricher et à le xultiver.de son mieux. QuYl ït
£3?*? dmu * es et ridicules incursions sur les territoires qu'il -ne connaîtpa*. Ce qui déprécS un critique, ce sont ses haines, .:' - precie
Une œuvre, de génie est un croc-en-jàmbe donné a la mort. . « jaunie
. •• ..' la .
Le goût est moins une supériorité de l'esprit qu une délicatesse de l'âme. -° l
Former le go4t ; public est une rude tâche, et 1 on risque d'y perdre le sien. ' ■ •
On ne goûte pas toujours ce. qu'on admire et encore moins ce qu'on aime.
Le goût est indépendant . du génie. Les .plus grands génies n'ont généralement pas été des
hommes de goût. C'est presque faire preuve de goût que de n'avoir pais de génie. ,
A défaut d'idées, les descriptions' soutiennent un ouvrage. Elles sont d'une utilité d'autant plus appréciable, qu'elles font invinciblement naître chez le lecteur un jg'rand respect pour Fauteur* ■
Aimer la uature, c'est se donner le plaisir d^être . poète sans avoir la peine de rimer. .
Décrire la nature, c'est faire étalage, pour l'ennui . du public, de tôutce .qu'on, se croit dé poésie dans Târne.
: 19 Le pittoresque est l'esprit de la description.
Chaque quart de. siècle découvre un nouveau sens à la nature. Elle est le miroir mobile où se reflètent les sensations, les aspirations,, les: émotions de l'époque. Le soleil se lève pour nous autrement que pour nos pères.:
La nature est un- expédient qui nous facilite la^ connaissance de nous-mêmes*
Les auteurs qui abusent de la nature et qui nous décrivent Un clair de lune pour nous faire assister à la rêverie d'une amante sont comme des mu- . siciens peu experts qui, ne sachant déchaîner l'orchestre, se contentent du fortes-piano.
La nature est contenue dans l'homme, et non Thomme dans la nature.
Chaque homme se regarde lui-même dans la nature. C'est pourquoi les observations sur la nature sont généralement optimistes, tandis que celles sur. l'humanité sont généralement pessimistes.
"" i'â-m?^ m °^ S accuser J ie naturalisme de négliger 1 ame humaine: que de l'encrasser. Les Grf II
SS nttODta ^ P eu de * liens charnels
1 + * ' "ii ■
— Non c p«t M V*** . tu «.T, v porcs.
n„\,i ■? ' ■ ■■ ; : * «umanité chez lui n'est
qu un frémissement d'ailes d'anges • -- ■ — Laissez-moi vous mettre d'accord 71 nV a qu un seul romancier, c'est M. X*" de l'écokLithetique ; chez lui,.rhômme est un porc ailé. 7?
. Un^auteur s'écrie; .-Tai vécu cela' V
• U>S? Ç ^ tiyez - vousde P réfé rence;iesversou
^ Un auteur accordera, toujours plus de talent à son dernier caudataire qu'à' son pLsgraVd rival
n^ n K y0it èrr f r '- ^i'océan de. la littérature, de
nombreux radeaux de là Méduse, où des affamé!
. de gloire se dévorent entre eux. .. ' anames
S a m 3 U ' le désintér essement, sS
— >r e . roman est faux d'un bout à l'autre, fàùï. ' m - slechè< l ùe de l'éditeur n'était pas
— Que y^ut ce livre? :
— Cent mille francs.
— Et cet autre?
— Moins : que rien: la gloire posthume.
Les livres qui "se vendent le moins ne sont pas les meilleurs ; mais il y a plus de chance qu'ils le soient que ceux qui se vendent le plus.
La lecture doit-elle être un délassement ou une
occupation? Vaine question. Tout délassement est une occupation qui a des charmes. La lecture de Platon a autant de charmes pour certains esprits que celle du roman- feuilleton pour d'autres. Mais comme les esprits futiles sont en beaucoup plus, grand nombre que les esprits élevés^ c'est la littérature, légère qui dispose de la majorité dés lecteurs.
II faut tenir compte deTart jusque dans Finfamie du roman-fëuilleton. Même à ce degré inférieur, où, d'en haut, tout semble se confondre,, il y a les romanciers habiles et ceux qui ne le sont pas.
'.Dans la littérature qui s'adresse aux foules,
j'exige au moins la morale.
Ce qui fait . que Ton lit volontiers des . œuvres manifestement inintelligentes, c'est que I -on éprouve la satisfaction 'de se sentir supérieur à elles. .."'.■■
Celui qui veut débiter son esprit, comme un épicier son vin, est obligé, pour, faire ses frais., de le couper.de beaucoup de sottise.
■'40 , Avoir les femmes pour soi est un 1 des" grands soucis des écrivains. Qu'ils se tranquillisent ! Ils ont toujours les femmes pour eux : mais ils ont celles qu'ils méritent. .
.: ■ -, '■."-■ " ■"'■■'.4? "■ 11 faut pardonner à un auteur d'être méchant :
jamais d'être bête/
Un écrivain qui se résoud au rôle d'amuseur, public devrait. vendre ses livres enfarinés comme • une tête de prtre^
Pour avoir écrit, urte œuvre, passable, combien'
d'auteurs se permettent vingt livres ridicules !
44 " Nous avons des trésors d'indulgence -, pour la
sottise d'un écrivain quiune fois, par hasard^a
trouvé une page qui nous charme, ' .-.
Un auteur répute qui commet un . mauvais