‹ Mercure de France, tome 6Chapitre 38 sur 125 · UNE JEUNE FEMME · texte numérisé non relu

UNE JEUNE FEMME

t Le meurtre nécessaire, dites-vous. Qui vous a révélé que cet homme ne fut point une brute sanglante et rapace, un assassin quelconque, qui n entendait rien à la grandeur de la révolte et : tuait uniquement pour voler ?

LE PHILOSOPHE

Je ne le crois pas: il a compris qu'il faut tuer et ou il faut voler, et qu'il serait méprisable et avilissant de tendre la main. On lui avait prêché la résignation traditionnelle : il a refusé audacieusement de se résigner et donné l'exemple des . coleres.Iibératnces.Deùx portraits de lui montrent assez bien comment un doute pareil au vôtre s'est imposé d'abord à quelques personnes raison-, nables : 1 un fut pris aussitôt après son arrestation, 1 autre quand sa physionomie normale eut reparu La première image est celle d'un fauve abattu • 1 expression de la figure meurtrie de coups est terrible; la seconde est d'une infinie douceur 1 œil caressant et magnifique de tendresse et d'amour. Aucune parole n'en rendrait mieux la beauté particulière qu'une phrase de policier psychologue qu'on m'a rapportée : « Il n'y a pas sourire de femme qui vaille lé sien. » Le vrai Ravachol est bien celui-là. Songez qu'il se départit un instant de sa hautaine sérénité et qu'il pleura en voyant venir à la barre des enfants qu'if avait

fait jouer autrefois ; rappelez-yous avec quelle magnanime commisération il accueillit le misérable qui l'avait trahi,iet surtout l'adieu passionné que lui adressa en face des juges la femme qu'il aimait, prisonnière elle aussi,, et sûre cependant que les. paroles prononcées lui coûteraient des rigueurs nouvelles. Son attitude pendant le double procès a été admirable de simplicité et de noblesse, et ceux qui le condamnèrent furent obligés malgré eux de lui reconnaître une âme généreuse.

. ''■■ un JURISTE

Il se peut; et néanmoins ils durent le con- L damner parce qu'il avait enfreint la loi,

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