‹ Mercure de France, tome 6Chapitre 39 sur 125 · ; LE POÈTE · texte numérisé non relu

; LE POÈTE

Le mot seul de loi me fait frissonner d'horreur " . et de dégoût. Qu'un homme s'arroge d'en juger, un autre me paraît déjà Tune des plus répugnantes folies qui puissent hanter une cervelle obtuse et . bestiale. Mais que par avance on ait - déterminé cjiie ceci ou cela serait, en vertu d'une formule imbécile, tenu pour, criminel ou licite^ voilà qui outrepasse toute imagination de férocité et d'ineptie. Il ne peut point y avoir de . commune mesure, parce que jamais sous le soleil deux actes identiques, n'ont été accomplis , et personne ne saurait prévoir . l'innombrable multiplicité des caractères et des circonstances.

un: positiviste .

; J'accorderais volontiers que la . notion du bien et du mal est conventionnelle. Mais il ne semble pas que cette convention soit arbitraire : elle exprime des rapports nécessaires et transpose dans le langage humain des fatalités sociales que la science confirme en toute certitude,

LE PHILOSOPHE

Voilà une parole bien aventureuse. Seules les démonstrations mathématiques; apportent la certitude, parce qu elles dérivent de l'esprit qui né peut se contredire. On conçoit mal, une fois admise l'idée du nombre, que 2 et % ne fassent pas 4. Mais c^est gratuitement que vous appelez

science un système de la nature : votre science est une conception momentanée de la vie, quelque chose comme une mnémotechnie à peu près rationnelle pour quelque temps et aussi ridicule* après de nouvelles découvertes, que les plus puériles des erreurs. Quant à la prétendue science: sociale, elle est encore plus vaine que les sciences physiques et naturelles , perpétuellement changeantes et caduques, et sans qui cependant, de votre aveu même, elle ne saurait exister : ces phénomènes sont trop complexes pouf qu'on. les puisse observer, et à tout moment les volontés individuelles contrarieront l'expérience et contrediront les lois chimériques.

ux POSITIVISTE

Mais encore faut-il que ces volontés se manifestent clairement. J'ailu les dernières déclarations de Rayachol, et je ne comprends guère quelrêve il s'était formé du monde nouveau.

LE PHILOSOPHE

Pour savoir très exactement ce que Ton veut, il ne faut vouloir que des choses médiocres et se. représenter le monde comme, un catalogue banal de magasin de nouveautés. Un désir précis se trouve restreint par cela même, tandis qu'une conception un peu confuse laisse s'épanouir eh leur farouche et sauvage liberté les roses miraculeuses de l'inconscience*

l'instinctif

Je m'étonne à vous écouter discourant ainsi tranquillement de ce. que les autres hommes réprouvent, vous dont la vie même est une perpétuelle négation de la violence. Vous êtes là, poètes, philosophes, près de la mer resplendissante ; les bouches des jeunes femmes ne se refusent pas à vos lèvres ; jamais vous n'avez connu la faim, jamais sur les routes d'hiver vous n'avez claqué des dents : vous ne tuerez pas, vous ne volerez pas, et vous allez proclamant à "travers le monde l'évangile de la révolte et de la destruction. Mais vous avez des mains trop timides, je le crains

pour allumer les bombes de dynamité ou tenir solidement le manche des couteaux. D'autres sVnivrent avec la haine que vous versez, et ceuxlà, dans les prisons, dans les bagnes et sur les échafeuds, pâtissent lamentablement de vous avoir, entendus^ N'agirez-vous pas à votre tour ?

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