SIMPLES NOTES
M. VERPILLON
<\£ a e £} e dé f el %— Rue du Quàtre-Septembre, devant la porte de son magasin, M. Verpilloù (de la maison VerpiUon-Smith-Plantin . fils ; et cffi • surveille le nettoyage; du trottoir, gourmande les-
™1 £T? ento I tillés 1 f è guenilles crasseuses! ïï£i£ debaiais etde P elI «, qui grattent l'as- S™ ^ Jte ;,P° l , ussen , t "«-ruisseau la glace en liquéfaction et la boue écrasée depuis le matin sous les . pieds des passants. - Je reconnais mon homme, de loin a sa haute stature, àses jambes démesurées ouvertes en compas , à son buste court et large]
b ant lïï™ b T lUeâ ' ? Ses é P aules «rrées,sem: blant lui remonter vers les oreilles par l'habitude • de tenir ses mains dans les poches horizontales de sa culotte; - mais le défilé des vSe m empêche de traverser; M. Verpillon étend il bras et me cueiûe ; il sait qu'on n ose trop résister a un personnage de sa taille, et en abuse
— Un bien ! cne-t-il, me tenant par la manche que pensez-vous de ce temps-là ? «"««aie, •
— Ce temps-là !.. Je n'en pense rien...
— v ous n en pensez rien?
« Ta 11 £ aitmal P ro P reL " °nest crotté comme un pot de chambre de vieille femme ! •
affalrST! 8 "" * ^ Ç * ^ . fait marcher les Les affaires !
Je le regarde, sous le nez naturellement. — H
ïs P rfnn a ^ F* ; . U P| aisa «te rarement, du reste ; . ses cinq employés et le garçon-livreur trottent à . la baguette, accoutumés à ses façons énergiques • Pareillement, quiconque pénètre chez fu?polr acheter se met sous sa coupe; le client doit prendre ce qu'on lui apporte, c'est l'usage; ce
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terrible grenadier considère le public comme son bien, et le traite avec une insolencfc très parisienne de ^boutiquier cossu. — Mais aujourd'hui sa petite face ronde, de framboise mûre, a une véritable crispation de mauvaise humeur; M. Vérpillon se passe réitérément une main sur les cheveux, des cheveux gris coupés en brosse, et je, crois roulés dans la poussière et le sucre (il va nu-têté du I er janvier au 31 décembre); sort. sa tabatière de métal, prend une prise, la tient à hauteur des narines, -r— et d'un ton sentencieux, de supériorité méprisante :
— Alors.,* Ça vous étonne que je mé plaigne?,. On voit que vous n'êtes pas dans le commerce... Quand il fait sale ' comme maintenant, on ne s -arrête pas à l'étalage.. V IÏ fait humide, il fait froid, on ne s'arrête pas,.» Nous autres, qu'est-ce qui fait aller la vente?.;. C'est la chaussurede luxe !.;. Lès jours de pluie, de boue, on met de vieilles pantoufles.^ On use la mauvaise chaussure, la chaussure commune... Depuis midi, je n'ai pas vendu cinq paires de bottines, pas cinq.,. Voyez, vous-même, il n'y a personne!..; -.<■■■"•
11 n'y a personne, c'est vrai. Le splendide ma^ gasin des Verpillon-Sniith-Plantin fils etCie > une des gloires de la cordonnerie française (i), est veuf de clients ; les chaises de rotin s'y alignent, symétriques, sur le miroitement du parquet, chacune ayant devant elle son petit rond de paille ; près de nous, sur le trottoir, les gens filent, se croisent sans accorder seulement un coup d'œil aux bottes à Técuyère, aux escarpins vernis, aux mules écarlates, si appétissantes; on n'examine point lés fioles d'huile fine, les boîtes de cirage (de première marqué), la peau tannée, de crocodile, pendue en montre à Trçn des lustres de bronze. — Cependant j'avais pu croire — ^ naïf —"que la
. (i) Fabrique à Bëàugéucy ; médaille de vermeil à l'expositioa de 1867, médaille et diplôme d'honneur à l'exposition, de. 1878, médaille d'or à l'exposition de; 1889.
chaussure se trouvait de vente en toute saison ; qu'on en usait, davantage même durant l'hiver; que les cordonniers, par une manœuvre -déloyale" poussaient la voirie à jeter du sel sur la neige et faisaient détruire plus rapidement, de la sorte, les semelles du pauvre monde. — Il n'en est rien décidément; M. Verpillon voudrait du beau temps toute Tannée.
* — Ah! Monsieur*.. Si nous avions un gouvernement convenable... Une municipalité soucieuse de nos intérêts,.. Voilà, nous avons un gouvernement qui ne fait rien pour le commerce... Dans une ville comme Paris, où les étrangers se donnent rendez- vous de tousles points du monde*.. Heîni de tous les points du monde !... on devrait couvrir les rues, l'hiver... couvrir les rues... Je le disais ce matin encore chez Mativois, à l'absinthe... On devrait couvrir les nres.lv". Des toitures de verre... Sitôt le soleil, on ouvrirait..
Il m'effare, M, VerpiUon-Plantin ; pourtant j objecte : r
— Et la neige ?'*■.■ : ~
— Quoi la neige! On la ferait fondre... De 1 eau chaude, de la vapeur, par des tuyaux. . . Avec les progrès de l'industrie, allez... Parlez donc de ça, vous qui êtes dans les journaux...
■ — Permettez! les rues seraient. couvertes... Il ferait froid quand même !...
— On mettrait des calorifères, Monsieur, des calorifères..-. Bien sûr, il ne faudrait pas demander 1 impossible... Les grandes voies, les Boulevards, 1 Avenue de l'Opéra;-' enfin le centre du commerce ... Pour le reste, les petits quartiers... Il faut que le grand commerce vive d'abord...
Et M. Verpillon-Smith-Plantin fils et Cie lève •'* le bras sur la rougeur du ciel occidental ; sa prise entre Tes doigts, il a le geste de donner une tape : comme les balayeurs ont terminé devant sa porte il retourne vers lesbottes àrécuyère, les escarpins vernis, les mules écarlates, si appétissantes, en ajoutant : ■ . ■ ■ ■ ■ *
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— Àhl non,.* Faudra que ça change .!.".■. Un gouvernement comme ça * voyez-vous, nous en avons assez!..*