TOPOGRAPHIE MORALE DU DERNIER AMI
Sa robe est celle- d'un chat de gouttière, jaune, rayée dé bandes noires; il porte le jabot blanc d'un officier ministériel ; il a dès pattes blanches afin de les montrer méticuleusemënt propres quand il les trempe dans le café au. lait; il ne lui reste guère qu'une oreille et quart, ayant été à la bataille, et cela lui dessine une coiffure en bain^ boche que son imperturbable sérieux peut seul faire tolérer ; ses yeux sont cerclés de charbon., à croire qu'il se les maquille d'un bout d'allumette; il se présente avec l'extrémité du nez moucheté de suie, des moustaches roides, pareilles à deux mains ouvertes, les doigts écartés, tenues de. chaque côté de la face ; — je lui trouve ainsi, quand h asseoit son petit derrière sur les paperasses dé ma table et suit de ses prunelles mystérieuses le yol capricieux d'une fumée de cigarette, la physionomie d'une bête parfaitement intelligente, d'une bête qui comprend, s'intéresse, compatit au besoin, — d'uhe bête à qui l'on -peut parler, qui répond à sa manière, surtout ne contrefait point la sensiblerie larmoyante, la tapageuse hilarité, l'étonnant, crétinisme joyeux de gaudrioles, de. ces millions de bélîtres — nos frères - — en quoi l'humanité se glorifie.
Dans la conversation, je l'appelle simplement « Monsieur », ayant remarqué son antipathie pour les noms de mi-carême dont on affuble presque toujours les êtres dé son, espèce. S'il lui arrive^ de faire la grimace en flairant d'antiques bûuquins t
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je ne lui ris point dans la figure, car il s'en offense,
fronce les sourcils, se retire très digne, et pour
un quart d heure me garde rancune. J e ne lui
tire point laqueue* je ne lui mets ni collerette
ni chapeau de papier, désirant lui éviter tout rî-
ûicuie. — bn reconnaissance de ces attentions,
+ ' 7t qUand J *F™e pour marquer du. respect
* me tend la patte affectueusement, reconduit jus- ■
3Î,ÎL f port l les visiteurs V' llui Posent, frappe
d une façon discrete-quand il désire entrer,. Ressuie
au paillasson, écoute de très longs discours sans
interrompre par des réflexions désobligeantes,
n affecte aucune répugnance pour Podeur du tabac
ne cr e qu a 1 heure des repas et de crainte qu'on
1 oublie, borne ses promenades à' descendre otL
■SSîS ? n etage ' -, ? e 1 ui ^'épargne bien des contestations, — ne découche jamais
Je ne veux point cependant le recommander comme un modèle de toutes les perfections, de toutes les vertus. -Il a fait sesfolies de jeunesse, mon Dieu ! un peu vadrouille sur les toits, confectïonne sept enfants avec sa mère (là morale, des betes ne les gène point ainsi que la nôtre) — U est grave maintenant, sans doute pour avoir
Ï™Z U Ï "f f Chi ' ma ï S J" adis i]l a ï°^ aux billes comme tout le monde, déchiré des tapons de -
papier, couru après les ficelles, fait sauter la queue de lapin, houspillé les savates, cassé quelque vaisselle. -Son plaisir longtemps "fut de réduire en charpie des collections de journaux, de tirer le linge des armoires, d'exercer ses ongles en arrachant les rideaux. *- Peut-être mèmf pour de plus considérables méfaits, mérita-t-il d'être battu : - il se mit à chiper du lard, un moment, chez les voisines, et à déposer dans, les assiettes une marchandise certainement moins comestible '• — on le surprit chapardant des pièces de vingt sous, les cachant sous un coin de tapis, se faisant • « une bourse », sans qu'il ait jamaiè voulu dire quelle en était la destination. ; - de mauvais plaisants lui apprirent certains gros mots {quand
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on s'inquiète d'une langue, on commence ordinairement par là), Finduisirent à mal répondre et lui attirèrent la menace d'une correction sévère.
L'âge lui est venu depuis, et un peu^de la sagesse. Il vit en vieux rentier, tranquille, silencieux, mélancolique le plus souvent; l'été, il considère durant des heures la folle giration des mouches ; il écoute les bruits de la rue par la fenêtre bail- . lante, prend le frais, rêvasse à l'ombre des. persiennes, surprend les nouvelles du dehors dans le babil des oiseaux, les pétards des, fêtes publiques, les doléances des mendigots et des maiv chands de légumes ; près du" foyer, l'hiver, sous . la lampe, étendu de son long dans les paperasses,, il ronronne, assoupi, les yeux mi~plos, faisant aller son ventre comme un petit soufflet,— Curieux . encore, et plus qu'une portière (puisque c'est là notre dernier prétexte d'existence), il sTntéresse aux paquets qu'on apporte/ aux allées et. venues de la maison, fait son enquête quand il y a de nouveaux locataires, surtout étudie le phénomène de Vombre, cette chose subtile et. mobile*, qu'il voit, qu'il peut poursuivre après' le bout d'une canne, — voire après ma plume^ sur le papier,— et * qu'il n'arrive point à saisir, qui lui fait user inutilement les boules charnues de ses pattes. — Mais sensuel avec ceïa, paresseux, égoïste, casanier, maniaque, indulgent au prochain, n'en ayant cure, il est le bon philosophé d'un monde idéal, revenu de toute illusion en somme, résigné au train-train des choses, aux jours qui coulent pareils, attentif seulement à se garer des importuns et des brouillons : le charbonnier, le frotteur, tous ceux qui font plus de tapage que de besogne, dérangent sa chère quiétude, symbolisent la brutalité indifférente de la plèbe/ la goujaterie du Mal. — Il devient même bougon, dans la haine de tout ce qui trouble ses habitudes ; il grogne quand je rentre trop tard, passé minuit, s'il n'est point prévenu ; le. matin, pour me réveiller, las d'attendre mou bon vouloir et sa pitance, il min-
troduitles doigts dans la bouche, me chatouilla de ses moustaches, me danse sur l'estomac ^
En vieillissant, voyez-vous, on s'attache fntï lement aux matérialités d'un 'relatif bSn-ltr? n
S- &X^ **£%%£ f e r£ V1 ? P ° Ur es P ér .er des temps meill reSw f\S? Cela ' souv i ent » quand noïs nous
voici bientôt dix ans que nous sommes ensemble que nous supportons^ mêmes privation? les mêmes ennuis, que rious mangeons™ ïtaS oa n
m LS°f e l6S p . lats ; U 3 été ioyeuTdê ma joie, triste de. ma tristesse ; H m'a consolé
dans les mauvais jours; il est venu iS doTr sur
mLeTun^T* 6 ^ ffede SOn nez > to 4ours hu-/ : S nrélnn. ■ ^ de C6 ^ eau ' m,a ^conforté. de SuFours là Ûdele - ~ Pou rt a nt, il ne sera pas toujours là, ce pauvre vieux compagnon de niisere ; la mort saura trop vite roidir^f petite! pattes, le coucher la- gueme entr'ouverteTle* YetS ternes,^dans un coin delà chambre "e, lesyeux
âml ™,c\ dlS je ' P etite . pourriture de mon d^n'nl - + lai l Serez T certainement le souvenir d un honnête chat. Je me rappellerai vos erandes prunelles mystérieuses... VotS mankre ^ vous débarbouiller assis sur mes œuvres complltelJst
économ LnSefer- 11 ^" '* ^"^ ^îs empauTer r ' ' ' J * V °^ JUre ' J e vous ?erai
Chaules Merki.