THOMAS LO VELL BEDDOES
Peu connu en Angleterre de son vivant, presque oublié aujourd'hui, et totalement ignoré en France
— où pour la première fois, peut-être, son. nom fat imprimé dans le Mercure, en novembre 1891 (article de M. Remy de Gourmont) , — tel est le sort littéraire de Beddoes, Aussi est-il nécessaire,, avant d'analyser son œuvre, de dire succinctement quel homme il fut ;i).
Thomas Lovell Beddoes vînt* au monde, le 20 juillet 1803, à Cliftoh, ville du comté de Gloucéster, proche et en aval de Bristol sur TAvon. A l'âge "dé- six ans, il perdit son père, un chirurgien de quelque notoriété,
— et sir Davïes Gilbert fut désigné pour lui servir de tuteur. — Sa mère était sœur de Maria Edgeworth, le romancier.
Thomas suivit les cours de Fécole de grammaire dé Bath, et continua ses études à Charterhouse, où furent composées ses premières poésies, en 1817. Un de ses condisciples rend hommage à son érudition précoce. < Il possédait tous les meilleurs, dramaturges anglais, depuis Shakspere, ou avant lui, jusqu'aux pièces du moment », écrit ce témoin des jours d'adolescence, M. C. D^ Bevan. Il nous apprend aussi que Beddoes était un « excentrique % et se montrait fort «jaloux de son indépendance »; qu'il se plaisait à imiter les acteurs Kean et Macready. Cet ami a surtout conservé le parfait souvenir d'une remarquable interprétation du Faust de Marlowe, par son camarade.
Il reste peu des productions d'extrême jeunesse de Beddoes. On sait le titre d'un roman : Cynthio and Bugboo, qu il détruisit lui-même, et quelques fragments ont été épargnés de sa rapsodie SAlfarabi. Il quitta Charterhouse pour Oxford, où il n'obtint aucun gradé . universitaire. En revanche, parut en 182 1 The Improvisatore, son premier volume de vers, dont il rechercha tous les exemplaires pour les brûler. Il agit de même pour The Bride" s Tragedy^ publiée ^peu de temps après*
(1) Ces renseignements biographiques sont empruntés à la remarquable étude de M. Edmond Gosse {The Poeticai Works of Thomas Lovell Beddoes^Londx^s^ 1890}.
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jet qui eut un certain retentissement dans le monde littéraire. . ; ■
Depuis, Beddoes ne fit jamais imprimer rien de ce
qu'il écrivait. Ses œuvres durent de paraître après
sa mort — au dévouement de M. Thomas Forbes Kelsall, un jeune avocat qui lui avait été présenté lors d'un séjour à Southampton. Les quelques mois passés dans cette ville furent employés à ébaucher deux tragédies jamais achevées : The Second Brother et Torrismond,
Vers cette époque mourut Shelley, dont Beddoes lut un des premiers et dés plus fervents admirateurs. Il s'occupa de réunir les écrits inédits du grand écrivain, —et par ses soins furent publiés lés Posthumous Poepis : de Shelley... Beddoes reprit ses travaux personnels. Il commença deux drames romantiques : Love*s Arrow Potsoned etThe Last Man (1).
Appelé à Florence auprès de sa mère, gravement malade, il la trouva morte en arrivant. Il demeura quelques semaines en Italie, revînt à Clifton avec ses sœurs, et se livra à Fétude de la langue allemande. Sous l'influence des écrivains allemands, Beddoes conçut le projet d v ùne < tragédie gothique >, — et c'est probablement lé désir de s'imprégner parfaitement de Tesprit germain qui lui fit entreprendre le voyagé d'Allemagne. II. se fixa àGœttingue, où le savant professeur Blûmenbach devint son intime ami. Cédant à ses sollicitations, le littérateur abandonna momentanémentson art pour la médecine. Cependant, chaque jour il employa quelques heures à sa tragédie: The ' Deafflsjest-Book...
En 1828, il vint en Angleterre pour conquérir le grade universitaire de M. A. (Master of Aïh). Après un très court passage à Oxford, dans cette feténtïon, u retourna àGœttingue, qu^il habita deux ans encore.
Beddoes se retira en Bavière,, à Wurzbourg (18 ji). Il considérait sa tragédie comme terminée et parlait de la livrer au public. Il écrit à ce propos : « Je m'y suis pris, à vingt fois pour la bien copier». Il en avait . laissé le manuscrit à son ami. Kelsall, qui en surveilla . 1 impression: Mais celui-ci conseilla quelques modifications à* l'auteur... Beddoes connut, à cette époque,
(i) De ce dernier il écrivait que, mené a bonne fin, il pourrait causer « quelque amusement aux hommes-et aux ânes » (février 1834),
des révolutionnaires polonais. Il les protéeea contre 1*
gouvernement bavarois qui les tiaqSt^efSÏ'
e fiL a par r L L^ n H a Strasbo «î^ I«â Zurich S «T^k v ! OIns de SOn professeur et ami Blfi-
Ces années passées à Zurich furent heureuse n «STaSETS, i î'"^ "^ U"« fe«« boule-
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d'un ancien chef du parti libéral lI^J- « ** * ■ - de son départ furtif P «Pwai, Jasper, qui. favorise
frR?]? 17 ,'. îf^ 1 ^. ? n s "«se, puis se rend à Giessen cmmiqnes. Beddoes versifie, entre temps, en allemand -
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Pendant six mois, le poète vit dans un complet isolement, avec Degan ; — entreprend de faire son éducation ;^-lùï apprend l'anglais £o*r qu'il puisse interpréter ses œuvres I Les deux * Amis * vont à Zurich : Beddoes loue un soir le théâtre, où Degan lui donne une représentation* Ils voyagent ensemble; — mais, à Baie, l'ancien boulanger l'abandonné.*.
Beddoes, pris de désespoir \ se porte un coup de rasoir à la jambe droite: A l'hôpital, où on le soigne .avec charité, — il arrache les bandages qui garantissent sa plaie, et provoque, de cette façon, une dangereuse infection de gangrène, qui nécessite l'amputation du membre au-dessus du genou.
Succès entrefaites, Degan est revenu à Râle. Beddoes reçoit sa visite ; iî reprend goût à la vie; il se sent heureux; il écrit et écrit, projette de merveilleux plans poux l'avenir™ Des saguérisoo, il partira pour .l'Italie, — avec Degan* Celui-ci le quitte une seconde iois — Beddoes s'empoisonne et meurt...
. Sur son corps, bu trouva une lettre écrite au crayon, par laquelle il laissait tous ses manuscrits à Kelsall < pour qu'il les publiât ou non, suivant qu'il lui semblerait bon ». Beddoes y parle vaguement des raisons qui l'ont poussé au suicide : « La yie était une trop grande misère sur une seule jambe, — et celle-ci maa- ■- . vaise J:,.. » /'