‹ Mercure de France, tome 6Chapitre 64 sur 125 · BLANCHEFLEUR · texte numérisé non relu

BLANCHEFLEUR

Chaque jour^ à Tappel harmonieux des brises,. S'en vient auprès des flots la Princesse captive.

Nulle tristesse , nulle amertume de larmes

Ne défleurit Taube glauque -4e ses yeuat calmée.

Nuls sanglots d'importunes et vainpjs nénies N'étouffent les chansons de. sa. voix inflétrie.

Nulle cendre sur ses doux cheveux qu^e pare De topazes et d'émeraudes triomphales. .

Elle sait qu'une aurore où souriroirt les p" Ùhorizon blaïuihira d'une blanche galère.

Un Prince, au front de qui la lumière se joue, Rayonne, cuirassé d'argent clair, à la proue,

A son poing resplendit la candeur de son glaive C'est Lui, <?est le Héros invincible qu'elle aime.

Ils s'étreignent, et loin de la mauvaise plage S'échappe gaiement la galère nuptiale.

JViAROZIE

Sur la terrasse ombreuse où sa chair extasié Et qu'enguirlandent les Vignes aux blonds raisins, Parmi les cardinaux et les ducs, ses cousins, Siège, demi-nue et rieuse, Marozie.

Devant son trôné danse une troupe choisie Des esclaves filles des émirs sarrasins, Et des poètes lui murmurent des dizains Dont le rhythme berceur charme sa^ fantaisie.

L'aile rude, jamais aucun oiseau de soir Ne frôle son front juvénile d'un vol nôïr, Et jamais le mépris d'un amant ne l'enfièvre.

Le Pape viderait pour elle des trésors,

Et clercs et rois mourraient, des chansons à là lèvre,

Pour un regard ami de ses yeux semés d'ors.

ANFÉIIZÊ

« O Chevalier, Prince d'amour qui m'apparus Dans le prestige et le triomphe des tueries t Voici ma main pour aller aux parcs entrevus. .

Nous foulerons les royaumes blancs des féeries, Où, quand nous serons las d errer par les sentiers, Nous dormirons au bord des fontaines fleuries.

Vous oublierez les soirs sanglants où vous montiez Vers le dur granit des créneaux par les échelles, Sourd â la voix dolente et lente des pitiés^

Les soirs où vous buviez, assis sur les margelles, L'eau surie et chaude qui stagne au fond des puits, Les soirs où. vous chassiez les loups et les gazelles.

Voici ma main: l'haleine amoureuse des nuits Nous caresse le front de senteurs étoilées ^ Voici ma maiii pour fuir loin de» plaines d'ennuis

Où croulent les murs de nés villes désolées. V

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