‹ Mercure de France, tome 6Chapitre 74 sur 125 · ESSAI DE RÉNOVATION THÉÂTRALE · texte numérisé non relu

ESSAI DE RÉNOVATION THÉÂTRALE

On accuse fréquemment " les jeunes écrivains de tenter un mouvement ridicule en faveur d'Ss antennes, et de vouloir opposer aux œuvres naSSuSs . .« ^ vivantes et si fortes ». des productions ooscures incohérentes et sans^vie. Quelle théorie noSe ne fiit pas discutée ? On nomma ^r^„fc quelques

te^TtitT^ ■? m ° tS ^veaux, ti?étpïu r : • ÎL P l pa ?'i U la * in ou du grec, s'efforcèrent noblement de lutter contre ladécadence de la langue française, de réagir contre le style bas et vuSre d?s

face a d n e S rinSn teS ' V** ^ deS ^SÏÏL En lace de .1 invasion grandissante des mots anglais rai-

des et gourmés, des termes scientifiques durs et froSs

ces artistes se souvinrent des phrases harmonieuses

™ i-/ 5f y^-Adam. Aujourd'hui, on appliqué le qualificatif de symboliste a qui répudie Ta. ^sion >

ÎSTÏ 6 - aUSSe f CS naturali ^ â qui tente de n e pas exprimer seulement la sensation, l'extériorité le

monde des apparences, mais aussi l'âme, les. Idées éternelles r on. reproche aux jeunes de négliger la vie dans leurs œuvres. Il est un peu tôt poVjuger ces novateurs, a lors qu'ils vont essayer de satisfaire

£™„ ♦ p^ C e . S Ç"*' notre cœur et °os s èns en pratiquant Itdeoreahsme, proclamé par M. Saint-Pol-

.fy^liques aiSant ™* ^ IdéeS >. âeS P—nnages ■■• Dans cette voie lumineuse et sainte ils iront ■ humbles pèlerins de l'Art éternel,- vers S source mer! veilleuse et triomphante que fit jaillir miraculeusement

tl£ a , PrèS / Un demi - siécte » le plus puissant génie des temps modernes et peut-être de tous les ternes le grand idèorèaliste Richard Wagner. Cet Art&J! réaliste, parlequel nous cherchons à faire. la synthèse alors que Wagnera réalisé- prodigieusement - l'union de tous les arts, se développera magnifiquement surtout au théâtre. C'est là seulement qui, rSS il doit apparaître à ce « grand public » qui toujours ignorera les plus belles créations poétiques d'un

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maître tel que Stéphane Mallarmé, d'un Rimbaud ou d'un Laforgue. A la lecture, une intelligence ordinaire ou inaccoutumée aux obscurités des novateurs serefuse aies admettre. Maia.au théâtre, — est-il permis de ne pas désespérer qu'une scène accueille un jour ces: essais dramatiques? — si les spcetateurs,mème hostiles, assistaient à une lutte formidable de passions humaines dahs un drame idèurèalisû\ ils nous accorderaient peut-être leur attention quand, même ils ne comprendraient pas le symbole de la pièce, symbole accès* sible seulement ÂTélîte, Au troisième acte deJa \VaU Aj?n>, où l'auteur incarne la charité en Brunehild se dressant résolument contre son père Wotan, la personnification de nos désirs égoïstes, ne frémissons-nous pas tous d'une émotion profonde ? Pour les artistes, c'est l'idée sainte du sacrifice illuminant le monde d'un embrasement auroral ; pour le public, c'est une fille oui se révolte contre son père, et rien n'est plus sublime que la scène réaliste ou Wotatt, vaincu, gagné par l'héroïsme de son enfant, l'enveloppe avec une orgueilleuse tendresse dans un suprême embrasement. Ce n'est pas delà féerie, de la fantaisie, c'est la Vie douloureuse qui apparaît en se» manifestations éternelles*

Dafts ce champ à. la végétation serrée et gigantesque où Wagner a si largement moissonné, il y a. encore A glaner, .surtout "pour les écri Vain s,. p qui, privés des ressources de la musique vocale et instrumentale, n'ont pas à redouter la perte totale de leur originalité. \x fond de leurs œuvres, les idées, la disposition des scènes principales, attesteront l'influence . wagnétienne : mais la forme, le langage leur appartiendront. T.a musique des syllabes déterminera l'atmosphère du drame, établira une sorte d'orchestration verbale suggérant les Idées premières que précisera le dialogue. Cette musique sera naturel! e, spontanée, pour que la science n étouffe pas l'inspiration ; toutes deux s allieront sans st nuire. Du reste» le mot * qui rend le mieux la pensée est généralement en rapport musical avec elle. Ainsi, pour exprimer ridée de R/ve 4 l'inspiration nous dictera des mots constitués plus spécialement par les consonnes v, f 4 V, suggestivêsde Rêve, tels que : voile, voguer, frileux, vague, etc.;. Si à ce thème de Tlmmalériel oh oppose le « motif de la Matière», ce dernier s'affirmera par des sons durs, violents, heurtés et pénibles à Vaudition;

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les syllabes : son, san, sin, les mots comme : dessein. insensé, grandissant, incandescent, etc., seront indiqués et tiendront ici lh tonetlôft des cuivres dans un orchestre ordinaire. Si ces deux thèmes entrent en utte, leur l'appel par de« « Uitmoth » augmentera 1 unité del œuvre r mais le poète devra veiller à n« pas restreindre ea spontanéité par une application trop systématique de cette théorie* t>ans ee même butrejeter des règles trop étroites, l'artiste devf a substituer A 1 alexandrin classique >aide et monotone, uh* prose, poétique souple* colorée et musicale, ou plutôt un mélangé tatlonhel d*>er* et de prose/ Il est en effet rationnel dMerire eh prose l'exposition et les explications préliminaires dun drame. Si l'idée s'embellit de poésie, p>ur acdroltfé l'intensité émotion nelle, qu au milieu des répliques rapide** et saccadées , dattslès scènes imposantes, sonne ïe felâitt>h soudain d'un *ers court et fulgurant ou le tonnerre grave d'un alexandrin majestueux: que, parfois, dans Une succession de vers, se déroule un crescendo, habilement amené depuis levers de quatre ou cinq piedsjusqu'âj'alexahdnn ou éclatera triomphalement toute la sonorité du Verbe.

■ Il y a là pour le jeune dramaturge de nobles essais a tenter, essais estimables quel qu'ëà soit le résultat; alors quune foule de iëunes poètes lyriques — dont quelques-uns de grand talent — s v 6Uvrent des Voies nouvelles, le drame Symbolique ne cotttptfe ett Ff an ce que trois ou quatre représentants qui, potit cette Rénovation du théâtre artiste, se sont, jusqu'à de jour, à peine affirmés par des oeuvres* Ce siècle fut avant tout un siècle de poésie lyrique : Lamartine, Baudelaire, Hugo* Musset, Verlaine, etc. A nous s'offre le grand Art dramatique, comme une Fôrètx presque » vierge, aux attraits mystérieux et souverains* un bore immense aux profondeurs inexplorées j il est l'heure d erttref en lutte; que l'aube du vingtième siècle se lève sur le triomphe du théâtre; qu'importe ceux qui épuisés par un effort surhumain, tomberont dans la mêlée et, foulés aux pieds j disparaîtront à jamais inconnus* si ces prtcurseufs obsdufs ont dévoilé, vers 1 horizon tout étincelant d'espoirs, le Tètaple sacré du positivisme et du métaphysicismé réconcifiés^'ils ont indiqué les routes futures au Shakespeare qui nous viendra quelque joun

Fkançois Coulon.

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