‹ Mercure de France, tome 6Chapitre 79 sur 125 · LETTRE SUR LES COURSÉS DB TAUREAUX · texte numérisé non relu

LETTRE SUR LES COURSÉS DB TAUREAUX

/ Saiot-Sëbaitien, ai août 1891.

A MJ Pott-Nâteàv, m*», j™ * V Institut, à Paris. »,,!! ?.' 8 ?™* iowx. cher nuitre et respectable

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lair salin, nous aurions le cœur nTus leW *î \Z muscles plus assouplis. Mais H fauSrait oL^cIln

leur demander. une pare lie intervention^ J * Je consacre le plus grand nombre d'heures do

science de me voir dévenir ïiïint v «!? X P, pur la

vail- s«rnè*norJL - • lot à force de tra-

^ÎJV? paS ï ian< ï u ^ selon vos instructions une

■ terniîï aï < e l3 taur °machie : en d'autres termes, de savoir exactement si, chez le taureau

éventrant un cheval» *V énergie de V excitation doit ^élever en rapport géométrique pour que Ténergie de la sensation augmente en rapport arithmétique.

Ma première idée fut de descendre dans l'arène pour me mêler aux travaux des opérateurs; j'eii eusse profite pour faire quelques observations de teftipérature, et un thermomètre métallique placé dans lé fondement de ranimai m'eût donné des courbes intéressantes. J'avais combiné en même temps un appareil très ingénieux pour enregistrer les variations de forme dans le système musculaire : une série d'aiguilles plantées dans l'ossature vertébrale et reliées à un galvanomètre eût peut-être amené des révélations inattendues*

Le directeur, auquel je me suis présenté à cet effet, nfa envoyé promener de là façon la moins courtoise; il a cité en espagnol diverses parties cachées du corps humain et a ri assez grossièrerement pour irriter un homme étranger à la science. Je n'attendais pas mieux d'un, peuple abruti par les superstitions d'un autre âge; mais j'ai été surpris, je l'avoue, très surpris et peiné.

Force me fut donc de me mcler aux specta* teurs. Non sans peine et sans argent, j'obtins une place au premier rang, et je vous envoie le résumé des notes recueillies sur cette course et les suivantes.

Je dois vous avouer dés maintenant qu'une course de taureaux se prête peu à des observations scientifiques. Les assistants font un tapage impossible à décrire. Ils poussent des hurlements, agitent des mouchoirs, brandissent leurs cannes sans aucun respect pour les hommes sérieux. A un moment où des cris inadmissibles ise faisaient entendre contre les opérateurs, je me suis levé pour rappeler ces polissons aux convenances, et j'ai reçu en pleine poitrine une bouteille vide où mon odorat exercé réconnut la présence d'up résidu vineux. Des gens avaient donc

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bu dans la salle; des gens s'enivraient peut-être à i instant le plus captivant de r expérience.

Il serait préférable de ne pas admettre le public en ces endroits où il ne fait que gêner; on laisserait seulement entrer un petit nombre de personnes instruites, en leur recommandant l'immobilité et le silence. Au temps présent, on se croirait au cours du spiritUaliste Caro : jusqu'à des dames, et en grand nombre, très élégantes, très bavardes, agitant leurs éventails. La science doitelle se borner à réjouir de pareilles caillettes?

La course de taureaux se décompose en trois temps : dans aucun de ces trois- temps, la lai de Webernem'a paru s 'appliquer.

Dans la premier temps, le taureau -est visiblement excité; il se précipité sur des chevaux disposés à cet effet et les perforé à grands coups de cornés. Des aides montés sur lesdits chevaux le piquent à là minute précisé où l'excitation est à son maximum. Eh bien* cher maître et respectable ami, le taureau semble ne rien sentir, absolument rien. Le choc des cornes contre les os du cheval doit, en certains cas, être assez douloureux , leur glissement à travers les entrailles doit être répugnant pour un herbivore ; le taureau n'en manifeste rien. .■■■.•"-.

Je poursuis.

Dansée second temps, le taureau est moins excité. On en profite pour lui enfoncer dans les épaules, non pas, comme, je l'aurais désiré, de longues aiguillés, symétriquement disposées, mais des javelots à papillotes. Pourquoi, bon Dieu ' des papillotes ? Quel peuple 1 Ces javelots procurent à la bête une sensation indiscutable et

perceptible; pourtant l'excitation a diminué. Je poursuis.

Dans le troisième temps, le taureau n'est plus excité du tout; il est fini, suant, saignant.

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C'est à ce moment précis que le taureau commence à donner des signes évidents de douleur.

Ilmugit.se plaint et semble beaucoup souffrir. Un aide arrive, cherche h l'égayer en remuant un morceau de flanelle rouge; le taureau refuse toute distraction. V excitât ion est tombée à %fro et la sensation douloureuse est à sa majeure amptt-

tndc. ' " . ,,,- "■;■

Un subalterne sacrifie l'animal à coups d épee; le peuple applaudit sans savoir pourquoi, et l!on passe à de nouvelles expériences dont les résut tats sont identiques*

De ces faits, que faut-il conclure ? :

Weber s'est absolument trompé, et la loi véritable serait :

V énergie de V excitation doit s'abaisser en rapport géométrique pour que Y énergie de la sensation augmente en rapport arithmétique^

Reste a mettre la nouvelle théorie d'ateord avec les chiffres et les courbes, ce qui n'a jamais offert la moindre difficulté.

Cette loi portera naturellement mon nom, mais vous me permettrez de vous la dédier, cher maître et respectable ami, ainsi qu'à madame et mademoiselle Petit-Naveau,

Je suis, avec infiniment de respect, du maître Télève reconnaissant, a l'ami le très dévoué,

Raoul Mînhar.

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