LES POISSONS ROUGES
ils tournent, ils tournent, ils tournent dans le bocal de leur pensée.
Ils pensent à des miettes, dés miettes, des miettes de pain, et ils n'ont pas une miette de pensée — dans le bocal de leur pensée.
Ils ouvrent la bouche — oh 1 la jolie bouche aux moustaches de mandarin 1 — et aucun son n'est proféré et leur cervelle est aussi muette que leur bouche, — dans le bocal de leur pensée.
Leur queue frétille, frétille, frétille, et nul sperme n'en sort pour féconder le réseau des œufs femelles, car leurs organes sont stériles et c est en vain qu Us se masturbent — dans le bocal de leur pensée.
Leur ventre est blanc, blanc comme le bouillonblanc et tout gonflé d'une excrémentielle et moffensive vanité • il crève et ce sont des bulles, et à fleur d eau les bulles crèvent, les bulles nées du ventre vain des cyprins — dans le bocal de leur pensée. ■ .
l>ur nageoire est noire, plombée par le stupide venin qui les étourdit, les fait virer comme ânes au moulin : Virez, virez, petits poissons qui ne mordez pas —dans le bocal de votre pensée.
Leurs flancs sont rouges, du terne rouge des limaces de l'automne, et leur cœur exsangue est plus mou cm'un ver libre qui macéra trois mois durant emrai les alcools du prince de Trois-Six, — dans le bocal de
sa pensée, . . ■ ^ ■■-...■
Leur œil est tout vairon, vert; on ne sait pourquoi, quelquefois ; et le petit poisson vous regarde de son œil vairon, si vairon qu'il en est touchant, — le petit poisson qui vaironne dans le bocal de sa pensée.
Il tourne, il tourne, il tourne, le petit poisson rouge dans son bocal.