‹ Mercure de France, tome 6Chapitre 93 sur 125 · CONTE INVRAISEMBLABLE · texte numérisé non relu

CONTE INVRAISEMBLABLE

Or, un matin, il advint que M. Sarcey fut « frappé de génie ». Cela le prit à son réveil, absolument comme un pernicieux accès de fièvre chaude. Aussi, grande fut la rumeur dans Paris et considérable l'émoi dans les salles de rédaction où le maître fréquentait. Pour employer une locution courante dans la banalité du langage, mais si claire et conséquemment si indispensable à l'intelligence générale, disons que « les cornmentairesMlaient leur train. » -"*•/'"'

Car la légitime stupeur dans laquelle cette information, scrupuleusement vérifiée, avait plongé une grande partie de la société française, s'expliquait par Tévidente absurdité de sa proposition. Sarcey génial I Cela défiait tout sens commun. Sarçey génial I Cela dépassait les bornes permises à la fantaisie la plus funambulesque. Certes, il y avait dans rinvraisemblance de cette nouvelle de quoi révolter les convictions littéraires les plus infaillibles.-Sarcey génial I Volontiers, si, pour nous répéter, l'information n'en eût été sévèrement contrôlée, volontiers Ton eût conclu à Véclosion d'un canard newyx>rkais ou à quelque fumisterie de la jeune gendelettraille. En cela nul n aurait été surpris, car on se souvenait de l'antagonisme violent qui avait toujours existé entre le Maître et cette jeunesse littéraire, — jeunesse insupportable entre toutes . Par malheur, l'anecdote était vraie , Pas l 1 ombre d'une plaisanterie n'avait présidé à sa Confection. Sarcey avait été bel et bien « frappé de génie », Le fait était confirmé, et les personnalités les plus autorisées affirmaient c qu'il en aurait pour longtemps ».

Sarcey génial I ■ '.•'■- ■ 1T .

Qui aurait jamais arboré l'outrecuidance d une lelle hypothèse? Qui aurait jamais soupçonné chez 1 éminent critique la moindre prédisposition à cette maladie ? Car, enfin, depuis longtemps il était irréfutablement prouvé par la science que ce que Ton nommait communément « génie » notait qu'une variété de névrose affectant certains lobes cérébraux. L histoire était là, qui légitimait la défiance des gens sages ;

l'organisme d'un indiridu ri*^ de désordr es dans

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tacieuse îl <*q+ w*; ~ - j ™ eni:a + e i aliénation conmgieu&e, u est vrai, mais dont aucun mv^A™ «-*

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surprenant vertW F V«,-U „,.' *f? venu e *a proie d un s'était ni,, YSSL' P à QU UIle P« r sonnalité que l'on

Sarcey erénial fï,^ ^ S ■ dé^aquement universel ? faiwoV- l . m .' J e Pa P e fameux de la < scène- a

33 6 KERÇVRE DE FRANCE

tiblede la logique, de la gaïté et du gros bon sens? Lui génial ! C'était par trop fort, et cette catastrophe blessait obscurément les âmes élevées jusqu alors cuirassées d'un idéal imperméable. On ne savait quel sentiment manifester, car on avait le choix entre un noble dégoût ou la dignité amère . On penchait pour l'amertume digne, seule attitude qui convienne aux , altesses qu'a foudroyées le Malheur I " Il fallait serésigiier pourtant, et. bientôt 1 étonnante

crise dont souffrait le Maître intéressa des curiosités. On se plut à observer les ravages que cette maladie dite * génie > opérait sur une organisation de sa . trempe* Hélas I l'expérience fut concluante à tout jamais, et les désordres relatés dépassèrent les prévisions et les diagnostics les plus pessimistes. -

Ici notons, pour la clarté du récit, le principal motif qui détermina M. Sarcey à tenter l'expérience mémorable qu'il avait résolue. Car il' va sans dire que le critique ne fut « illuminé > jusqu'à Tépilepsie que grâce à une certaine part d'autosuggestion volontaire qui le portait à se croire un grand inspiré. Dans son accès névrosiaque/ il faut reconnaître le souci d'une imitation fidèle des désordres extérieurs propre* aux monomanes appelés « génies >. Il faut proclamer que, durant son vœu, M. Sarcey n'inventa rien de soîtcrû, qu'il ne fut jamais original, et que les actes les : plus étranges qui le signalèrent à' la pitié desfouleç ne révélaient que sa vaste érudition: Il faut aussi avouer que M- Sarcey, en risquant cette épreuve, n'avait d'autre dessein que de ridiculiser 5 jainais les Inconnus sublimes qui menacent toujours notre Démocratie, Peut-être encore * voulait-il confondre des intelligences malveillantes qui depuis longtemps lui créaient une réputation de solennité prudhommesqûe et de balourdise incurable, réputation. qu'elles avaient essayé de rendre proverbiale. Oui, des esprits audacieux tentaient de saper l'influence du Maître. Ils n y avaient pus réussi, mais, néanmoins, une atmosphère de discrédit environnait sa haute personnalité.

Avouons-le à notre honte : en certains milieux littéraires, on affectait un dédain parfait des conseils paternels du grand critique ; mieux encore , on ihterprétait ses moindres lignes de manière à les présenter souï l'aspect de bourdes grandioses ou d'âneries méritant le royaume 4es ciéux. C'était une conspiration tacite, une mode de couvrir de ridicule M* Sarcey eft

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d^SiT^" 1 * a ™°»™ to"^c?Sy irai.

dans le sectet de son cœur contr? ce wocédri ïJSSS" qm ne tendait à rien inoins qu'à" dasS 'JE? ?»

commandâmes feuilles de choux, un four du'Knt T* â cette « absence totale de feSaSTil^^ 4 «U caractérisait ses moinoïs ^0^1^11^ d en acquérir volontairement à quelque ïrii ote^ï

Î5* A P ? nèa V aVec J uste ^ison q croyoL-n?u? on'M '•' suffisart à un homme habile commeTlli'- q ^t A

complètement les allures et le ?£ço nS d^JL^f

neures de certains énemumènes WHiJ^T - eXté "

cesser ainsi-la réputation de misère cfrtfmi* *,«L*

Vo« était , deVen ^ e »T««>SrSâ?5ÏÏ c^cuT

Sîe ^« S m °^ S ^^^inaM.SarceVà tnS cette cruelle- expérience qui faillit lui coûte? cher et

aa8 • ; MERCVRE DE FRAKCE

durant Y accomplissement de lartadfe il crut perdre sa fortune ses amis, sa saiité^ sa liberté 1 • ' Fort de quelques recherches préliminaires opérées àla Sblfothèque touchant le mode de vivre d mdmdus rêtmtés crands hommes, notre auguste Zoile résolut SSSaK à ses contemporains sousl'aspeçt nouveau S avait décidé: Et un. matin les l^Xdafnes" Gèrent son accès et relatèrent ses premières fredaines Nous l'avons dit, rémotion causée fut immense elle scandalisa le pays où se répercuta un sentiment de réprobation universelle. Un deuil, presque, plana au Sament si bleu de la .vieille Gaule La France sans en excepter un canton, l'Algérie, la Corse, les Snles les plus anciennes comme les plus; récentes, frémirent douloureusement I Sarcey était, génial !

A cette pensée, les forces composant lWAnationale se sentirent insultées, le monde : des Arts, des Théâtres , des Cercles , le monde parlementaire, 1 Armée la Mariné, Y Agriculture, les Travaux Publics, furent ndignés. Le demi-monde également fut transporté dW impuissante colère. A f étranger ce fut bien pis. • Nos relations extérieures subirent le contre-coup cie cette aébâcle d'un cerveau, et l'on constata .une fois de mus la place que M. Sarcey tenait dans le monde. AinsH'Angleterre, cette perfide Albion ?j nous adressa quelques remontrances sur l'immoralité de nos mœurs, qui, selon elle, amenait de telles catastrophes parmi nos enfants; l'Italie s'en réjouit hypocritement calculant la perte irréparable que nous venions de faire ■ dans le rang éclairci de nos grands hommes ; 1 Allemagne sonfea sérieusement à nous ravir a autres provinces, spéculant sur lé détraquement possible Je notre corps, social entier ; et quant à Sa Majesté LEmpereu? de toutes les Russies, avec ^ordinaire . brutalité moscovite^ manifesta carrément le désir de rompre avec une nation où. la solidité reconnue d intelligences célèbres offrait si peu de garanties : < Dame 1 > beugla-t-il, « si celui-làa été frappé te « génie, qu'est-ce que vous voulez que 3e foute des

Véritablement Sarcey devint un péril pour sa patrie au lieu d'en être demeuré l'orgueil.

Pour débuter, il stupéfia les traditionnels abonnes du Temps par un article éreintant Gandillot, que> jusqu'alors, il avait encensé :

. J'ai été frappé de la grâce, clamait-il, j'ai acquis au prix

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«^laborieux efforts » ne nouvelle manière de voir- l'entend. , vie im (jue tu as brûlé t brûle ce que tu aa adoré.

■IîJSbTSSÏS?? t F tinait ,ainsi pendant trois cents

S f^fc^S^*?* 1 ^ nes le P auVre ^audevil- •homhfSï/- v?* e ém <>mes, traîné dans l'ordure, ' wiï£ ?i i mvectlves et m« .au ban de l'opinion publique. Il en conçut un tel chagrin que l'on craignit un instant qu'il ne se suicidât. Sarceï^son pèr ™&ri

'2S T- l *$ t ^ et renié > Sar/eVTqui l'on fit . part de ce dessein funeste, en manifesta la ioie la plus vive et parla d'aller sur la to^bè Son ix-Sro* ■ tégé danser le fcavalier seul de la satisfaction Mat

le singulier délire qui menaçait de dissiper à iamais la

KS 1 impression que l'on sait, impression qui déplus etrplus s'accentua à mesure que le public fut

■ wSr* D.nt ^T^ dea .^o^es furieuses de w£ ^ j?l' Shakes P e are, Baudelaire, MaétersaïaéiS îliïJrï" ^ F om P ant avec son habituelle seffa^rti^T-V? 68 c ? nsid érations veuves de ^w^? qUe - n P ubu a même une étude que, pour

ffîîSJSX ? P?^ ns . piquer et quls'lntitu!

lait « Ftomethee ou T Absence de Foi ' » Maïs r* nnï

mit le comble à Findignation du mSe S "S V

delnSXÏ^TÎ 6 ' on a PP nt ^'a.M se contentait pas &£" Çler ldéalei »ent avec des paradoxes, mais qu'il avait inauguré un mode d'existence en concordance avec sa nouveUe tournure d'esprit. Lui, sïïaSé

5«S ? re V. lm qU1 cra %^t ^ mauvaises fréon!?: . tations. et les perverses lectures à l'égal des allu-

Cdrnrne lÏ^L?^ 3 ' I UÎ ^ V <" citlÏ VolonSïs comme fe modèle des pères, le plus charmant des débiteurs et le plus avisé des hommes de lettres, lui, en : quinze jours, sous l'influence de son génie, ou pTutôt r du démon qui le possédait, devint le plus endurci des

■J^^ffif^ des **™***m. pî- ,

nal quotidien qu'il publieràplus tard sous ce tSe ■ Trots mois de génie par un Homme de Bon Sens ces extraits, que nous devons à l'obligeance du Maître

a 3° MERCVRE DE FHANCE

heureusement rétabli, édifieront les critiques futurs «sur les dangers qui peuvent les menacer au cours de leur périlleuse carrière. On pourrait" en tirer une : sorte de manuel d'hygiène cérébrale, destiné 4 les garantir des enthousiasmés ridicules et des compréhensions généreuses. Qu'ils jugent. Textuellement nous copions : "

x" mai. — Zut [ j'en ai assez d'être traité de buse, de serin, de viedle rosse, etc., dans toutes les gazettes possibles.

ï e i«-£ *£" ? VCir4 ^ 9 enie! <& ne ^it Pas être très difficile a imiter. C est ça qui épatera Paris!

9 "*"'• — Je suis allé à la Bibliothèque prendre des rensei-

Cïïni'" KW 1 ?"** de quelques gens remarquables, . Sapristi! il va falloir les singer. Ainsi, Gérard de' Nerval traînait dans les rues un homard vivant attaché par urie faveur; qu est-ce que je vais bien faire pour le dépasser? fcn attendant, J écris un feuilleton éreïntant Gandillot

3 *J"' "A peine levé, je cours embrasser mon Ane, car ie possède un Ane que je mignote tous, les matins. Cet animal brait quand il me voit; et vous direz ce que vous voudrez : il aie rappelle Mounet-Sully dans « Hemani ». Mon Ane, c est la Muse de ma maison ; quand je l'ai bien caiolé îe mé

S^ U i ragaiUardi ' $V» di ^ ées ' et ■> ^ metsTlcrire des articles. A ce propos, il faut que j "en fasse un sur Wagner II faut que je le trouve très fort. ft

4 mai. ,- Mon^ article a para dans le Xemis, et de tous les cotés je reçois des lettres et des coupures de journaux me demandant s. je suis devenu fol. Non, tas de brutes 1 Seulét ment, sachez que je vais avoir du génie! Attendez un peu et

U^cKI^l^ es * uej ! ^ is «?««** thé/tre de

. A "*;"'; — Ce ""at^i j'ai embrassé mon Ane et je suis sorti débraillé «ans avoir mes souliers cirés. C'était exprès. Mon valet d P chambre. ne «je reconnaît plus. Ma cuisinière est furieuse. Je suis rentre en retard «t le fricot était brûlé. Dame! je suis reste hier soir à la terrasse d'un café, en e t taseX-

ZZlnJ^™^? 3 aT l is P lon « é ^ns mon absinthe. Ma contemplation a. duré une heure, et le boulevard se tordait positivement. Tas d'idiots! vous ignorez donc quW homme de génie, Oscar Wilde en a. fait autant avec 2a lys?..; Ce stéùe^t en ^ ha - Rou eo chercher une Béatrice, tant pis

6 mai -- C'est décidé, je vais me laisser pousser les cheveux très longs et tâcher, de maigrir un peu. Un hop génie saule-pleureunsant doit être maigreetavoir l'air fatal! if doit se flanquer des cuites, manquer .de domicile,, prendre des

w ?-li>™i!™ pa> '- r ' en nn m°t oublier les contingences et les réalités bourgeoises. • ,-.

r J„cT"* v # l potté h , îer ua article au Tem P* -on me l'a " refusé. t^VoOji ce q„e c'est que d'être génial! Dans quelques

mois je serai méconnu,. oublié epmms teqt bon génie doit

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p'aS ™?ZJ*Anï P Mftraî ^ * isère etc -^'« 1*

Sn n tont g T« "JiT qUe C l éUit ™ «S« où l'on Seman« ternie? restes ÎE, ft T' '***» et r ° n somm * *> "ÏÏS

pouvait <ïo tmiilrL ™agmsure moi,je nesavais pas qu'on

DTennetif Z £«U5 tf c * s .J eune s gens sont charmants. Ils prennent au hasphich , disent des ver« ** n ri+ a «* 1

S' n,^ S :be ^ uc ° u P d'absinthe. Je H cours les* mauvais

ferai de la fau.^emonnaïe, comme jadisVillon • ' J

__ ( Jnw* mots, de génie par un Homme de Bon Sens )

- Nous arrêtons ; là nos citations. Elles suffisent pour

montrer sur quelle déplorable pentç glissaient l4£ïf

n.eur et la. raison de réminent critique ? ■ ~

M If^ff ° nS ^ore à nos îe-cteurs terrifiés que

= M. Sarcey continua pendant quatre-vingt-dix iours la

■S2 M ïSS?H,f a ^ a / es -'JÎ ,,rta,,x lui ** itérait, et £M — . du ? ei " des rédactions honnêtes, il tomba

tàÏÏL II rASSi*- plu \ noire ' J uste châtiment de ses lolies. n.. devint morphinomane, il eut des duels il

îlta&f? 1 ?" 8 W**>* ^quenta s ?s ?Ses « .flomitifs. » et coucha dans leurs taudis Oui durant

KSïïïaJ^ Sme P* Un 0b J et dWur d pouî ÏÏ ™f * T\ engrossées, car il se promenait dans

£urf Siâ! 'ï ■ Ca t ^ e leS bheveux *«**■» les y£« purs levés; au firmament comme un martyr des

f" m i erS A t?m ?- s - cîirjétiens - D isQns enfin acculé ^^^y 68 ï im ^ es de exaltation il tenta, 'de Se sauter â. la dynamite le Conservatoire: Oh farrêS

comme il allait n«™!tmV». ^-- .. ■> . Y arrêta

mit un terme

comme il allait perpétrer ce crime, et l'on mil

a ses Voçuérafaons en l'envoyant a Sainte-Anne. LA,

M. Sarcey recouvra. là së"+ A ~-.:-*---«- ■ • *»

séjour, santé précieuse q jamais plus . reperdue.

Il est assagi désormais, il a reconnu ses erreurs, et

• m ' cJ, -..«*«— y«p c« j envoyait a mainte-Anne. Là,

Û^r^T^^ 3 ^ 6 /^^^ a P rè S ™ court séjour, santé précieuse que depuis,. Dieu^mercil il n'a ïamais nlus retiftrflnf» T ' "."é«w»una

a3 a MERCVRE DE FÎIANCE

il nous souvient de sa première chronique datant de sa mise en liberté. Cette chronique, sorte de confession intime ou d'amende honorable à V opinion publique justement offensée, rendit à Testhète l'estime de la foule et replaça l'écrivain au rang qu'il avait dé^ daigné. Cette chronique débutait, ainsi : ' .

Ah! mes enfants, ah! mes enfants! .. ,

Voici trois mois passés durant lesquels j ai eu du génie I Durant trois mois; je n'ai plus gagné d'argent, j'ai couche dehors, on m'a vendu mon hôtel et mon Ane, j ai crevé de faim et j'ai été exploité de toutes les façons. Pour vous citer un fait entre mille, sachez qu'étant génial t>n est distrait ; eh bien j'avais l'habitude d'oublier chez les gens que j allais voir mes parapluies. J'avais beau y introduire ma carte pour qu'on me rapportât mes riflards : peine perdue Je nen ai jamais retrouvé un seul. Voyez-vous, mes enfants,le génie coûte

trop cher. . .

Ah T si vous m'aviez vu, j'étais presque nu, sans souliers, sans pantalons. Là-dessus J 'ai compromis ma santé en prenant' du haschïch, de la morphine et toutes sortes de drogues. Je suis devenu maigre et presque poitrinaire. J'ai écrit des folies impardonnables, j'ai causé du scandale dans les rues, j ai fait de Toccultisme, du spiritisme, quoi encore? Ça .ferait un joli vaudeville pour Gandillot, qui doit m'en vouloir pas mal. Mais il comprendra que toutes ces secousses qui m'ont agite, c'était parce que j'étais « génial » l

Eh bien, mes enfants, vous savez comment tout cela s est 'terminé, n'est-ce pas? Eh bienje vais vous dir.eij'en ai assez, du génie, on ne m'y repincera plus !

Suivaient des anecdotes et des impressions personnelles au Maître pendant cette crise singulière, où l'on retrouvait la facile plaisanterie et le bon sens d'antan, avec la pointe d'humeur joyeuse particulière aux convalescents qui reviennent de loin. Puis l'article se terminait par ces conseils, que nous approuvons sans réserves : -

En vérité, mes enfants, en vérité, c'est moi qui vous le dis> ne soyez jamais Jamais géniaux, et dites bien à vos fils qu'ils se gardent de cette fièvre appelée «génie » comme de la pesté.;- oui, ■■ . . .. •

Gabriel Randoh,

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