DÉCOURAGEMENT
p;\Ies horizons du chemin qui descend, ces perspectives mornes et grises du second versant de la vie dont parlait Joulîroy dans un discours mémorable. Il en était là de ses mélancoliques réflexions lorsqu'éclata le coup de théâtre d'où devait dater pour lui une existence nouvelle.
Le mariage de l'impératrice. — Départ de Mme de Montijo.— Les débuis d'une souveraine. — Situation de Mérimée à la cour. — Rapports personnels avec Napoléon III. — La Vie de César. — Politique de Mérimée.
Mérimée était-il dans le secret? Le mariage de l'impératrice fut-il pour lui une surprise? Sans jouer sur les mots, je crois pouvoir répondre qu'il n'y eut de secret pour personne et qu'il y eut une surprise pour tout le monde. On connaissait la passion du prince-président pour la comtesse de Teba. Cette passion était née dès l'année 1849, mais dans des circonstances qui n'éclairaient pas de leur vrai jour les caractères et les situations. Elle se réveilla plus forte, lorsque la jeune enthousiaste, en pleine bataille de décembre, avant que la fortune se fût prononcée, écrivit au prince pour mettre, en cas
MARIAGE IMPKRIAL. 23.S
d'écliec, tout ce; qu'elle possédait à sa disposilion. D'un séjour de Fontainebleau à un séjour de (^ompiègne — c'est un témoin oculaire (jui me Taflirmo — on vit grandir rapidement cet amour. Mais tant de gens étaient intéressés à le combattre! Et, dans le cœur du prince, la politique, la raison d'Etat n'était pas encore vaincue. Je n'ai pas à raconter l'incident qui précipita la crise et amena le dénouement, la scène de roman qui se passa aux Tuileries, dans la salle des Marécbaux, le soir du 31 décembre 1852. Ce soir-là, l'empereur se montra un liomme différent de celui qui avait laissé partir Marie Mancini. Dans un de ces moments où l'on se sent également la force de renier ou de conquérir le monde pour une femme, il prit sa résolution, passa une seconde fois son Rubicon. Déjà s'ébauchait dans sa pensée cette page étonnante de simplicité et de hardiesse, cette confidence d'amour faite au peuple français, que les jeunes hommes liront avec un battement de cœur, les vieillards avec un sourire mélancolique, quand toutes les rancunes et toutes les colères de notre temps seront mortes avec nous.
Le lendemain, la comtesse de Montijo recevait la demande officielle. Mérimée s'employait à la rédaction du contrat où il veillait à renonciation correcte des titres de la mariée. Le 29 janvier, les nouveaux époux recevaient la bénédiction nuptiale à Notre-Dame. Moins de deux mois après la cérémonie, Mme de Montijo repartait pour l'Espagne. Mérimée l'escorta jusqu'à Poitiers; après quoi, il revint en flânant, s'arrètant toutes les dix lieues pour s'occuper des « choses de son métier ». De Paris, il écrivait à son amie, non pour la complimenter, mais pour la consoler : « C'est une terrible chose que 'd'avoir des filles et de les marier. Que voulezvous ? L'Ecriture dit que la femme doit quitter ses parents pour suivre son mari. Maintenant que vos devoirs de mère sont accomplis (et, en vérité, personne ne vous contestera d'avoir fort bien marié vos filles), il faut songer à vivre pour vous-même et à vous donner du bon temps. Tâchez de devenir un peu égoïste*. »
Tandis que Mme de Montijo méditait ce